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Un ex-trappeur américain à l’affût du loup du Mercantour

lundi 16 octobre 2006, par Libération

Comment piéger un loup, et sans le blesser ? C’est ce que Carter Niemeyer, l’homme qui a réintroduit cet animal dans le parc du Yellowstone et dans l’Idaho, va tenter d’enseigner dans le parc national du Mercantour. Arrivé dimanche en France, l’expert américain va contribuer, en transmettant son savoir-faire sur le piégeage des loups, à l’étude scientifique « prédateurs-proies ». Un programme de recherche qui associe depuis 2001 le ministère de l’Ecologie, le parc national du Mercantour, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes.

« L’objectif , précise Thierry Boisseaux, directeur du parc du Mercantour, est d’étudier l’impact du retour du loup sur les ongulés sauvages : cerfs, chamois, mouflons et chevreuils. » L’étude, qui durera six ans, doit permettre de répondre à une série de questions générées par le retour d’un prédateur disparu de France depuis des décennies. Par exemple, certains chasseurs redoutent que les loups déciment les populations d’ongulés (ces espèces constituent 80 % du régime alimentaire annuel de Canis Lupus ). Du côté du parc du Mercantour, on s’interroge aussi. « En 1979, à la création du parc, il y avait un millier de chamois, ils sont 10 000 aujourd’hui , explique Thierry Boisseaux. Quel sera l’impact du loup sur eux ? Ou sur les mouflons, introduits dans le Mercantour en provenance de Corse ? »

Collier GPS

Le programme est mis en oeuvre sur deux sites : le parc du Mercantour, dans lequel les loups sont revenus depuis 1992 et où la population est estimée aujourd’hui à une trentaine d’individus, et un site témoin, le massif des Bauges, où ils n’ont fait que de récentes incursions. L’expérience a commencé par la capture d’une quarantaine d’ongulés à l’automne 2004 dans le Mercantour. Ils ont été équipés de colliers VHS permettant de les localiser. « En suivant les proies, on va pouvoir étudier leur taux de survie et leur comportement, et comparer ces données avec celles recueillies dans les Bauges », explique Christophe Duchamp, ingénieur biologiste, chargé pour l’ONCFS du suivi du loup dans les Alpes.

Avec Niemeyer, débute l’étape du piégeage de trois loups qui seront équipés de colliers GPS. « En corrélant leurs déplacements avec ceux des proies, on va pouvoir arriver très vite auprès des carcasses, avant d’autres animaux », espère Christophe Duchamp. Autre objectif : savoir si le loup est sélectif avec ses proies, s’il s’attaque plutôt au moins bien portantes comme cela a été observé au Yellowstone.

Niemeyer restera trois semaines en France. Le temps de former gardes du parc et agents de l’ONCFS et, si la chance se présente, de capturer un loup. Mais la tâche est ardue. La forte présence de l’homme dans le Mercantour rend l’animal bien plus méfiant que dans les grands espaces américains. De plus, en Europe, on ne peut utiliser les pièges à mâchoires souples utilisés aux Etats-Unis. Seul est homologué un piège à lacet prenant l’animal à la patte. « Mais auprès de Niemeyer, qui a capturé dans sa vie quelque 400 loups, c’est surtout le feeling de terrain qu’on vient chercher », dit Christophe Duchamp. Les chercheurs se donnent jusqu’à fin avril 2007 pour capturer les trois loups, date à laquelle l’autorisation accordée par le ministère expirera.

Niemeyer, la passion du prédateur

Un « amoureux » du loup. C’est ainsi que le directeur du parc national du Mercantour définit Carter Niemeyer. Expert mondialement reconnu du piégeage des loups, Niemeyer est l’un des pionniers de la gestion de cette espèce dans l’Ouest américain. Biologiste, diplômé en 1973, il a débuté sa carrière comme trappeur pour l’Etat du Montana, avant de se consacrer à la protection de l’espèce au sein du service de la faune sauvage du ministère de l’Agriculture. Il est l’artisan de la capture des loups canadiens et de leur réintroduction dans le parc du Yellowstone en 1995 et dans l’Idaho en 1996. Niemeyer a aussi pris en charge les enquêtes associées aux déprédations de Canis Lupus sur les troupeaux domestiques. A la retraite depuis janvier, il reste sous contrat avec l’Etat de l’Idaho pour lequel il cordonnait depuis 2000 le programme Wolf Recovery.

Lire aussi : Trois loups bientôt capturés dans le Mercantour

Voir en ligne : www.liberation.fr

P.-S.

Source : Eliane PATRIARCA

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