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Le loup se nourrit-il exclusivement du bétail présent sur les alpages ?

mardi 30 novembre 2004, par Marie-Claire

Chaque attaque déclarée par l’éleveur font l’objet d’une expertise pour indemnisation depuis le premier programme LIFE-Loup (1997). Néanmoins, de nombreuses études sont menées parallèlement : analyses de contenus stomacaux sur des loups trouvés morts et analyses d’excréments notamment. Les résultats permettent de calculer la proportion moyenne de chaque type de proies consommées par les loups, y compris celle des ongulés domestiques.

Une étude des excréments et contenus stomacaux (des loups trouvés morts) a très vite été entreprise dans le Parc du Mercantour, pour mieux connaître les proies dont se nourrissaient les loups français (sc : Info-Loup n°2, avril 1997). Les résultats de la 1re étude correspondent à l’analyse de 236 prélèvements, récoltés en 1994-95. Ils concernent le régime alimentaire de la meute « Vésubie-Tinée ».
Sur l’ensemble de l’année, les ongulés sauvages de ces vallées (mouflons, chamois et sangliers) et domestiques (moutons) ont bien sûr constitué l’essentiel de l’alimentation de la meute.
Néanmoins étaient encore présents les traces d’autres proies et aliments : marmottes, campagnols, insectes, lièvres, oiseaux, batraciens, reptiles et baies...et même herbes. Cette autre catégorie d’aliments participe à 20% du régime alimentaire en été, pour descendre à seulement 5% en hiver (disponibilité de ces proies !)


Mouflons et chamois sont consommés toute l’année. Ils dominent le régime alimentaire au printemps (75%), à l’automne et en hiver (85%). Le mouflon, pourtant moins abondant dans cette zone que le chamois, est la proie préférée des loups (de 30% en été à 60% en hiver), car elle est beaucoup plus accessible : espèce animale importée de Corse, elle est peu adapté à la neige et au froid. Il ne s’y déplace pas aisément, contrairement au chamois (espèce autochtone). Elle est plus facilement attrapée par la meute, d’autant que sa vigilance est habituellement sujette à de sérieuses lacunes ! En été en revanche, le mouflon fréquente les hautes altitudes et les zones escarpées, desquelles sont absentes les loups.

De juillet à septembre, le nombre de moutons en alpage est à son maximum ; la meute profite de l’opportunité de consommer des ongulés domestiques présents en nombre. Ils représentent alors près de 40% du régime alimentaire des loups en été.
En hiver, lorsque la majorité des ovins sont rentrés en bergerie, la meute ne prélève plus que sur les troupeaux laissés en pâtures d’hiver, de moyenne altitude (1000 - 1200 m) et en partie boisées. La proportion baisse alors à quelques 10% du régime alimentaire.

H.Westerling

Les proportions d’ongulés sauvages / ongulés domestiques présentes dans le régime alimentaire ne sont pourtant pas fonction du nombre de ces ongulés dans la zone. En effet, alors même que les ongulés domestiques sont plus abondants l’été sur les alpages (env. 9.600 bêtes dans ce secteur du Mercantour) que les ongulés sauvages (4 fois moins !), les loups continuent de consommer abondamment mouflons et chamois (50% de leur alimentation).

Néanmoins, ce régime alimentaire n’est pas exactement « reproductible » quelque soit la meute. Par exemple, la meute de la Haute-Vallée de la Roya semble consommer davantage d’ongulés domestiques durant l’année.
En fait, tout dépend des conditions de vie des meutes sur leur territoire :

  • abondance des ongulés domestiques en hiver,
  • abondance et espèces d’ongulés sauvages
  • gardiennage des troupeaux
    etc.
    Dès lors, des études complémentaires sont nécessaires, ce qui a été réalisé dans le cadre du LIFE-Loup II.

POur compléter ces permiers résultats, des analyses d’excréments ont été systématiquement effectuées sur les échantillons destinés à la génétique dans la continuité de cette 1re étude : chaque excrément récolté depuis 1999 a fait l’objet d’une étude selon la méthode de reconnaissance des poils (Debrot, 1982), éléments non digérables par le système digestif des animaux. Ainsi, de 1999 à 2002, ont été analysés 236 échantillons récoltés sur toutes les zones de présence permanente des loups (Mercantour et hors Mercantour).

Les résultats de ces analyses confirment les premières conclusions issues de la meute Vésubie-Tinée, malgré la variabilité des conditions locales (dont disponibilité des proies sauvages).
La fréquence moyenne d’apparition des ongulés domestiques varie selon les départements : 22% dans la Drôme, 18% dans les Alpes-Maririmes, 9% en Savoie. De manière générale, ces fréquences diminuent hors saison d’estive pour augmenter en saison d’estive (sc : Rapport LIFE 2002).

Le régime alimentaire annuel des loups est constitué de 70 à 90% par des ongulés sauvages avec une prédominance du mouflon, du chamois ou du chevreuil selon les sites. Cette prédominance reste inchangée quelque soit la saison (estive ou hors estive) et quelque soit le département.

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