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Haute Tinée

Témoignage sur l’écovolontariat

lundi 18 août 2008, par Marion Oruezabal (EN33)

Je pense que j’aurais toujours la nostalgie de ce beau pays. La Tinée. C’est là qu’au début de l’été, comme l’année passée, j’ouvrais la saison d’écovolontariat (avec Pastoraloup) chez Jean-Claude et Hugues. Ils sont tous deux éleveurs associés, éleveurs de chèvres laitières. Une cinquantaine de chèvres, des chevrettes de l’année et quelques jeunes boucs.

Le matin, c’est la première traite de la journée. Et la confection des fromages.
La seconde traite se fera le soir au retour du troupeau à 18h30.

Aux alentours de 9h00, les quelques vaches sont envoyées à la pâture non loin de la ferme. Quant à moi, je pars avec les chèvres pour la journée. Seule avec le troupeau, Volcan le patou et Billy le beau mais malicieux chien de conduite. C’est sur ces territoires que je découvre un peu plus chaque jour, que j’ai apprit la beauté du métier de berger. Pour rien au monde, je n’aurais troqué ces moments de solitude avec les animaux et avec moi-même. Ces moments de méditation, de marche au rythme du troupeau, dans une Nature magnifique.

J’ai senti le loup autour de moi avant qu’il n’attaque, par d’innombrables signes. Le comportement de Volcan, les marques de passage du prédateur…
Un jour, je suis allée au marché à St-Etienne de Tinée avec Florian, stagiaire avec qui j’ai cohabité dans la caravane mise à disposition des stagiaires et écovolontaires. Ce jour-là exceptionnellement, les chèvres ont été envoyées en montagne avec Volcan pour seule protection.
En fin d’après-midi, Florian et moi sommes montés retrouver les chèvres. Lorsque l’on a rejoint le troupeau, il me dit : « Ecoute, on dirait qu’il y a une chevrette là haut ! » En effet, une jeune chevrette se faisait entendre, anormalement loin du troupeau. Alors que ce dernier entamait sa descente, Florian est monté chercher la retardataire. Il a fallut la pousser pour qu’elle avance. Lorsqu’elle arriva à ma hauteur, je remarquai qu’elle boitait. Je remarquai alors cette trainée de sang sur sa patte arrière gauche. En y regardant le plus près, je découvris avec stupeur, dissimulée par les poils, une morsure, une seule, bien nette. Devant cela, le doute est à peine permit. Il n’y a pas de chiens errants sur ce territoire, et à cette époque de l’année, pas de chiens divagants non plus. Il ne restait qu’un seul coupable possible…
Au retour, je préviens immédiatement Jean-Claude. On compte les bêtes… il en manquait deux. Deux jeunes. Je suis immédiatement remontée avec Jean-Claude pour tenter de les retrouver. En vain. Le lendemain, Jean-Luc est venu et lui aussi s’est lancé à leur recherche. Nous avions bien peu d’espoir de les retrouver vivantes. Mais nous voulions au moins les carcasses qui auraient permis l’indemnisation !
Rien. Je continue de chercher la journée d’après. Et encore les suivantes. Rien… rien !
Deux animaux perdus et un blessé… ça n’est pas sans conséquence sur l’économie de l’exploitation. Sans compter le stress subit par les chèvres, qui ce jour là ont produit moins de lait.

C’est sans doute là-bas que j’ai réellement prit connaissance du fond de mes idées. Pour moi, le loup a le droit de vivre dans ces montagnes. De quel droit pourrait-on assouvir la Nature ?
Mais l’élevage aussi fait parti intégrante de la montagne. Comment imaginer ces espaces sans troupeaux, sans sonnailles qui résonnent ? Il y a toutes ces petites difficultés quotidiennes que le loup apporte aux éleveurs et auxquelles on ne peut pas répondre. Par exemple, loger et nourrir les écovolontaires. Nourrir et soigner le patou. Faire face à son agressivité vis-à-vis de certains clients de la fromagerie. Pour les moutons, le parcage entraîne le piétinement du terrain, le rend boueux, provoque l’apparition de maladies et de vers. Tout cela n’a pas vraiment de solution. Ce que l’on demande aux éleveurs, c’est de vivre avec tout ça. Et ce n’est pas toujours facile.
Jean-Claude et Hugues ont tout mis en œuvre pour protéger leurs animaux. Je pense avoir été efficace dans la protection que je leur ai apporté, puisque le loup à choisit le jour où je n’étais pas là pour attaquer. Mais il a suffit d’un jour, un seul…

Le loup est une difficulté supplémentaire quoi qu’on en dise. Et nous « pro-loups », nous devons en prendre conscience ! Sans cela, il y aura toujours des conflits. Je pense quant à moi que le loup et l’élevage peuvent cohabiter : cela fait 15 ans qu’ils le font. Mais je pense aussi que l’élevage est sous-estimé, et quelque part dénigré. Et que c’est ce manque d’écoute qui est à l’origine de beaucoup de problèmes… Ce que nous voulons tous, c’est qu’enfin on puisse trouver un terrain d’entente, n’est-ce pas ?

Voir en ligne : Le temps des loups

Portfolio

Chèvres Chèvres Les chèvres et moi Depuis la Tinée Volcan et les chèvres
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