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Le loup dans le Tarn

vendredi 21 mars 2008

Suite à la découverte de quatre carcasses de chevreuils dans le secteur, la présence quasi avérée de la bête dans la Montagne Noire n’affole pas la population.

Les loups sont des animaux qui bougent énormément et qui peuvent faire 50 km par jour.

Au début de la saison de chasse, vers septembre-octobre, il y avait très peu de chevreuils, beaucoup moins que d’habitude.

[...] depuis que la chasse est finie, quatre carcasses de chevreuils ont été trouvées près des pistes...

Les indices relevés par le correspondant départemental du réseau Lynx-loup de l’ONCFS écartent a priori une attaque de chien : animal pris par le larynx, des trous de plus de 3 mm de diamètre, des empreintes de pas de 10 cm sur 8 cm similaires au loup.

Si quand il a faim et qu’il ne trouve plus sa nourriture sur son territoire, il s’attaque aux animaux d’élevage.

Saint-Amans-Soult ne crie pas encore au loup

Saint-Amans-Soult ne crie pas encore au loup. Et heureusement. Suite à la découverte de quatre carcasses de chevreuils dans le secteur, la présence quasi avérée de la bête dans la Montagne Noire n’affole pas la commune. « Il ne faut pas donner à cet événement plus d’importance que cela », prévient Daniel Vialelle, maire de Saint-Amans-Soult. « On n’en est pas encore aux hordes de loups sauvages du Moyen âge », plaisante-t-il. « Ceci étant, ce n’est pas une surprise d’en voir par ici, sachant qu’il y en a déjà qui ont été repérés dans le Cantal, en Aveyron ou en Lozère », poursuit-il.

« Sa présence est une bonne chose au niveau de la biodiversité et sur ce principe j’y suis donc plutôt favorable », explique-t-il. « Mais il ne faut pas oublier non plus que cet animal est potentiellement un danger, même s’il semble plutôt craintif et s’éloigne à l’approche des humains. Au demeurant, la Montagne Noire est un secteur extrêmement vaste. Les loups sont des animaux qui bougent énormément et qui peuvent faire 50 km par jour. Il faut rester vigilant mais ne pas s’affoler pour autant », assure-t-il.

Comme il l’explique, la commune de Saint-Amans-Soult est située sur le versant nord. « Il n’y a là que des bois avec suffisamment de gibier pour le rassasier. Pas de moutons, pas de ferme ou d’habitations susceptibles de l’attirer. »

présent depuis plusieurs mois ?

Si l’ensemble de la population a appris la nouvelle ce jeudi, il se pourrait que le loup soit dans les parages depuis plusieurs mois. Les chasseurs avaient pour mot d’ordre de ne pas en parler tant que rien n’était sûr. Christian Roques, président de la société de chasse, explique « avoir remarqué des problèmes depuis pas mal de temps. Au début de la saison de chasse, vers septembre-octobre, il y avait très peu de chevreuils, beaucoup moins que d’habitude. La situation est petit à petit revenue à la normale. Je pense que l’animal était présent avant la période de chasse. L’arrivée des chasseurs aux sangliers et des meutes de chiens l’ont sûrement éloigné. Et depuis que la chasse est finie, quatre carcasses de chevreuils ont été trouvées près des pistes », raconte-t-il. Et Christian Roques d’ajouter : « Et il y en a sûrement que l’on n’a pas trouvées. »

Traque du loup : la chronologie des faits

Forêt de Triby. Nous sommes le 5 février. La première carcasse de chevreuil est découverte par des chasseurs. Dès le lendemain, un agent technique de l’environnement se rend sur place, constate les morsures. L’hypothèse de braconnage est alors écartée. Mais celle d’un gros chien est toujours d’actualité. Des faits similaires s’étant produit l’année précédente.

Hypothèse de courte durée : le 7 février une nouvelle carcasse est trouvée sur la commune de Saint-Amans-Soult, à 2,5 km du premier. Les indices relevés par le correspondant départemental du réseau Lynx-loup de l’ONCFS écartent a priori une attaque de chien : animal pris par le larynx, des trous de plus de 3 mm de diamètre, des empreintes de pas de 10 cm sur 8 cm similaires au loup.

Le week-end du 9 et 10 février, une équipe de 5 agents parcours le secteur. Elle découvre notamment un excrément, à environ 800 mètres du dernier lieu de prédation.

Un mois après les premières découvertes, Claude Roques, piégeur et garde-chasse à Saint-Amans-soult, découvre une troisième prédation sur la commune d’Albine.

Enfin, le 16 mars, à nouveau sur Saint-Amans-Soult, une quatrième carcasse est trouvée. Pour l’agence technique de l’environnement venu sur les lieux le 17 mars, tous les indices concordent pour attribuer cette nouvelle prédation à un loup.

1886 : le dernier loup tué dans le Tarn

Alain Levy, ancien directeur de la Bibliothèque et des Archives de Castres, rappelle que « dans le Tarn comme partout, le loup a inspiré de la terreur, cause d’ailleurs de sa disparition. Si quand il a faim et qu’il ne trouve plus sa nourriture sur son territoire, il s’attaque aux animaux d’élevage. Il ne s’en prend presque jamais aux êtres humains, sauf quand il est enragé. Jusqu’à la découverte du vaccin par Pasteur, les textes mentionnent au fil du temps des cas dramatiques de personnes mordues par un loup enragé et qui en ont perdu la vie. Pierre Borel au XVIIe siècle cite le cas de deux agriculteurs habitant près de la Chartreuse de Saïx. En 1812, le Préfet du Tarn signale le décès d’une femme morte également de la rage dans les mêmes circonstances ».

Concernant la chasse aux loups, il évoque « la louveterie, organisée dès 1520, sous François 1er et à partir du Premier Empire pour procéder à la destruction des loups. De 1804 à 1900, le nombre de lieutenants de louveterie tarnais a été de 33, en général ce sont de grands propriétaires, proches politiquement du régime alors en place. Ils sont plus nombreux à proximité des zones boisées (La Grésigne, Monts de Lacaune et Montagne noire) où se rencontrent les loups. De la Révolution au milieu du XIXe siècle le Tarn semble avoir compté un nombre relativement important de ces animaux, suivant les années plusieurs dizaines sont tuées soit à l’occasion de battues, soit par des particuliers qui touchent alors une prime, demeurée tardivement faible ».

Alain Levy enchaîne : « Cependant, après 1850 les loups disparaissent peu à peu. Encore dans les années 1880, par grands froids, des agriculteurs déclarent en avoir vu ou entendu hurler. Le dernier loup tué dans le département l’a été en 1886. Mais au cours de l’hiver particulièrement rigoureux de 1956, une meute aurait été aperçue près de Montredon-Labessonnié, certainement de passage »

Voir en ligne : www.ladepeche.fr

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