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Une mauvaise réputation.

Mais pourquoi a-t-on peur du loup ?

jeudi 30 mai 2002

A cause de Pierre et de Prokofiev, de la chevillette et du petit pot de beurre. Parce que l’on pleure la chèvre de monsieur Seguin, mangée au matin. A cause de La Fontaine où le loup, puissant, dévore le faible agneau innocent, parce qu’il a troublé l’eau de la rivière.
Même perdant, il a le mauvais rôle : biquet n’évite d’être mangé que parce qu’il a demandé de montrer patte blanche au loup voleur du mot de passe, « Foin du loup et de sa race ». Ce préjugé négatif date de l’image moyenâgeuse du dieu pasteur qui veille sur les croyants, qui sont les agneaux tout blancs. Il fallait une image du mal, noire et qui mange les agneaux : ce fut le loup.

On a pendu et brûlé des loups sur le bûcher. Charlemagne crée le corps des louvetiers pour les exterminer. Et les loups ont disparu de nos contrées, après mille ans de persécution.
Le symbole est pourtant profondément inscritdans la culture. Le dessinateur Calvo le choisit pour peindre les nazis dans une bande dessinée clandestine, Walt Disney et Tex Avery l’utilisent pour figurer Hitler dans les films de propagande commandés par l’armée américaine. Et Serge Reggiani chante les loups qui sont entrés dans Paris.

Dans certaines cultures, le loup n’est pourtant pas si négatif. En Italie, les descendants de Romulus et Remus n’ont pas oublié qu’ils lui doivent la vie. En Grèce, Apollon lui dédie un temple. Les Inuits, qui estimaient que « Le loup garde le caribou en bonne santé », le chassent maintenant parce qu’ils sont devenus éleveurs de rennes.

L’image du loup change pourtant lentement. Il y a l’affectueux « mon petit loup ». Et les louveteaux du scoutisme, à la suite de Kipling. Ou Lova , une bande dessinée de Jean-Claude Servais, qui raconte la vraie histoire des derniers loups de nos contrées. Puis il y aussi le loup de Tex Avery. Smart, riche et en smoking, il drague une pin-up chaperon rouge qui foule son coeur aux pieds, malgré de nombreux symptômes torrides de passion sensuelle. Qui, alors, est victime de l’autre ?

P.-S.

Article parue initialement dans Le Soir

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