Accueil > Sur la piste du loup > Loup et pastoralisme

Loup et pastoralisme

mercredi 30 juillet 2008, par Daniele Boone

La chèvre de Monsieur Seguin, vous connaissez ? A la fin de l’histoire, elle est dévorée par le loup. Et bien, dans le Mercantour, les chèvres de Jean-Claude et Hugues sont encore dévorées par le loup… Alors comment faire pour cohabiter avec le prédateur ? Depuis quatre ans, Life COEX tente d’aider les éleveurs à trouver des solutions : chiens de protection, clôtures, écovolontaires comme Alexandre, Loïc ou Jean-Marc pour surveiller le troupeau…

Comment cohabiter avec les grands prédateurs, loup et ours ? Une question qui taraude aussi bien les éleveurs que les protecteurs de la nature. Il y a quatre ans, le WWF, en partenariat avec le FIEP, FERUS, la Pastorale Pyrénéenne et Pays de l’Ours-Adet, a mis en place Life COEX. Financé en grande partie par l’Union Européenne, ce programme a pour but d’améliorer la coexistence entre les grands prédateurs et les activités humaines en développant les conditions légales et socio-économiques susceptibles d’atténuer les situations de conflit, en particulier avec les professionnels de l’élevage.

La gravité des dommages dépend assurément de l’exposition du bétail et la prédation peut être réduite par des méthodes de prévention, de fait, pas du tout nouvelles mais qui avaient été délaissées avec la désertion des grands carnivores. L’enjeu du Life COEX a donc été de les remettre au goût du jour en proposant des actions concrètes pour aider bergers et éleveurs notamment en leur fournissant des patous, chiens de protection originaires des Pyrénées qui restent en permanence avec le troupeau.

Le patou a l’air d’un bon gros chien mais attention, si vous le rencontrez lors de vos promenades montagnardes, n’approchez surtout pas. Il pourrait croire que vous voulez attaquer son troupeau. De fait, depuis son plus jeune âge, il vit au milieu des moutons ou des chèvres alors, les protéger, c’est comme un sixième sens chez lui…

Une autre aide est apportée aux éleveurs à travers le programme Pastoraloup. Afin de réduire les dommages sur les animaux domestiques, des bénévoles renforcent la présence humaine auprès du cheptel et participent aux divers travaux pastoraux nécessités par la présence du Loup comme la pose de clôture par exemple.

Etudiant à l’IER (Ingéniérie de l’Espace Rural) cherchant un stage, Alexandre Garon a contacté Pastoraloup. Le voilà embauché pour deux mois avec notamment des missions auprès des éleveurs. Il a passé deux semaines en juin chez Jean-Claude et Hugues, éleveurs et producteurs de fromage. Alexandre a non seulement surveillé les chèvres mais il a aidé à la traite manuelle - c’est pas facile ! - ainsi qu’à la production des fromages. Après un séjour dans les Pyrénées à découvrir la problématique liée à l’ours. Il se prépare à rejoindre à nouveau l’estive pour la surveillance de nuit d’un troupeau de moutons.

Loïc Coquel, étudiant en licence d’aménagement du territoire rural désireux d’aider, “préfère donner son temps plutôt que de l’argent”. Pour l’instant, la vie à la ferme correspond à l’idée qu’il s’en était fait mais il se montre sagement réservé : “je ne suis là que depuis trois jours !” Lorsque le patou aboie, il dresse l’oreille. Le loup a attaqué, il y a trois semaines : deux chevreaux croqués et un troisième blessé. Alors ? Non, cette fois, c’est une biche ou un renard… Il espère bien n’avoir que de fausses alertes !

Etre écovolontaire, c’est participer activement à la protection de la nature. Une façon de donner mais aussi de recevoir. Jean-Marc Delfino, professeur de mathématique à Nice, est venu aider Jean-Claude et Hugues via Pastoraloup, il y a quatre ans. “Pendant ces deux semaines, j’ai découvert une autre façon de vivre à deux pas de chez moi. Alors, j’ai décidé de revenir deux à trois semaines chaque année.”

Pour être écovolontaire, il faut être âgé de dix-huit ans au moins. Dans l’autre sens, il n’y a pas de limite d’âge. Aucune compétence particulière n’est requise mais il faut savoir travailler en équipe et être en bonne condition physique pour participer aux activités. L’année dernière, une bonne soixantaine de volontaires sont venus pour assiter les bergers des Alpes dans le cadre de Pastoraloup. C’est pas mal, mais on peut encore mieux faire. N’hésitez pas à franchir le pas. Vous serez le bienvenu.

Life COEX s’achève début septembre mais le gouvernement et les associations locales impliquées vont poursuivre sur cette belle lancée. “Le but était de montrer que la coexistence avec le loup et l’ours est possible en se donnant les moyens”, explique Annette Mertens, coordinatrice internationale du programme Life COEX. Lorsque le loup est arrivé dans le Mercantour en 1993, les éleveurs étaient unanimes. La seule solution qui leur semblait possible : l’extermination ! Aujourd’hui, même si les détracteurs du loup restent nombreux, sa présence n’est plus remise en question

Voir en ligne : Le blog de Daniele Boone

P.-S.

Daniele Boone est journaliste indépendante, spécialiste animaux et de la nature.

Partager cet article :

Soutenir par un don