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Un loup abattu dans les Bauges (Savoie)

lundi 4 juillet 2005, par le Dauphiné Libéré

Ce loup si tabou. Dans les Bauges (Savoie), tout le monde le sait depuis hier, mais les bouches se ferment vite à notre arrivée. Aussi hermétiquement closes que la porte de la chambre froide où le loup est conservé depuis qu’il a été déposé devant la maison faune-flore qui abrite également les services de l’ONC (office national de la chasse), à École-en-Bauges. Il s’agirait d’un mâle de plus de 30 kilos, abattu par un éleveur excédé par les attaques subies sur son troupeau dans le massif du Margeriaz.

L’hiver, c’est la station de ski des familles chambériennes et aixoises. L’été, les randonneurs apprécient le cadre bucolique et frais entre alpages et forêts. À cent lieues de penser que le prédateur viendrait s’aventurer dans un lieu aussi civilisé, entre télésièges et pistes forestières. " Comme ça, on ne peut plus continuer à raconter qu’il n’est pas dans les Bauges" , finit par lâcher la patronne du bar-épicerie-hôtel du Soleil. Une véritable agence de presse locale et un rendez-vous apprécié des chasseurs. Au coeur d’un massif où la chasse est sacrée, et le gibier compté avec un soin jaloux. " Ce secteur a déjà perdu ses chevreuils. Et l’on continue officiellement à dire que le loup n’est pas dans les Bauges. Cette fois, on en a la preuve" , confie Roger Miguet, président des chasseurs du massif. À ce titre, il sent ses adhérents prêts à soutenir l’éleveur en cas de difficulté.

" Nous sommes tous derrière lui" , enchaîne Marcel Joly, président des éleveurs des Bauges, sans confirmer le tir effectué par un de ses collègues. " Un éleveur qui défend son troupeau, il fait son boulot. L’agriculture est la base de toute l’économie ici (80 exploitants sur 14 communes). On ne pourra plus parler de l’entretien des paysages que recherchent les touristes si nous ne sommes plus là. Regardez : j’ai un troupeau ici à Lescheraines, un autre tout là-bas au-dessus d’Arith. Comment je fais pour me protéger ?"

Le loup aussi est une espèce protégée. Et sa régulation soumise à une réglementation stricte. D’où l’enquête confiée hier à la gendarmerie pour établir les conditions exactes dans lesquelles l’éleveur a tiré. Le procureur de la République était par ailleurs saisi du dossier afin de décider quelle suite judiciaire donner à cette affaire, qui tombe bien mal en début de l’été. Elle risque d’échauffer une profession agricole déjà remontée après plusieurs attaques en Maurienne et en Tarentaise depuis le début du printemps. Sur 16 zones de présence permanente du loup dans les Alpes (80 à 100 loups estimés), la Savoie compte trois secteurs dans lesquels il paraît maintenant sûr que l’espèce s’est installée. D’où l’arrêté pris la semaine dernière par le préfet de Savoie chargé d’organiser les tirs de régulation dans trois zones d’action : Belledonne-Lauzière, Moyenne Maurienne, Haute-Maurienne/Haute-Tarentaise. Mais pas les Bauges.

Reste la question de l’information du public et des touristes. Dans le parc régional des Bauges, la maison faune-flore d’École a été conçue pour présenter de manière ludique et pédagogique les espèces vivant dans le massif. À l’accueil, l’animatrice reconnaît son embarras. " Jusqu’ici, on disait qu’il n’y avait pas de loup dans le secteur. Pourtant, les questions reviennent souvent. Je vois des gens demander aussi s’ils risquent quelque chose" . Décidément, ce loup bien tabou n’a pas fini d’alimenter peurs et fantasmes.

P.-S.

Auteur de l’article : Jacques LELEU

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