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Le loup captif

de la connaissance du monde propre à l’amélioration des conditions de captivité

mardi 16 décembre 2003, par Anne Frezard

Parce qu’il attire les visiteurs et qu’il se reproduit bien en captivité, le Loup d’Europe est devenu un pensionnaire de plus en plus fréquent de nos parcs animaliers et zoos. Les conditions de sa captivité sont toutefois très variables d’un parc à l’autre et rarement satisfaisantes, dès lors qu’on ne se contente pas de l’argument de la reproduction pour décider que les animaux "vont bien". L’objet de cette étude était de faire un état des lieux des loups captifs en Europe et plus particulièrement en France.

Dans tous les parcs visités, la méthode utilisée a consisté en une observation directe de plusieurs heures chaque jour, avec des relevés d’activités et de positions des animaux par balayages.

Résumé [*]

Cette étude porte sur le comportement du loup d’Europe (Canis lupus lupus) en captivité et comporte deux phases : la comparaison de 6 meutes élevées dans des enclos de qualité différente ainsi qu’une étude approfondie d’une meute en particulier. Ce travail a plusieurs buts :

  • apporter des améliorations quant aux connaissances de l’animal et de son monde propre,
  • apporter des suggestions quant à l’élevage de l’animal en captivité.

Les analyses des activités et de leur localisation dans les enclos sont menées au niveau de la meute ainsi qu’au niveau individuel.

Loup blanc en captivité

La comparaison des différentes meutes montre que la qualité de l’enclos a une influence remarquable sur les activités des animaux. Plus la qualité de l’enclos augmente, plus la proportion du temps passé au repos est importante. La qualité de l’enclos ne semble pas avoir d’effet sur la diversité comportementale. Seul le type d’élevage et la gestion du groupe caractérisent cette diversité. L’utilisation des indices de bien-être généralement évalués est discutée. Quelle que soit la taille de l’enclos, les loups n’occupent pas tout l’espace disponible. Généralement, les régions les moins fréquentées sont les régions proches du public. Même dans l’enclos le plus petit, il existe des zones sous-occupées par la meute. La présence du public est peut-être à l’origine de cette sous-occupation de certaines régions. Des observations effectuées la nuit sont nécessaires afin de corroborer cette hypothèse. Il est possible aussi que le fait de ne pas occuper tout l’espace puisse procurer un choix à l’animal. Dans ces conditions, l’animal peut modifier son occupation de l’espace en allant dans une zone sous occupée.

Des études précédentes réalisées sur des loups captifs montraient qu’il existait des associations fortes entre les activités des loups et la localisation de ces activités, ce qui avait permis de tester l’hypothèse d’acto-spatialité. Les régions de l’enclos seraient chargées de significations pour les animaux et appelleraient des activités particulières. A la différence de ces travaux précédemment menés, aucune association particulière n’a été trouvée entre les activités et les régions des enclos, et ce quelle que soit la saison des observations. D’autres observations et expérimentations sont nécessaires afin de comprendre ces différences de résultats.

Parc aux USA
Une vitre permet "le contact" avec le public.

Une des meutes étudiées a pu être observée à différentes saisons. Lors de nos analyses, nous avons constaté que des sous-groupes instables existaient au sein de la meute, que ce soit au niveau des proportions des activités ou au niveau des proportions de l’occupation des différentes régions de l’enclos. Cette meute comprend des individus au tempérament différent. L’analyse des liens entre les individus montrent qu’ils semblent effectuer « des associations d’opportunités ». Les liens entre les individus sont labiles et ne reflètent pas des catégories d’âge, de sexe ou de statut. La période de reproduction pourrait être à l’origine de cette instabilité et aurait un effet déstructurant au niveau des affinités. Une re-structuration différente du groupe aurait lieu après la période des accouplements. Il est aussi possible que ces résultats soient dus au fait que le couple dominant ne soit pas le couple fondateur de la meute.

Différents facteurs semblent influencer les fréquences des différentes activités présentées par la meute. En été, les températures sont élevées et le public est présent. On constate à cette période que les activités d’attention et les déplacements diminuent et que le repos augmente. Lors de la présence des louveteaux, il y a apparition de nouveaux comportements (gémissements), ainsi qu’une augmentation de certaines activités (jeux, transport de nourriture). Lors de nos analyses, on a constaté que certains jours sont assez nettement marqués soit par le repos soit par les activités alimentaires et la locomotion. Les animaux n’ont pas des proportions stables de chaque activité au fil des jours. Toutefois, certains jours consécutifs se ressemblent. Ce résultat n’a pu être mis en relation avec des facteurs météorologiques ou externes (tels qu’une forte affluence du public, les jours des repas).

Jeune louveteau italien

Nos analyses montrent que les loups occupent l’enclos de manière différente selon la saison. Différents facteurs tels que la présence du public, la diversité de l’enclos (zones d’ombre, hauteur), les interventions du personnel du parc peuvent être à l’origine de ces modifications. Il existe aussi des variations quotidiennes de l’occupation de l’espace. L’occupation de l’espace n’est pas stéréotypée. Toutefois certains jours consécutifs se ressemblent. Aucun lien particulier n’a pu être trouvé entre ces variations et des événements extérieurs ou des facteurs météorologiques.

Une étude des réactions à la nouveauté a aussi été menée et a montré que :

  • La composition de la meute a une influence sur les activités des individus.
  • Suite à son introduction dans un nouvel enclos, la meute a tout d’abord utilisé une petite partie de l’enclos puis a ensuite utilisé l’enclos de manière plus homogène.
  • Une modification dans une région de l’enclos entraîne un évitement de ce lieu. Cette zone est ensuite à nouveau investie.

Une technique d’effarouchement (les fladeries) susceptible d’être installée dans les alpages afin de protéger les troupeaux de brebis des attaques de loups a aussi été testée lors de notre étude (voir le rapport publié dans cet article). Seul le mâle dominant de la meute s’est montré actif lors de toutes les expérimentations. Les autres adultes ont eu des attitudes allant de l’approche à l’évitement. Si les fladeries ne peuvent en aucun cas être pensées comme un dispositif de protection efficace à long terme, la nouveauté créée par la mise en place d’un tel système peut dissuader un prédateur d’approcher à court terme.

P.-S.

Publications

Publication dans une revue internationale à comité de lecture

  • Frézard A., Le Pape G., 2002. Contribution to the welfare of captive wolves (Canis lupus lupus). Comparison of the behavior of six packs ; Zoo Biology.

Communications orales dans des colloques

  • Frézard A., Le Pape G., 2000. Amélioration des conditions de captivité du chat forestier (Felis sylvestris). Zoosciences. Amiens, Octobre 2000.
  • Le Pape G., Frézard A. et Montaudouin S., 2002. Le loup est-il un prédateur comme les autres ? Colloque d’histoire des connaissances zoologiques, Liège, janvier 2002.

Notes

[*Ces résultats font partie de la thèse d’Anne Frézard : "Le loup (Canis lupus lupus) captif. De la connaissance du monde propre à l’amélioration des conditions de captivité." soutenue le 28 novembre 2002 à Tours.

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