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Suisse

Les chasseurs valaisans pourront tirer le loup

mercredi 6 septembre 2006

Le loup de la vallée de Conches devra bientôt se méfier des gardes-chasse et des chasseurs. Le Valais a décidé d’associer ces derniers au tir de l’animal durant la chasse qui s’ouvre le 18 septembre dans le canton.

Cela, pour autant que l’autorisation de tir entre en force. Un recours est toujours possible d’ici la date butoir du 12 septembre. Les intéressés doivent être au bénéfice du permis de tir à balles, bien connaître le secteur et disposer d’une autorisation spéciale.

Les chasseurs désirant traquer le carnivore doivent s’annoncer jusqu’au 11 septembre prochain, a précisé mardi Peter Scheibler, chef du Service de la chasse, confirmant une information parue dans le "Le Nouvelliste" et dans le "Walliser Bote".

Conditions strictes

Ils doivent en outre être domiciliés dans le secteur ou chasser depuis des années dans le périmètre de tir, a encore précisé Peter Scheibler. Le Service cantonal de la chasse ne veut en effet pas voir de battues incontrôlables dans la région.


Le loup de Conches est condamné, mais le concept qui autorise sa traque aussi...

Aprement négocié en 2004, le concept loup est aujourd’hui rejeté par les écologistes, par les éleveurs, et reconnu insuffisant par l’Office fédéral de l’environnement. Ambiance à la veille d’une mise à mort.

« Décider du destin d’un animal aussi fascinant et intelligent n’est pas une tâche facile. » Voilà les états d’âme de Reinhard Schnidrig, chef de la section Chasse à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), après avoir donné aux autorités valaisannes le feu vert pour le tir du loup.

L’animal qui sévit dans la vallée de Conches depuis le mois d’avril est peut-être condamné, mais le concept qui a permis sa traque semble n’avoir guère plus d’avenir. Un « concept loup » datant de 2004 et qui prévoit qu’un loup peut être abattu s’il a tué 25 moutons en un mois ou 35 en quatre mois.

Les crocs du WWF

C’est d’abord le WWF qui a montré les crocs : l’organisation écologiste ne s’opposera pas au tir, estimant qu’« un recours contre l’autorisation n’aurait eu que peu de chances d’aboutir », la bête ayant atteint son quota fatal de moutons égorgés.

Mais, selon le responsable haut-valaisan du WWF, Ralph Manz, ce critère ne tiendrait plus la route, au motif que les troupeaux seraient de moins en moins protégés. En cause, « les trains d’économies décidés par le parlement, qui forcent l’Office fédéral de l’environnement à réduire les moyens nécessaires aux mesures de protection ». Des moyens censés servir à « la formation des bergers et des chiens de protection ». Et Ralph Manz de regretter « qu’un pays aussi riche que la Suisse ne soit pas capable d’assurer la survie d’une espèce menacée ».

Un système « pervers »

Responsable « Alpes » du WWF suisse, Walter Vetterli juge, lui, le système « pervers » et souligne que, sans moyens, le concept loup est vidé de sa signification, puisqu’il « repose sur le volontariat : il faut convaincre, discuter, négocier, mettre en place des programmes. On ne peut pas obliger un éleveur qui ne le veut pas à protéger ses troupeaux. »

A l’OFEV, Evelyne Marendaz, cheffe de la division « Gestion des espèces », conteste cette analyse : « Ce n’est pas vraiment une question de manque de moyens. L’an dernier, certes, le parlement a coupé 500000 francs dans le budget « grands prédateurs ». Mais on a économisé surtout sur le suivi scientifique pour toucher le moins possible aux mesures de protection. Dès que la présence du loup a été signalée dans la vallée de Conches, on a dépêché sur place notre coordinateur du programme de prévention, puis un groupe d’intervention qui a proposé aux éleveurs des conseils et des mesures de protection, comme des chiens ou des gardiens de troupeaux. »

Des éleveurs peu motivés ?

Pour Evelyne Marendaz, il faut chercher ailleurs les raisons des importants dégâts causés par le loup de Conches : « Il semble que les éleveurs se soient montrés peu motivés au premier abord. Certains ont mis en place des mesures de protection et d’autres ont, plutôt que de protéger leurs troupeaux, préféré attendre que le loup atteigne son quota de moutons tués. »

A l’OFEV, on estime donc aussi que le concept loup n’est pas le système idéal : « Il est clair qu’il doit évoluer, sur la base de l’expérience que nous avons acquise ces dernières années. Mais on ne va pas pouvoir le changer en trois mois, il y a tout un processus démocratique de consultation à respecter. »

Deux visions du monde

Lui-même Haut-Valaisan, Reinhard Schnidrig a expliqué ces derniers jours « avoir de la compréhension pour les éleveurs », tout en esquissant les contours d’un nouveau concept « qui fera que, tôt ou tard, un loup qui arrive ne doive pas être automatiquement abattu. Il faut trouver un juste milieu entre plusieurs visions du monde, celle des éleveurs et celle des défenseurs de la nature. »

Un juste milieu qui pourrait consister à « investir dans la prévention généralisée, en transmettant le savoir en matière de protection aux éleveurs, alors que nous fonctionnons actuellement plutôt comme des pompiers, dans l’urgence, une fois que les dégâts sont commis. »

« Ce n’est pas une espèce menacée »

Sur le terrain, dans la vallée de Conches, le discours est évidemment différent. Le chef du Service valaisan de la chasse, Peter Scheibler, conteste que les troupeaux de la vallée aient été laissés sans protection : « Toutes les mesures de protection techniquement et financièrement possibles ont été prises par les éleveurs. » Il concède toutefois que « la vallée de Conches est un territoire trop vaste pour y assurer une protection totale contre le loup. Les moyens à disposition ne suffisent pas et le concept loup atteint ici ses limites. »

Jeune éleveur professionnel qui possède un troupeau de 300 têtes à Oberwald, Daniel Kreuzer a expliqué cette semaine son incompréhension et sa détresse dans un reportage de Rundschau, l’émission de la TV alémanique : « Pourquoi protège-t-on le loup ? Ce n’est pas une espèce menacée, et il ne provoque que des nuisances. »

Et quand on évoque les indemnités que touchent les éleveurs pour chaque mouton égorgé, la réponse fuse : « Ça ne compense pas les souffrances des animaux ni celles de leurs propriétaires. Moi je ne dors plus, je ne mange plus. J’ai eu quatre bêtes tuées qui valaient 3000 francs. Les indemnités seront bien inférieures. Et puis, il y a la pression psychologique. »

Pression qui se trouve désormais sur l’échine du loup, avec une traque qui devrait débuter dans une dizaine de jours mais dont il n’est pas sûr qu’elle aboutisse. Le garde-chasse de la vallée de Conches, Hugo Guntern, se montre pessimiste : « Je ne pense pas qu’on l’attrapera. Il a un trop bon odorat. Si on le tire, ce sera par hasard. Je crois qu’il va passer l’hiver ici et encore commettre de nombreux dégâts. Mais en cette saison les moutons sont dans les étables, et il va surtout s’attaquer au gibier, ce qui est moins tragique. »

Voir en ligne : Le loup de Conches est condamné, mais le concept qui autorise sa traque aussi

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