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Hautes-Alpes

Le loup entre au musée !

jeudi 9 juin 2005

Un jeune loup était mort à la Roche-de-Rame en 2004, violemment heurté par un véhicule. Sa dépouille a été naturalisée et il est entré depuis mardi au musée départemental.

La grange de Jean Guillet renferme un véritable bestiaire. Des chamois, des tétras-lyres, des renards, un bouquetin, des perdrix... Une véritable arche de Noé inanimée.

Et au-devant, elle est là, la pièce unique. "C’est la première fois que j’en naturalise un". Jean Guillet a les pupilles brillantes pour parler de sa dernière oeuvre. Dans la discrétion, le taxidermiste haut-alpin vient de naturaliser un loup. La bête qui fascine et qui effraie. L’animal qui concentre sur lui la colère ou l’admiration.

Grandeur nature, le jeune mâle ne paye pourtant pas de mine. Il n’est pas plus haut qu’un chien, pas aussi puissant qu’on l’imagine. Son aspect est en tout cas bien éloigné des monstres des contes d’enfant, ou des animaux de cauchemar que l’imaginaire répand, au fil des attaques de troupeaux qui lui sont attribuées.
Au garrot, il n’est pas plus haut qu’un chevreuil. On reconnaît le masque blanc qui lui ceint le museau, l’abdomen de couleur claire, les pattes avec un liseré noir...

Son attitude est paisible, en attente. Un choix de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage qui a confié l’animal à Jean Guillet. "Nous ne voulions pas, dans un sens ou l’autre, agrémenter la polémique" explique Yannick Léonard, responsable du réseau loup.

Le taxidermiste lui a donc conféré une posture sans excès. Son travail n’a pas été simple. L’animal, heurté de plein fouet par une voiture à la Roche-de-Rame, était abîmé quand il est arrivé dans les mains de Jean Guillet. "Généralement, nous récupérons l’animal congelé. On le dépouille. Puis on trempe la peau dans l’eau. Ensuite on la passe dans une machine qu’on appelle une écharneuse afin d’enlever les derniers morceaux de graisse. La peau est passée dans des bains de sel. Il faut savoir que le mot taxidermiste vient du grec et signifie préparation de la peau."

L’autre partie du travail est d’effectuer un relevé de côtes et de prendre des mesures. "Le corps de l’animal fait l’objet d’une sculpture la plus proche possible de ses mensurations. Celle-ci a été effectuée en polyuréthane".

Après quelques semaines de travail, Jean Guillet a réussi son pari. Non sans difficulté. "Le loup avait été tué au moment où son poil est court, au printemps. Cela complique d’autant plus la tâche." Le loup a été fixé à un socle gris, qui pourra être habillé librement.

Ce mardi matin, Yannick Léonard est venu récupérer l’animal naturalisé. L’agent de l’ONCFS a mené les démarches afin de faire naturaliser la bête. "Il fallait obtenir des autorisations du ministère. L’accord nous a été donné mais avec un principe : le loup doit pouvoir être exposé au public."

C’est pourquoi le musée départemental de Gap a été sollicité. L’animal devrait bientôt rejoindre une salle dédiée à la faune sauvage des montagnes alpines. Il sera en permanence offert au regard des visiteurs. L’ONCFS aura la possibilité de le récupérer quelques jours pour les formations des correspondants du réseau loup ou lors d’autres actions qu’elle mènera.

Jean Guillet, lui, se prépare. Il pourrait bien recevoir une nouvelle commande de l’office national de la chasse et de la faune sauvage. Yannick Léonard attend en effet une autorisation afin que la jeune louve tuée l’été dernier par les gardes dans la Drôme, fasse également l’objet d’une naturalisation. Elle serait alors exposée au musée départemental de Valence.

P.-S.

Source : Lionel ARCE-MENSO - Dauphiné Libéré

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