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Louveteau, y es-tu ?

dimanche 25 septembre 2005, par Libération

La nuit est tombée depuis longtemps sur le massif de Belledonne. Une vingtaine d’agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de l’Office national des forêts (ONF) partent se poster sur les hauteurs du village de La Rochette pour procéder à un recensement peu ordinaire. C’est la dernière tentative de l’été pour savoir si des louveteaux sont nés cette année, les trois opérations menées en juillet n’ont rien donné.

Comme un chiot

Au signal, cinq hommes brandissent des cônes d’autoroute en guise de porte-voix. « Un, deux, trois... Ahououou... » De concert, ils imitent le hurlement du loup. De l’autre côté de la vallée, les autres équipes tendent l’oreille. Tous espèrent une réponse de la meute identifiée les années passées sur ce secteur. Objectif : distinguer les éventuels glapissements de louveteaux nés fin mai, début juin. « Il faut avoir un peu d’expérience pour distinguer un jeune d’un adulte, il pousse les mêmes cris qu’un chiot de 4 mois », explique Christophe Duchamp, biologiste à l’ONCFS. Pour utiliser cette méthode du « hurlement provoqué », les 120 membres du réseau Grands Carnivores qui participent à l’opération ont jusqu’à la mi-septembre. Passée cette date, les cris des jeunes se confondent avec ceux des adultes.

Stimulus

Lors des premiers essais, en 2002, des enregistrements audio avaient été utilisés. « Mais on obtient les mêmes taux de réponse avec la voix humaine. Autant aller au plus simple », souligne Christophe Duchamp. Pas de cours du soir pour apprendre à imiter le loup. « Il y a juste quelques rudiments à connaître. Il faut respecter une certaine gamme d’intonations. » Pour Jean-Pierre Henri, de l’ONF, « c’est le même hurlement que font les gamins quand ils jouent au loup, sauf qu’on a un porte-voix. Tout le monde peut le faire ».

La meute réagit plus à un stimulus qu’à un véritable appel : aux Etats-Unis, des loups auraient hurlé en réponse à une sirène de voiture. Quant aux résultats, la méthode a un côté aléatoire. Le territoire d’une meute mesurant 300 à 400 km2, les loups peuvent se trouver dans une autre vallée lorsqu’on les appelle. A l’ONCFS, on dit recueillir jusqu’à 60 % de réponses lorsque l’historique de la meute est connu, notamment grâce aux traces hivernales.

Emu

Cette nuit-là, à La Rochette, les loups resteront une fois encore muets. Jean-Pierre Henri et ses collègues relativisent leur déception. « Ce ne serait pas marrant si ça marchait à tous les coups. L’an dernier, on avait des réponses presque à chaque fois. » Tous les participants, qui ont entendu au moins une fois le loup, en gardent un souvenir ému. « C’est impressionnant, un peu comme lorsqu’un cerf brame à 10 ou 20 mètres. C’est une voix assez puissante, avec l’ambiance de la nuit, ça fait quelque chose », reconnaît Christophe Duchamp. Les résultats des opérations menées dans les seize zones de présence permanente du loup en France devraient être connus en novembre.

P.-S.

François BEGUIN

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