Accueil > Actualité > Le berger qui n’a pas peur du loup

Le berger qui n’a pas peur du loup

mercredi 9 juillet 2003, par Bernard DEGIOANNI

Thierry Giordan, berger depuis 30 ans, a appris à vivre avec la présence hostile du loup dans le parc régional du Mercantour où, du 15 juin au 15 octobre, il garde chaque année 1.200 moutons à 2.000 m d’altitude, au-dessus de Roubion.

"Je n’ai pas peur du loup, peut-être parce qu’on ne peut pas faire grand chose pour s’en protéger", affirme-t-il.

Chaque soir, Thierry Giordan, 48 ans, enferme les moutons dans un enclos pour prévenir une éventuelle attaque nocturne. "Ce n’est pourtant pas bien qu’ils soient entassés". Et toute la journée, il reste au plus près du troupeau en liberté.

"Les loups ont attaqué quarante de mes moutons en huit ans et, pourtant, je n’en ai jamais vu un seul. Le garde-forestier est ici depuis vingt-cinq ans et, lui non plus, n’en a jamais vu", ajoute-t-il.

Barbe noire, béret vissé sur la tête, Thierry Giordan estime que les loups devraient être "enfermés dans des grands parcs, ce qui permettrait au moins aux touristes de les apercevoir".

Les loups ont été "réintroduits" dans les Alpes, selon leurs détracteurs, ou y sont "revenus", selon les écologistes, au début des années 1990. Leur nombre est estimé actuellement à une trentaine.

En 2002, 2.304 indemnisations ont été accordées après des attaques imputées au loup, à 122 euros par brebis gestante tuée ou blessée, plus une somme forfaitaire de 230 euros par attaque.

Des 1.200 moutons que Thierry Giordan a en alpage, les cinq mois d’estive, 600 sont à lui et 600 appartiennent à deux autres bergers. Il loue 5.300 euros à la commune les 750 hectares de pâturage dont il dispose.

Solitude Du village des Alpes-de-Haute-Provence où il vit avec ses moutons le reste de l’année, il met huit jours pour atteindre à pied le Parc du Mercantour.

S’il est hostile aux loups, Thierry Giordan n’en a pas moins accepté la proposition d’associations écologistes qui mettent à la disposition des éleveurs, l’été, des bénévoles pour les aider à surveiller les bêtes.

"Ca a commencé il y a trois ans. La première année, j’ai eu un bénévole, puis, désormais, entre trois et cinq. Ils gardent le troupeau la nuit. Moi, je m’en occupe la journée", précise-t-il.

"Ca me fait aussi de la compagnie. C’est parfois dur de ne voir personne", souligne-t-il, rappelant "la solitude, le froid, l’inconfort des cabanes de bergers de 3m2 avec de la neige ou de la boue sous le lit".

Thierry Giordan a eu envie d’être berger à 10 ans. "Durant des vacances, j’ai fait la connaissance d’un berger qui a accepté que je l’accompagne. Huit ans plus tard, après des études ratées et l’armée, je le suis devenu à mon tour".

Il a transmis sa passion à l’une de ses deux filles. "Elle a rencontré un berger et elle garde avec lui un troupeau de l’autre côté du vallon", dit-il.

Partager cet article :

Soutenir par un don