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Un 20 novembre à Merzig

Quand la meute rencontre les loups

mardi 22 novembre 2005, par Snakeloup

Ça aurait pû être un de ces dimanches d’automne comme tous les autres. Ça aurait pû rester un 20 novembre brumeux et froid comme on les aime, un de ces nombreux dimanche où l’on est heureux de remonter la couette jusqu’au menton en regardant le gel prendre d’assaut les fenêtres avant de s’ensevelir dans un sommeil cotonneux et confortable, un de ces dimanches où la télé débite sa logorhée à longueur de temps pendant qu’un bon feu brûle dans la cheminée. Ça aurait pû, mais ça n’a pas été. Au contraire.
Partis, pour certains la veille, un groupe de calus brava tempête et brouillard pour partir au parc. Au parc ? oui ! mais pas n’importe lequel.
Fondé en 1977 par un passionné, le parc de Merzig accueille une population bien particulière. Qu’ils soient sibériens, arctiques, afghans, lituaniens, ou autres, ici les loups ont leur repaire.
Le passionné en question est lui aussi bien connu. Homme d’aspect, au coeur et au comportement de loup, Werner FREUND, pour ne pas le citer, compatriote et ami de Konrad LORENZ (considéré comme le "père" de la psychologie animale), célèbre comportementaliste animalier, l’homme-loup... Werner FREUND donc tient et entretient ce parc à loups.
J’entends déjà certains qui grondent : "Parc", ça veut dire "clôture", ça veut dire "espace restreint" etc. Oui mais... non. Dans cet espace d’environ 5 hectares, quelques enclos se dissémine le long de sentiers boueux. Derrière ces grillages, nul béton, nul artefact, seulement des arbres, des coteaux, des pierres et ... des loups. Joueurs, malin, ils gambadent en plein air, à peine limités par une clôture contre laquelle ils viennent se frotter pour accueillir les visiteurs.

Des membres des forums "Ile-de-France Champagne-Ardennes" et "Alsace-Lorraine et Franche-comté" se sont donnés rendez-vous, justement, pour jouer les visiteurs.
Le brouillard ne nous lâche pas. Depuis hier, une couverture brumeuse envahit le paysage, masquant le ciel et couvrant le sol d’un linceul humide. Les arbres se cachent derrière ces rubans nébuleux, et les silhouettes que l’on distingue à peine ont quelque chose de fantasmagorique. Mais devant le parc, au moment des retrouvailles, le soleil ne vient pas du ciel : il vient du coeur de cette trentaine de personne, heureuses de se rencontrer. Certains se connaissent, d’autres pas et font connaissances. Dans l’air règne un calme polaire, mais au sein de la meute la chaleur est celle de l’été, et c’est en riant, parfois à gorge déployée, que les membres se retrouve, là, devant le parc des loups.

A l’invite de notre hôte, Aurélie, plus connue sous le nom de "calamity-jojo" ou, plus sobrement "jojo la cheyenne", la meute s’avance alors dans le parc. A peine avons-nous fait quelques pas que surgissent du brouillard les piquets et grillages garantissant et notre sécurité, et celle des occupants du lieu. Derrière le grillage, deux loups, fiers et curieux, nous accueille en silence. L’un est une femelle, ancien alpha d’un groupe que l’on découvre plus loin, l’autre et un jeune mâle d’une autre portée. Aucun bruit n’émane de ce couple aux flancs gris et au dos noir, mais leurs yeux parlent plus que des discours. Et s’ils nous souhaite la bienvenue, ils nous enjoignent aussi à ne pas les importuner. Malgré les treilles qui nous sépare, ils semble nous dire "laissez-nous notre tranquillité".

Un peu plus loin, un homme, affublé d’un chapeau en feutre et d’un vêtement militaire, la face burinée de ces hommes qui vivent au grand air, nous accueille. Il ne lui manque que le cigare, qu’il remplace bien vite par un micro. Voici l’ami des loups (FREUND=AMI en alemand, nda), voici celui qui prouva au monde entier que le loup n’est pas le sauvage que l’on croit. Voici Werner FREUND. Dur, à l’image de la terre d’où il est né, paisible, comme la forêt qui nous entoure, son visage marqué s’orne à peine d’un sourire, mais ses yeux expriment à eux seuls le bonheur d’être ce qu’il est.
Issu d’une famille de berger, M FREUND met très tôt en oeuvre ses talents de communication avec les animaux qui l’entoure : chiens, moutons, etc. Âgé d’à peine 18 ans, il devient soigneur dans un zoo, exerçant l’éducation de ses parents. Il devint peu de temps après militaire, apprenant à vivre en solitaire, au milieux de nulle part. En 1972, après de multiples expériences à travers le monde, et au contact d’animaux aussi divers que peu communs, des hyènes, des ours, des éléphants, il se découvre une passion pour le loup. On peut parler de coup de foudre, ou même de révélation. Toujours est-il qu’après bien des démarches, il érige en 1977 le premier enclos du parc, lequel accueillera le premier couple de loups, des sibériens.

Et là, sous sa chapka, sous son vêtement militaire, Werner FREUND commence à nous parler de sa passion.
Son regard étincelle quand il entreprend sa narration, traduite par la voix douce et mélodieuse d’Aurélie. Alors Werner FREUND nous raconte comment il vit avec les loups, comment il les approche et se fait accepter d’eux. Il est le père de tous ces loups. Et tandis qu’il parle, une plainte sourde provient de l’entrée du parc, immédiatement reprise par les arctiques devant lesquels nous nous trouvons et, instant magique, poursuivie par Werner lui-même. La conférence s’interrompt un instant, le temps de quelques hurlements qui résonnent à travers le parc, dominés par ceux de l’homme-loup. C’est l’appel de la chasse, l’appel du groupe. Concluant alors brièvement son exposé, M Freund va nourrir les loups. Avant de déverser les carcasses crues à même le sol, il salue le couple dominant, lequel le lui rend bien, et c’est donc assis sur une souche qu’il fait de grosses papouilles aux loups, lesquels ne se dérange pas pour lui ravaler le visage à grands coups de langue affectueuse.
Après les avoir laissés en compagnie de morceaux de gibiers, il nous enjoint à le rejoindre à l’enclos des "jeunes", lesquels cavalent derrière les arbres, reproduisant la chasse au caribou telle que la jouait leurs aieüx.
Pour faire comprendre à ces jeunes l’empreinte et le rôle du dominant, M FREUND s’allonge devant la carcasse d’une biche et empêche les loups d’en approcher, avant un petit moment. Puis il se recule et reste à proximité des canines qui s’activent dans la viande fraîche, sans pour autant les gêner : après s’être "repus", il surveille le repas des membres les plus jeune de "sa" meute.

Après le repas, il reprend quelques instants la parole, avant de laisser les visiteurs que nous sommes partir à leur tour se sustenter.
Le repas est convivial, à l’image de la meute, et copieux, à l’image des repas allemands. Mais bien vite, le sujet principal de la conversation s’oriente vers le vécu de la matinée, et c’est alors piaffant d’impatience, que nous finissons le repas et repartons visiter les loups.
De nouveau la louve et le jeune nous saluent, silencieusement. En les dépassant, nous atteignons un croisement qui mène à divers enclos. A gauche les arctiques, nous partons à droite.
Là un trio de sibériens nous fait face. La queue légèrement penchée, signe de curiosité teintée de crainte, ils viennent à notre rencontre. Dans leurs yeux se lisent à la fois l’envie de jouer, l’aggressivité, le besoin de tranquillité et une sauvagerie (par opposition à domestication, nda) comme jamais nous ne pouvions l’imaginer. Malgré l’enclos qui les enserre, ces loups resteront des loups : libres, sauvages, carnivores et magnifiques.
De ce moment, la meute commence à se disloquer. Certains par obligations, d’autres ont à coeur de voir de plus près les loups qu’ils trouvent les plus beaux, d’autres souhaitent simplement prendre le plus de photos possibles. Quelles que soient les circonstances, peu à peu des membres rentrent chez eux. Et petit à petit, alors que les membres se quittent sur de déchirants au-revoir, souvent salués par le chant des loups, le soir doux commence à tomber dur la forêt.
Bientôt la lumière décroît, et l’on profite alors des derniers moments à passer en compagnie des loups.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et au final ne restent que les membres les plus lointains, et notre hôtesse cachée sous son Stetson.

Le coeur plein de souvenirs et l’appareil plein d’images, les parisiens repartent pour la grisaille de la capitale, accompagnés, comme une promesse de se revoir, comme un dernier souvenir qui s’attarde, accompagnés par le brouillard.

Ça aurait pû être un dimanche d’automne comme tous les autres, un dimanche froid et pluvieux, banal, comme novembre sait si bien les faire, un de ces dimanches où rien ne bouge et surtout pas la couette sous laquelle on s’emmitoufle.
Au contraire ! Ce fut un dimanche magique, un moment unique, nimbé d’une aura fantastique. Ce fut un dimanche mouvementé, riche en surprise et en événements, ce fut un dimanche comme on aime se les rappeler : vivant. Ce fut un dimanche trop tôt quitté, et la seule question que l’on puisse encore se poser maintenant c’est : à quand le prochain ?

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