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On va abattre des loups !

jeudi 8 juillet 2004

LES QUELQUES DIZAINES de loups qui s’aventurent depuis une décennie dans les Alpes françaises seraient bien inspirés de prendre des vacances prolongées côté suisse ou italien, territoires où les meutes s’aventurent déjà. Le ministre de l’Ecologie, Serge Lepeltier, annoncera en effet, sans doute le 12 ou le 13 juillet, un plan Loup qui autorise l’élimination d’une poignée d’animaux. Un tir sélectif réclamé à cor et à cri par les éleveurs, lassés de subir les assauts incessants du prédateur sur leurs troupeaux : plus de 2 000 brebis tuées en 2002, même si ce chiffre a très certainement baissé l’an dernier.

Des agriculteurs que rencontre aujourd’hui Serge Lepeltier, qui passe la journée dans la région. Du col d’Allos où il visitera un élevage ovin victime d’attaques du loup à l’antenne du parc national du Mercantour en passant par la vallée de l’Ubaye, le ministre discutera aussi avec les associations environnementales, très réservées sur le projet. « Le problème, c’est que le loup n’est plus une figure marginale dans l’environnement écologique alpin, assure-t-on dans l’entourage du ministre. Quand il est revenu en France, il y a plus de dix ans, personne n’en parlait. Puis les attaques se sont multipliées, avec un pic en 2002. Aujourd’hui, le loup constitue une espèce bien installée. Même si elle reste très nomade, nous avons un noyau connu de 39 animaux, donc sans doute de 50 à 55 bêtes, une population qui croît au minimum de 20 % par an. »

Un espèce protégée

Pas question pour autant d’éradiquer totalement l’espèce. « C’est impossible, promet le ministère. Certains en rêvent sans doute, mais cela restera un fantasme. » Le gouvernement s’oriente plutôt vers un dispositif à double détente : réfléchir à la manière de mieux protéger les troupeaux, avec une présence humaine et canine accrue, mais aussi « prélèvement sélectif », peut-être de cinq à sept individus, dont les modalités (battue ou pas, tir immédiat ou plus tard, etc.) restent à définir. Problème : l’espèce est protégée. D’ailleurs, la justice a confirmé le 30 juin la condamnation à 2 000 € avec sursis, et 2 000 € de dommages et intérêts, d’un berger des Hautes-Alpes qui avait piégé un loup. Mais les règlements internationaux prévoient des exceptions à cette protection, à condition « qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable ».

C’est justement ce point qui laisse sceptiques les amis du loup. « Personne ne dispose de chiffres fiables, regrette Jean-François Darmstaedter, président de l’association Ferus. Pour nous, la population de loups en France n’est pas à l’heure actuelle en état de conservation. » Un point de vue partagé par le WWF (Fonds mondial pour la nature) : « Aucun élément scientifique ne nous garantit que l’espèce ne souffrira pas de ces tirs. » « Il existe d’autres solutions pour régler le problème des attaques. Nous allons donc rester très vigilants. Nous interviendrons sur les lieux où un tir de loup sera prévu, on exercera une présence permanente, et nous dénoncerons tout dérapage », reprend Ferus. «  L’Etat a mis en place depuis des années des aides au pastoralisme, il finance des clôtures de protection, il indemnise les bergers victimes. Nous espérons que le plan Loup confirmera aussi tous ces engagements », conclut-on au WWF.

P.-S.

Source : Le Parisien - Michel Valentin, jeudi 08 juillet 2004

Réactions de loup.org

Si l’on peut se satisfaire des mesures d’accompagnements des éleveurs proposées afin de réduire l’impact de la prédation, nous sommes fermement opposés, comme d’autres associations, au protocole de gestion des loups, qui envisage pour 2004 le tir de 5 à 7 individus en France. Nous appellons nos adhérents et sympathisants à se mobiliser pour affirmer cette opposition.

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