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Alpha, le parc des loups

Premiers bilans après 3 mois d’ouverture.

lundi 12 septembre 2005, par Sophie MAKRIS

"Le Mercantour, ses bergers, ses loups" : le nouveau centre touristique dédié au loup, installé au coeur du Parc national du Mercantour, rêve de faire, d’une association osée entre éleveurs et prédateurs, le moteur d’un essor touristique et économique du massif.

Trois mois après son ouverture, "Le Temps des loups" a déjà attiré plus de 25.000 visiteurs, représentant un "démarrage sur les chapeaux de roue", selon ses instigateurs.

Directeur du parc, Gérard Legrand avoue même sa "surprise" de voir l’engouement et la fascination exercés par l’animal sur le visiteur.

Les yeux écarquillés, du haut d’un affût ou depuis un sentier, celui-ci peut en effet espérer apercevoir dans les enclos du centre, situé à environ 1.500 m d’altitude, au-dessus de Saint-Martin-Vésubie, l’un des 19 loups, originaires d’Italie, Lettonie, Danemark et République tchèque accueillis au sein du parc.

Située à l’endroit même où les loups réapparurent en 1992, entraînant une véritable guerre entre écologistes et éleveurs de moutons, le pari de cette installation était osé.

Si beaucoup d’éleveurs qualifient encore le parc de "provocation", ses dirigeants ne désespèrent pas de le voir sceller un début de réconciliation entre les deux camps, au nom du développement économique du massif.

Dialogue

"Le loup est là, il ne repartira pas, il faut faire avec, de la façon la plus équilibrée possible", argumente Gérard Legrand.

Souvent stigmatisé pour ses positions "pro-loup" iconoclastes, le maire de Saint-Martin de Vésubie, Gaston Franco, insiste sur son refus de faire du centre "un refuge pour écologistes".

Il met en avant la scénographie baptisée "Le temps des hommes" qui conduit les visiteurs jusqu’au "temps des loups" et présente à travers trois personnages du pays, imaginaires, différents liens à l’animal.

D’abord, Auguste, berger de 75 ans, qui ne croit pas au retour naturel du loup et s’en inquiète. Suit son fils Jean, éthnologue, qui apporte son regard de spécialiste du comportement animal. Enfin Marie, fille de Jean, qui rêve de devenir bergère et veut convaincre son grand-père que la cohabitation entre les espèces est possible.

Simpliste ? "Nous posons les termes du débat clairement et honnêtement", estime Gaston Franco, convaincu que le Mercantour se pose en pionnier d’un dialogue entre éleveurs et défenseurs du loup.

"D’ailleurs, souligne Gérard Legrand, les scénographies ont été élaborées en partenariat avec les bergers".

Un "partenariat" que Bernard Bruno, président du syndicat ovin des Alpes-Maritimes, résume de façon moins idyllique : "On est vite intervenu en voyant toutes les "conneries" qu’ils étaient en train d’écrire sur l’élevage".

La vertu pédagogique du parc est toutefois incontestable, reconnaît-il : "Lorsque les gens ont terminé la visite, ils doutent, se disent que la question du loup est plus compliquée que ce qu’ils pensaient".

"Sur le fond, ça ne change rien au problème du loup en liberté", estime M. Bruno.

Sauf si on considère, avance Gaston Franco, qu’avec 45% de fréquentation en plus sur Saint-Martin cet été, 30% de chiffres d’affaires en plus pour les commerçants de la station, "c’est toute la vallée qui est tirée vers le haut".

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