Accueil > Canis lupus : le loup > Des loups et des hommes > Mangeurs d’hommes ?

Mangeurs d’hommes ?

jeudi 30 mai 2002, par Robert Igel, Thierry

Les grands Carnivores vivant à grande échelle, leur conservation ne peut se faire qu’à l’intérieur des territoires protégés. Ils doivent donc être préservés dans un environnement à multi-usages où des conflits avec les hommes peuvent se produire. Ces conflits sont de nature diverse, allant de la prédation sur le bétail à la concurrence pour la chasse aux ongulés sauvages convoités également par les hommes. Cependant, l’un des plus importants est la peur d’être attaqué, blessé, voire tué par l’un des grands Carnivores peuplant certains territoires (ours, lions, tigres, pumas, léopards…). Bien que le danger représenté par le loup soit très controversé encore de nos jours, beaucoup de gens vivent sur des territoires où se trouvent des loups et de nombreux cas sont rapportés de personnes qui les craignent.

Contrairement aux croyances populaires, où le loup est présenté comme un animal sanguinaire et mangeur d’hommes, les attaques sont extrêmement rares, mais, dans notre soucis de protection, ne transformons pas ce grand prédateur en un inoffensif chien-chien à sa mémère.

On a recensé plusieurs cas où des loups auraient attaqué des hommes. On cite par exemple, un scientifique qui aurait tenté de s’interposer entre un loup et ses chiens de traîneau en train de se battre ; l’homme a eu le bras déchiqueté alors qu’il essayait de le saisir à la nuque. Dans l’état du Minnesota, un loup a apparemment confondu un chasseur imprégné d’odeur de cerf et l’a renversé. Lorsque le loup a réalisé son erreur, il s’est enfui (qui du loup ou de l’homme a eu le plus peur). On raconte aussi que les loups craignent tellement les hommes qu’ils ne traverseraient même pas un chemin enneigé, portant des traces de pas humains.

En février 2001, à la demande du ministère norvégien de l’environnement, plusieurs chercheurs ont rédigé un rapport qui tente d’examiner les données existantes et relatant des attaques de loups sur des hommes au cours de ces dernières centaines d’années dans le monde.

Disponible dans sa version originale (en anglais) sur le site
Large Carnivore Initiative for Europe
en voici une traduction intégrale :

La peur du loup
Recueil d’attaques de loups sur des humains.
(THE FEAR OF WOLF – A Review of wolf attacks on humans - Traduction Robert Igel)

Ont ainsi été examinés des ouvrages écologiques, médicaux, vétérinaires et historiques. Pour ces derniers, n’ont été retenus que les cas provenant d’épisodes pour lesquels il existe une forme de documentation écrite, excluant les cas rapportés par la seule tradition orale. Les données étant souvent fragmentées et de qualité fort variable, beaucoup de rapports ont besoin d’être appréhendés avec prudence.

A partir des données rassemblées, il ne semble pas y avoir de doute qu’en de rares occasions et dans des circonstances particulières, des loups ont pu attaquer et tuer des gens. On peut ainsi identifié 3 types d’attaques :
- attaques par des loups enragés.
- attaques défensives où le loup a mordu une personne en réponse à une situation où il était acculé ou provoqué.
- attaques de prédation lorsque les loups semblent avoir considéré une personne comme une proie.

Un résumé impartial de ce rapport pourrait être : « dans les cas extrêmement rares où des loups ont tué des gens, la plupart des attaques ont été le fait de loups enragés, les attaques de prédation visant principalement les enfants. Les attaques en général ne sont pas habituelles mais épisodiques et l’humain ne fait pas partie des proies naturelles du loup ».

Quand la fréquence des attaques de loups est comparée à celle des autres grands Carnivores, il est évident que les loups sont parmi les moins dangereux. Toutefois, les cas où des humains ont été attaqués, blessés ou tués par des loups, ajoutés à notre peur culturelle de la vie sauvage, elle-même renforcée par les historiens et toute la mythologie, permet de mieux comprendre pourquoi les loups ont été perçus comme une menace pour le genre humain. Actuellement, le risque d’une attaque de loups tant en Europe qu’en Amérique du Nord semble très faible malgré l’accroissement du nombre de loups qui voisine aujourd’hui entre 10.000 et 20.000 en Europe, 40.000 en Russie et 60.000 en Amérique du Nord. Malgré ces nombres annoncés, nous n’avons étudié que 5 rapports de personnes ayant été tuées par des loups en Europe, 4 en Russie et aucun en Amérique du Nord dans ces 50 dernières années.

Cependant, malgré la faiblesse du risque encouru, nous pouvons proposé un certain nombre de conseils de gestion susceptibles de participer à la diminution du risque non moins réel d’attaque :

- Agir pour que les loups restent des animaux sauvages. Tout animal qui perd sa crainte de l’homme doit être déplacé. La chasse, soigneusement régulée, peut devenir utile dans certains cas pour maintenir cette timidité du loup et fournir à la population humaine un sentiment de pouvoir local et de contrôle sur la situation des loups.

- Assurer aux prédateurs naturels de notre environnement un potentiel de proies nécessaires à leur survie. Pour cela, il est important d’inclure la prédation du loup dans les plans de tir.

- Prévoir un plan de réaction des Services de gestion de la Vie Sauvage pour répondre de façon intelligente à la situation particulière ayant provoqué un comportement anormal d’un individu qui aurait perdu de sa prudence.

- Continuer de se prémunir contre les épidémies de rage en contrôlant leur expansion (et leur régression) dans les zones à risque potentiel. En diminuant le risque de rage chez les animaux domestiques, on diminue également le risque de voir apparaître des loups enragés.

Bien que la grande majorité des loups sauvages ne montre jamais de comportements agressifs envers le genre humain, il est important de préparer des plans de gestion qui couvrent en totalité les phénomènes de maladie dues à la rage, la perte de la crainte chez l’animal, les possibilités d’hybridations ainsi que toutes les autres situations anormales dans nos rapports avec notre environnement.

Il n’y a pas de doute que la part la plus importante de notre peur du loup est une angoisse profonde face à notre propre sécurité et les résultats rapportés ici indiquent qu’elle est justifiée jusqu’à un certain point. Il est logique que nous ayons développé dans notre passé une peur génétique inhérente à la présence des grands prédateurs. Il est tout aussi évident qu’une grande partie de cette peur dépende de la situation sociale et culturelle de chacun d’entre nous. En d’autres termes, c’est une peur du loup symbole des influences négatives extérieures sur des problèmes personnels et locaux. Il est nécessaire en conséquence de prendre en compte cette dimension humaine aussi bien que l’évaluation générale du risque dans les plans de gestion.

Partager cet article :

Soutenir par un don