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La traque du loup devrait s’intensifier dans les Alpes

vendredi 3 juin 2005, par Le Monde

Depuis qu’un loup a éventré trois de ses génisses, les 3 et 18 mai, Christian Brochier, éleveur à Bilieu (Isère), prend soin de parquer ses bêtes tous les soirs. "Tant qu’il n’aura pas été tué, nous vivrons dans l’inquiétude." M. Brochier se croyait à l’abri. Loin du loup. Mais dans ces vallons boisés, sur les contreforts du massif de la Chartreuse, à 80 kilomètres de Grenoble, pour la première fois, au printemps, le prédateur a fait irruption. Non loin, à Saint-Geoire-en-Valdaine, les 10 et 11 mai, il a attaqué deux autres génisses.

Le 21 mai, les gardes de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont reçu l’ordre de l’abattre. En vain. Depuis sa réapparition en France en 1992, jamais l’espèce n’était descendue à aussi basse altitude. Jamais elle ne s’était attaquée à de jeunes bovins. "Le fléau du loup est devenu un problème pour toute la ruralité" , s’emporte Daniel Spagnou, député (UMP) des Alpes-de-Haute-Provence, partisan de l’éradication de la bête.

Depuis quelques semaines, dans tout l’arc alpin, les bergers qui mènent leurs troupeaux en estive sont sur le qui-vive. Le week-end du 28 et 29 mai, une quinzaine de brebis ont été attaquées dans les Hautes-Alpes, quatre ont été tuées en Savoie.

En 2004, 2 600 brebis ont été attaquées, soit une augmentation de 15 % sur l’année. Les loups sont en expansion régulière. Estimés à une cinquantaine en 2004, les effectifs seraient désormais d’au moins soixante.

Les éleveurs d’ovins bloquaient les routes le 19 mars 2005, à Gilly-sur-Isère, pour protester contre les attaques des loups sur leurs troupeaux.

Le territoire de l’animal s’est étendu. Des traces de sa présence ont été relevées dans près de 200 communes de 8 départements des Alpes. Dans 120 d’entre elles, le loup est installé depuis plus de deux ans.

Jeudi 2 juin, le groupe national "loup" s’est réuni à Lyon, sous l’égide des ministères de l’écologie et de l’agriculture. Cette instance, composée d’élus, de représentants de la filière ovine et de défenseurs du loup, a rendu un "projet de protocole d’intervention sur le loup" pour l’année.

C’est sur la base de ce projet que le nouveau gouvernement devra annoncer rapidement les conditions d’une nouvelle période d’abattage du loup.

L’objectif principal du protocole est de renforcer l’efficacité des traques après l’échec de la campagne de 2004. Seuls deux loups avaient été tués sur les quatre autorisés.

Il est prévu que "le prélèvement de loups pourra être confié à un éleveur particulièrement victime d’attaques répétées" . Le berger pourra exercer un tir de défense, après accord du préfet et lorsque, en parallèle, les gardes de l’ONCFS auront reçu, eux aussi, mission d’abattre le loup.

Les chasseurs pourront également participer aux tirs. "On va au-devant de dérapages graves. Les services de l’Etat n’auront plus les moyens de contrôler le nombre de tirs et de bêtes réellement abattues" , s’indigne Jean-David Abel, responsable du dossier grands prédateurs à France Nature Environnement et membre du groupe "loup" .

Les autorisations de tir accordées aux bergers pourront "courir jusqu’au printemps de l’année suivante" , même en l’absence de nouvelles attaques. Ce protocole introduit "un changement complet de doctrine" , regrette M. Abel. "On passe de tirs destinés à protéger les troupeaux à un système de régulation de l’espèce" , ajoute-t-il.

Le protocole ne fixe pas le nombre de loups qui pourraient être tués. Ce sera au gouvernement de trancher. "Quel que soit le nombre de loups autorisés, l’essentiel pour nous, c’est d’avoir obtenu la possibilité de nous défendre nous-mêmes, déclare Franck Dieny, chargé du dossier grands prédateurs à la Fédération nationale ovine. Nous restons toutefois dubitatifs. Car ce protocole reste conditionné à l’arbitrage du nouveau gouvernement."

En 2004, le plan d’action loup institué par le ministre de l’écologie, Serge Lepeltier, devait épargner les troupeaux des attaques, tout en ne compromettant pas la pérennité de l’espèce. Sachant que le loup est protégé par la Convention de Berne de 1979 et la directive européenne Habitats de 1992, M. Lepeltier avait pesé le quota de quatre loups au trébuchet.

Ce choix tenait compte de l’avis des scientifiques, pour qui un "prélèvement" supérieur à 10 % des effectifs risquait de mettre en péril la conservation du loup. Le ministre s’était fondé sur une estimation volontairement basse de moins de 40 spécimens.

Au final, les éleveurs ont jugé dérisoire l’abattage de seulement deux animaux dans la Drôme, et dans l’Isère. Les associations de défense du loup ont, pour leur part, dénigré les conditions dans lesquelles les tirs ont été effectués.

Depuis, le ministère a reconnu l’échec "relatif" de son plan au regard de son coût : 180 000 euros pour l’ONCFS, soit l’équivalent de 1 000 heures d’agents passées sur le terrain.

Selon le ministère de l’agriculture, seulement un quart à un tiers des éleveurs qui vivent dans les zones à loup ont aujourd’hui pris des mesures de protection contre les attaques : chiens patous, spécialisés dans la garde des troupeaux, embauche d’aides-bergers, clôtures.

Le groupe "loup" a pris acte, jeudi, de l’intention du ministère de l’agriculture de doubler le budget d’aides aux bergers pour subventionner ces mesures concernant les ovins. Pour 2005, ce budget, financé à 50 % par l’Europe, passerait ainsi à 2,5 millions. En revanche, aucun dispositif d’aides financières n’est prévu pour la protection des bovins.

Autre motif de satisfaction pour les bergers : les indemnisations pour chaque brebis attaquée seront réévaluées et la procédure d’indemnisation accélérée. Dans les zones où le loup est installé depuis deux ans, les bergers seront indemnisés sur simple déclaration. L’expertise de l’ONCFS pour établir la responsabilité du loup avant le versement de l’indemnisation ne sera plus exigée.

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