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Les éleveurs face aux loups : "On ne peut pas vivre ensemble"

vendredi 25 juillet 2008, par Ophélie Neiman

Depuis le retour du loup dans les Alpes, il y a plus de quinze ans, les inquiétudes chez les éleveurs ne s’apaisent pas. D’autant que le carnivore s’enhardit et se rapproche des maisons. Pourtant, les associations écologistes parviennent désormais à entamer le dialogue.

Jean-Claude Fabre, éleveur de chèvres et producteur de fromages, apostrophe franchement une femme membre de WWF :

« On veut bien discuter, même si vous ne nous ferez pas changer d’avis ! »

Mais le ton est à la plaisanterie. Il faut dire qu’il y a du monde autour. Réunir ces deux-là était, il y a quelques années, impensable. Pourtant, les voilà ensemble, face aux journalistes invités pour entendre parler du loup. Nous sommes dans les Alpes du Sud, près du parc du Mercantour, à Saint-Etienne-de-Tinée, pour observer, écouter chacune des parties, toujours inconciliables mais moins ennemies qu’avant.

De l’avis des éleveurs, la situation se détériore. Hugues Fanouillaire travaille avec Jean-Claude Fabre, à la ferme de la Roria. Ils vendent les fromages que produisent leur cinquantaine de bêtes. Pendant quelques années, ils ont été à l’abri des attaques, jusqu’en 2003. Six d’un coup, un matin de juin.

Aujourd’hui, Hugues Fanouillaire estime que le loup, surprotégé, a changé son comportement : il attaque par jeu, et de jour. « Il ne faut pas avoir peur de [le] tuer » pour qu’il reprenne sa place. Magalie Lestienne, avant d’épouser un éleveur, était « pour le loup ». Mais face au désarroi de son mari et à l’absurdité du gouvernement, qui « a payé le permis de chasse à mon compagnon », elle a changé de camp. (Voir la vidéo)

Et s’il ne s’agissait que d’un problème de rhétorique ? Si les éleveurs affirment que la cohabitation est impossible, Christine Sourd, directrice adjointe des programmes WWF, certifie au contraire que la cohabitation est possible, puisque déjà effective. « Cohabiter ne veut pas dire s’entendre ». Et de détailler les mesures de protection à mettre en place pour assurer la survie de chacun. (Voir la vidéo)

Ces mesures, évidemment, ne satisfont pas les éleveurs, qui répliquent point par point. Les chiens patous ? Délicat quand des clients viennent acheter à la ferme, accompagnés d’enfants turbulents. Le gardiennage par un salarié ? Au-dessus de leurs moyens. C’est pourquoi la jeune association Pastoraloup forme des écovolontaires, qui surveillent bénévolement les troupeaux. Ils sont deux cent trente aujourd’hui. Une position médiane pour Jean-Luc Borelli, son responsable, autant préoccupé par la situation du loup que par celle du berger. (Voir la vidéo)

Comme Pastoralou, le programme européen Life Coex -auquel WWF participe- a pour ambition d’améliorer la coexistence entre les grands carnivores et les bergers. En quatre ans, cinq millions d’euros ont été investis en clôtures, chiens Patou, bénévoles. Mais le programme se termine en septembre. Pour les loups, le bilan est favorable, ils sont près de cent cinquante en France répartis en quatorze meutes. Pour les éleveurs, la situation est plus mitigée. Les attaques se sont stabilisées autour de deux mille par an. Mais les bergers en sont plus persuadés que jamais, ils ne vivront jamais en harmonie avec le loup. On ne réinvente pas si facilement l’histoire de monsieur Seguin.

Voir en ligne : www.rue89.com

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