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Les Hommes et les Loups

jeudi 19 février 2004, par Richard Berry, Frank Thomas, Romane

Nous vous proposons ici d’écouter en ligne, un petit texte accompagné en musique et... en chants de loups...

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Les Hommes et les Loups

Un pays sans loup, c’est un pays sans légende. A la naissance de la vapeur, dans les campagnes froides, les écoliers en sabots, les mains en porte-voix criaient vers les châtaigneraies : loup montre-toi. Que je te casse les reins avec mon bâton. Le silence répondait à la comptine des buissonnières à la communale. A la veillée, entre la broderie des trousseaux et la peinture des santons, l’ancêtre effrayait les promis avec la férocité des louves. On rentrait chez soi en se tenant fort la main. Bien sûr parfois on retrouvait au petit matin, au fond d’une bergerie, deux ou trois innocentes victimes, le manteau de laine fleuri d’un coquelicot à la gorge ou sous le ventre encore chaud. On décrochait tous les fusils et l’on faisait une longue battue avec dans la poche de sa veste, une gourde de gnole, du pain, et un morceau de fromage.

C’était la France de jules FERRY, celle de nos lointaines colonies, celles de la rente d’or. Et puis se termina le siècle. Les loups disparurent devant l’ électricité, les premières voitures aux vitesses terribles. Le calme des bois disait pour certains la fin de la terreur, les nourrissons sans servante, les troupeaux avec un seul chien. Les loups étaient soi-disant partis en exil dans quelques pays de l’Austro-Hongrie, vers cet Est de bohémiens, voleurs de poules et vendeurs de paniers. Alors nos forêts devinrent orphelines. Et nos peurs modernes. Pauvre transhumance des bêtes désormais transportés en camionnettes. Adieu fifres, tambours et chansons de berger.

Adieu veillées, colporteurs, ancêtres savants. Un pays sans loup, c’est un pays sans légende. Revenez frères loups, nous nous partagerons comme dans cette ancienne France, de miel, de pierres pour les cathédrales, de blés royaux, les territoires de notre nouvelle enfance. A vous les bois, les vallées, les ruisseaux redécouverts. A nous les arbres, les routes petites et gentilles, l’eau claire et les fleurs inconnues. Revenez frères loups. Le Bon Dieu a crée et les hommes et les loups, et du ciel, il mesure et le bien et le mal de chacun. Et lui seul sait bien sur cette terre qui se conduit moins en homme et plus en loup. Nous sommes du même pays, du même soleil, des mêmes ombres, des mêmes légendes.

P.-S.

Cet extrait est tiré du CD "Traces de Loups" - Groupe Loup France /IMP - Copyright 1993 Epuisé.

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