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Loup et développement durable

mercredi 17 août 2005

C’est sans conviction et en avalant un mot sur deux qu’un ministre (Jean pierre Chevenement, pour ne pas le citer)répondant aux sénateurs évoquait, en octobre 1999, lors d’une séance des " questions d’actualité ", le retour du loup dans les montagnes, "signe du développement durable retrouvé". L’exercice de style avait alors provoqué une hilarité générale dans l’hémicycle. Voir en ligne.

C’est en réponse à cette anecdote et au rapport parlementaire (dit rapport Honde) qui prône l’abattage des loups dans nos montagnes afin de protéger le pastoralisme, qu’est né sur internet le site www.loup.org

C’est quoi le développement durable ?

La Commission mondiale sur l’environnement, présidée par une éminente femme d’État norvégienne, Gro Bruntland, a défini en 1987 le développement durable comme "un processus de changement par lequel l’exploitation des ressources, l’orientation des investissements, des changements techniques et institutionnels se trouvent en harmonie et renforcent le potentiel actuel et futur de satisfaction des besoins des hommes".

Ce concept a été façonné pour montrer que développement et protection de l’environnement non seulement n’étaient pas incompatibles mais, à terme, ne pouvaient qu’aller de pair.

Le développement durable peut encore être défini comme le développement qui permet de répondre aux besoins actuels de la population humaine, sans compromettre les possibilités des générations futures de satisfaire les leurs (YAKOWITZ Marilyn, 1997). L’éducation est à la base de ce développement durable. Elle permet de bâtir un plan d’action en vue de trouver un point d’équilibre entre les hommes, et entre les hommes et le milieu environnant.

Le plan d’action s’appuie sur plusieurs principes :

  • améliorer les connaissances et les technologies,
  • accéder à l’information,
  • réviser les politiques,
  • promouvoir des stratégies collectives,
  • s’adapter.

Ce plan d’action est bâti pour l’établissement d’un équilibre. Cet équilibre sous entend une cohabitation harmonieuse des personnes et des activités, ainsi que la sauvegarde de l’environnement et des ressources naturelles.

Même s’il est préconisé de maintenir une cohabitation harmonieuse des personnes, le législateur (élu du peuple) est parfois amené à trancher. Dans le cas de la protection du loup commun (Canis lupus), les conflits n’ont pas éclaté à la signature de la convention de Berne car le loup sauvage était absent du territoire français. Par contre, lorsque les attaques se sont faites plus fréquentes (dès 1994), des manifestations anti-loup ont vu le jour et ont culminé jusqu’à la destruction à la dynamite d’un pont dans la vallée de la Vésubie.

Le retour du loup a provoqué de profonds changements pour les habitants des Alpes. Les chasseurs ont craint une baisse des effectifs d’ongulés sauvages, ils ont ainsi mieux géré les plans de chasse qui leur étaient octroyés, ils ont de plus bénéficié de lâchers de chevreuils et de grands cervidés censés palier à la hausse de la prédation lupine. La meilleure gestion des plans de chasse, ainsi que la succession de deux hivers peu rigoureux ont permis une explosion des effectifs des populations de proie (sauf la population de mouflons qui a chuté car ils échappent difficilement au loup dans les épais manteaux neigeux). Le retour du loup a donc conforté une activité traditionnelle incarnée par la chasse.

Le deuxième protagoniste serait le monde pastoral. Bien que les éleveurs ovins arguent être les victimes d’une réintroduction menée par le ministère de l’environnement, ils souffrent d’une crise bien plus profonde qui met leur activité à mal. Les manifestations de cette déprise agricole sont nombreuses, et l’on peut dès lors penser que le retour du loup n’arrange en rien les affaires des éleveurs. Cependant, il faut y regarder de plus près. Ils bénéficient maintenant de suivis de la prédation des troupeaux, ils ont vu rouvrir les chemins pastoraux : leur permettant ainsi une meilleure accessibilité des estives. On leur a aussi construit des cabanes de bergers qui ont remplacé les vulgaires tentes qu’ils utilisaient auparavant malgré les intempéries. On peut donc affirmer que les conditions de vie en estive se sont grandement améliorées.

Quant à la prédation lupine effectuée sur les troupeaux, elle est couverte par une indemnisation des attaques lorsque celles-ci s’avèrent être imputables au loup. De plus, les moyens de protection des troupeaux et de prévention des attaques ont prouvé leur efficacité sur les troupeaux bien gardés. Les problèmes liés à l’activité pastorale ne semblent donc être ni d’ordre économique, ni d’ordre technique. Le retour du loup a modifié la conduite d’élevage ; dorénavant, le berger reste présent en altitude avec son troupeau. Cette hausse de la surveillance des cheptels a permis aux éleveurs d’accroître leurs résultats techniques d’élevage.
D’ailleurs, les bergers et les loups " cohabitent " depuis dix ans. Le nombre de meutes progresse et la moyenne d’âge des éleveurs des Alpes-Maritimes est faible (une quarantaine d’années) : montrant ainsi que les jeunes voient l’avenir avec plus ou moins d’optimisme.

Principales conséquences de la présence du loup

EconomiqueSocialeEnvironnementale
-Hausse de l’activité touristique
-Création d’emplois (aides-bergers, techniciens pastoraux...)
-Création de débouchés avec la labellisation.
-L’éleveur est un acteur du développement de la vallée.
-Unité du monde pastoral (regroupement de producteurs pour labelliser la filière, bulletins d’information...)
-Le loup est l’indicateur biologique d’un environnement vierge, sauvage.
-Maintien de la biodiversité.

Le retour du loup a permis de repenser la politique d’aménagement du territoire de toute la zone montagnarde. Il a rapproché le milieu agricole qui s’est vu mobilisé contre un ennemi commun. Les éleveurs, aujourd’hui écoutés, sont les acteurs d’un redémarrage d’une activité économique qui était en perte de vitesse.

Aussi, l’intérêt de conserver le loup dans l’Arc Alpin Français est double :

  • Il répond au niveau éthique au besoin et à la nécessité de maintenir la biodiversité sur Terre. Toutes les espèces, quelles qu’elles soient, doivent, même si cela engendre de nombreux efforts, être conservées et si possible maintenues dans leurs environnements naturels.
  • Au niveau du développement local, l’exemple du loup montre qu’une cohabitation durable entre l’homme et les espèces sauvages ne peut s’inscrire que dans un schéma de développement durable. Ainsi, en s’obligeant à protéger les espèces sauvages l’homme se doit de trouver des réponses originales pour vivre en harmonie avec ces dernières, afin que les générations futures bénéficient d’un monde vivable, viable et supportable.

P.-S.

Pour en savoir plus sur les principes du développement durable, je vous invite à consulter le site Agora 21

Autre source : nature & chasse

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