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WERNER FREUND

Par amour des loups

mercredi 16 octobre 2002, par Patrick Gabella, Yassine

En Sarre, un ancien sous-officier de la Bundeswehr vit pleinement sa passion. Il vit avec les loups...

Humain pour un quart, loup aux trois quarts, Werner Freund partage par pure passion la vie des loups, des bêtes qui n’effraient plus personne à Merzig, pas même les enfants qui s’endorment parfois le soir avec de drôles de hurlements en guise de berceuse.

Photo : © Patrick GABELLA

« Il y a d’autres réserves de loups, mais il n’y a personne au monde qui, comme moi, soit un homme-loup », affirme cet ancien adjudant de la Bundeswehr, âgé de 67 ans, avant de pénétrer dans un enclos en pleine forêt où l’attendent, impatients, six loups d’Arctique au poil blanc.

L’homme-loup s’assoit parmi les siens, sur une souche. En une fraction de seconde, il est submergé par l’affection des fauves qui lui lèchent le visage, s’affrontent en montrant les crocs et en grondant pour bénéficier de la première caresse du visiteur.

Ancien explorateur, Werner Freund a acclimaté, depuis un quart de siècle, 25 loups blancs, gris et brun venus du pôle Nord, d’Europe, des Indes et du Kazakhstan, aux alentours de Merzig, une grosse bourgade de quelques 31 000 habitants, sur les bords de la Sarre, près de la frontière française.

« Je les ai regroupés par origine géographique dans des enclos distincts qui représentent ensemble 4 hectares », explique l’homme-loup. On entre dans chaque enclos par un vestiaire : « Pour chaque groupe, j’enfile une tenue spécifique, un vieux treillis militaire, imprégné de mon odeur »

Photo : © J.J. GEIGER

Barbu et trapu, Werner Freund ne se sépare de son havane que pour entrer dans les enclos, privilège réservé à lui seul, « parmi eux, je ne suis pas le chef, mais je suis respecté comme une sorte de loup d’honneur », explique-t-il. Pas si bêtes, les loups savent bien que, chaque jour, c’est leur compagnon à deux pattes qui leur apporte à manger. Grâce aux paysans des environs et aux autorités, Werner Freund va à la chasse, avec pour seule arme une vieille fourgonnette, embarquant ça et là un veau mort-né, « à condition qu’il soit sain, un cerf ou un sanglier renversé par une voiture. C’est la moitié de mon travail : chaque loup mange plusieurs kilogrammes de viande fraîche par jour ».

Werner Freund est aussi accepté par les loups parce qu’il vit selon leurs lois : ami de Konrad Lorenz - spécialiste d’éthologie (science comparée du comportement animal et humain) et prix Nobel décédé en 1989 - il dispute en grondant à ses pensionnaires les pièces de viande crue qu’il leur apporte, parfois entre ses dents.

Et quand le cœur lui en dit, il hurle avec eux, même s’il assure qu’en fait, il chante dans un chœur insolite que l’on entend à plusieurs kilomètres à la ronde.

« Quand un loup m’enserre le cou avec sa gueule, manière pour lui de contester l’ordre établi et la hiérarchie, je réagis immédiatement en le mordant à mon tour. A chaque fois, il lâche prise et se soumet assure-t-il. »

Les plus jeunes pensionnaires de Werner Freund sont nés à Merzig et, dans sa maison de bois à l’orée de la forêt, une chambre est prévue pour eux. Durant leurs premières semaines d’existence, ils passeront leurs nuits avec le maître des lieux, afin que sa présence leur soit familière.

Erika - Madame Freund - trouve cela normal : « Après tout, Werner est vraiment devenu un loup ». Admise de temps à autre dans le sanctuaire des enclos, elle s’occupe surtout de la gestion des lieux et « des dizaines de milliers de visiteurs qui viennent chaque année d’Allemagne, de France ou de Belgique, mais aussi d’ailleurs » assurant le revenu familial. De fait, la municipalité de Merzig, « la ville des loups », voit d’un bon œil cette notoriété qui vaut bien de laisser gratuitement aux bêtes de Werner Freund quelques hectares de forêt.

« Grâce à eux, nous sommes connus dans toute l’Europe et nous avons même des visiteurs qui viennent de Russie et du Japon », explique un responsable municipal, M. Kurt Petry. Connu comme le loup blanc chez les spécialistes du monde entier, Werner Freund, ne voyage plus, sauf une fois l’an, en Kirghizie, à Karakolka, une ville proche de la frontière chinoise, dont il est citoyen d’honneur. Là, il rend visite à d’autres loups, en totale liberté, en espérant qu’un jour les loups, « qui ne sont pas dangereux, soient réintroduits en Allemagne et en Europe. »

Article initialement paru dans le quotidien régional - L’ALSACE. 2000


P.-S.

Il existe une traduction française de deux livres écrit par Werner Freund :

  • Wolf Unter Wolfen ( Loup parmi les loups )
  • Der Wolfmensch ( L’homme-loup )
    Ces ouvrages sont actuellement à la recherche d’un éditeur !
    Vous pouvez contacter le traducteur Patrick GABELLA (Email) pour plus d’information.

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