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Nelly Olin dégaine contre le loup

mardi 21 juin 2005, par Libération

Elle démarre très fort, la toute nouvelle ministre de l’Ecologie, qui a peut-être trouvé un moyen de se faire un nom rapidement. La première décision de Nelly Olin, totalement paradoxale, aura été d’augmenter de 4 à 6 le nombre de loups pouvant être abattus dans le massif alpin. L’arrêté ministériel paru samedi au Journal officiel a déjà mis le feu aux poudres. Les éleveurs sont circonspects et toutes les associations de défense de la nature expriment leur colère.

A-t-elle cédé aux injonctions du député UMP des Alpes-de-Haute-Provence Daniel Spagnou, ex-rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur la présence du loup, qui l’avait rencontrée mercredi dernier ? « Je préviens déjà la ministre sous forme d’ultimatum que, si elle ne prend pas personnellement en main ce dossier avec des mesures significatives, je participerai personnellement au durcissement de la position des éleveurs bas-alpins, dont beaucoup n’ont plus rien à perdre. » Des menaces ? Non, bien sûr, mais Daniel Spagnou, satisfait de la décision, a rendu un hommage appuyé à la ministre : « C’est la première fois qu’un ministre de l’Ecologie a le courage d’aller aussi loin. »

Chiffres incertains. Pour justifier sa décision, la ministre invoque une augmentation de 15 % des attaques des loups contre les troupeaux entre 2003 et 2004. Mais il existe peu de données consensuelles sur ce sujet. Les effectifs de la bête tout d’abord : ils seraient 55 à tout casser dans l’Hexagone pour ses partisans, plus d’une centaine pour ses adversaires (contre 2 500 en Espagne et entre 500 et 1000 en Italie). 2 550 brebis en auraient été victimes en 2004. Beaucoup auraient été tuées par des chiens errants, selon les défenseurs du prédateur. Ou encore : pour les uns, il serait revenu naturellement d’Italie ; pour d’autres, il aurait été réintroduit par l’homme. Les scientifiques qui l’étudient se prononcent pour la première hypothèse. Un prélèvement de 10 % ne mettra pas en danger la présence du loup en France. Pour le tirer, les bergers devront avoir l’autorisation du préfet, avoir subi plus de trois attaques successives en trois semaines. Les indemnisations accordées aux éleveurs en cas d’attaque vont augmenter de 80 %. Pourtant ceux-ci restent mitigés, la mesure leur semblant dérisoire « par rapport à la vitesse de l’extension du loup ».

Désaveu. Tout encadrée qu’elle soit, la mesure provoque un tollé. Tous les députés UMP ne l’apprécient pas, l’ancienne ministre Corinne Lepage la condamne tout comme la Société protectrice des animaux (SPA) ou l’Association pour la protection des animaux sauvages. L’association écologique France Nature Environnement estime que : « Le bon sens et le courage politique auraient voulu que les indemnisations soient enfin conditionnées à la mise en place de mesures de protection des troupeaux. Cette annonce sonne comme un désaveu pour les éleveurs qui se sont sérieusement investis dans la prévention. » Selon elle, la destruction des loups ne résoudra pas les problèmes de la filière ovine.

P.-S.

Sylvie BRIET

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