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Plan loup 2004-2008 : communiqué de FERUS

vendredi 11 juin 2004, par FERUS

Quand l’administration a manifesté son intention de rédiger un document destiné à encadrer son action envers le loup jusqu’en 2008, elle a contacté divers partenaires, en gros le monde de l’élevage, des associations concernées par la protection du loup et des gestionnaires d’espaces naturels. Elle leur a proposé de participer aux réunions d’un groupe informel destiné à échanger des données, à faire des propositions, à recueillir les remarques des uns et des autres sur les intentions des pouvoirs publics.

France Nature Environnement, le WWF France et FERUS ont été sollicités du côté des défenseurs du loup.
Les trois associations se sont concertées pour apprécier s’il fallait participer à ce groupe ou, au contraire, refuser d’y siéger. FERUS a même organisé un vote lors de sa dernière assemblée générale à Orléans, et les adhérents ont opté à la quasi unanimité pour une participation critique.

Les données de départ étaient assez claires : le gouvernement entendait répondre, en rédigeant son plan, aux attentes de la commission parlementaire qu’avait présidée le député Estrosi. Son rapporteur, le député Spagnou, avait conclu de manière assez provocatrice à une quasi incompatibilité entre la présence du loup et l’élevage ovin extensif alors que les auditions de la commission s’étaient révélées beaucoup plus nuancées.

Les associations de protection de la nature ont estimé qu’il aurait été dangereux de laisser les représentants des éleveurs et le député Spagnou lui même (il participait aux réunions, alors qu’il n’y avait aucun élu favorable au loup) faire entendre tout au long des travaux de préparation du plan un seul son de cloche : celui des ennemis du loup.

Dans la mesure où le groupe n’avait ni pouvoir de décision, ni même pouvoir d’avis (il n’y a jamais eu d’expression du groupe en tant que tel, il n’était qu’un lieu de travail), le fait de participer ne pouvait pas être interprété, à moins de mauvaise foi, comme une acceptation de ce que, finalement, le gouvernement déciderait seul. De leur côté ceux des éleveurs qui rêvaient et rêvent encore à une montagne sans loup ont également participé alors qu’ils n’étaient pas d’accord avec le postulat de départ.

Les associations se félicitent d’avoir suivi les travaux du groupe : elles ont apporté de nombreux arguments et infléchi un texte qui dans ses grandes lignes n’est pas aussi négatif pour l’espèce qu’il aurait pu l’être : sans violer la confidentialité de certaines positions, de fortes pressions s’exerçaient à un moment pour que la France déclare qu’elle ne laisserait pas le loup "franchir le Rhône" par exemple.

Les débats sur le mode d’estimation par les experts des populations de loups présentes sur notre sol ont été longs et fructueux, les associations y ont beaucoup participé. C’est très important pour l’avenir puisque c’est à partir de ce "thermomètre" que l’on jugera de la pertinence de telle ou telle politique et que des recours éventuels pourront être formulés en justice pour mise en danger d’une espèce protégée.

Quant aux tirs de loups, ils étaient déjà décidés par l’Etat avant les réunions du groupe (ils avaient été autorisés les années précédentes mais n’avaient pas été mis en oeuvre). Les associations de protection en ont bien entendu combattu l’inscription dans le projet de plan, avant de s’y opposer plus tard sur le terrain.

ET MAINTENANT ?

Le plan loup a été soumis le 5 mai à l’instance officielle de concertation prévue par la loi, le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) où siègent le WWF et FNE parmi d’autres associations mais auquel ne participe pas FERUS. Cependant FERUS a préparé avec soin la séance du CNPN (Commission Faune) où ce plan devait être discuté, puisque le WWF et la SNPN membres éminents de la commission faune sont également membres de droit de FERUS.

Le CNPN a approuvé les grandes lignes du plan, et voté contre les autorisations de tir qui devraient être délivrées en 2004.

L’approbation, par une instance où les protecteurs et les scientifiques experts en matière de faune sauvage sont majoritaires, des grandes lignes du plan montre qu’il n’est pas désastreux même s’il n’est pas idéal de notre point de vue. Dans sa version actuelle, il reconnaît la vocation de la population de loup à grandir (puisqu’il s’agit de gérer son expansion), il reconnaît la valeur patrimoniale du loup (ce qui n’est pas évident pour ceux qui le combattent), il n’exclut a priori aucun point du territoire, ce qui nous permet de rêver à un futur où le loup recoloniserait les grandes forêts de l’Est et du Centre, le Massif Central ou les Pyrénées.

Il a également le mérite d’impliquer pour la première fois très fortement les crédits de l’Agriculture dans le processus de financement des mesures de prévention des attaques et de protection des troupeaux. Or il s’agit de sommes conséquentes (la France est le pays du monde qui finance le mieux les dommages directs et indirects causés par les prédateurs au bétail) et la ligne de crédits européens "LIFE" qui les prenait auparavant en charge ne pouvait plus être reconduite.

Mais attention, ce n’est pas le plan définitif : les associations dont FERUS ont protesté contre les tirs programmés, contre la sous-estimation de la question des chiens errants et contre le fait qu’on continue d’indemniser ceux des éleveurs qui délibérément, par volonté de faire capoter le système, refusent tout moyen de protection des troupeaux.

Mais les éleveurs ont de leur côté réclamé beaucoup plus de tirs de loups, des possibilités de quasi "autodéfense" pour les bergers,la possibilité d’intervenir dans les espaces protégés, davantage de subventions. Et surtout le ministre de l’Agriculture et son cabinet se sont également opposés à ce plan qu’ils jugent trop favorable au loup, au point qu’ils ont fait voter leur représentant...CONTRE les tirs de loup en CNPN, alors qu’il s’agissait d’une proposition conjointe des deux ministères ! Ils demandent évidemment beaucoup plus de tirs, ce qui est conforme aux positions personnelles de M.GAYMARD qui s’est déclaré pour une forte réduction du nombre des loups.

Actuellement, des discussions ont lieu entre les ministères et, si elles n’aboutissent pas, il y aura peut être un arbitrage de Matignon. On ne sait donc pas quel visage définitif aura le plan de gestion du loup sur lequel les pouvoirs publics fonderont leur action pendant les cinq ans à venir. La vigilance et la mobilisation des associations sont plus que jamais nécessaires, FERUS pour sa part est attentif tous les jours aux évolutions du dossier et se prépare à faire face à toutes les hypothèses

D’ailleurs, le président de FERUS, Jean-François Darmstaedter, dans l’éditorial de la gazette des Grands Prédateurs de l’été 2004, demande à ses adhérents de se " mobiliser contre le braconnage ou les tirs éventuels de loups qui pourraient être mis en place par les préfets".

Visiter le site de FERUS.

Photos Sylvain Macchi.

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