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ALPES DU SUD

La prédation recule

Par Rémi BOREL

mercredi 13 septembre 2006, par le Dauphiné Libéré

C’est une nouvelle qui devrait réjouir tout le monde, les opposants comme les partisans du loup. Depuis le début de l’année 2006, le nombre d’attaques imputées au prédateur est en net recul par rapport aux années précédentes.

Après une recrudescence de la prédation l’année dernière, les chiffres de l’été 2006 indique une baisse significative.
Non seulement le nombre d’attaques enregistre un recul significatif, mais la baisse du nombre de victimes du loup est encore plus spectaculaire. En toute logique, le nombre moyen de bêtes tuées par le loup lors de chaque attaque est plus faible que l’année passée. Dans les Hautes-Alpes, quelques dégâts massifs ont certes été enregistrés, comme les 22 victimes sur la commune de Saint-Véran le 18 juin et les 38 d’Agnières-en-Dévoluy le 23 juillet. Mais dans deux tiers des cas, le loup ciblant précisément ses besoins, seules une ou deux proies ont été prélevées.

Le Dévoluy fortement touché

Mais ces chiffres masquent des disparités criantes suivant les secteurs géographiques. Dans les Hautes-Alpes, ce sont indéniablement les troupeaux du Dévoluy qui ont payé le plus lourd tribut. 100 ovins ont été attaqués par le loup au cours de dix attaques, soit une moyenne de dix bêtes par attaque alors qu’elle est inférieure à cinq sur tout le département.

Des victimes qui, jusqu’à présent, ne se sont jamais comptées parmi les bovins. Dans les trois attaques constatées entre mars et mai dans le Queyras et le Gapençais, la participation du loup a été exclue. Reste une expertise en cours à propos d’une bête attaquée début septembre à Château-Ville-Vieille. 24 autres concernant des ovins sont également en attente, mais même en les prenant en compte, les chiffres restent moins importants que l’année passée

Une baisse délicate à interpréter

Cette tendance est toutefois à prendre avec beaucoup de précautions. En 2003 déjà, il y avait eu un creux dans le nombre d’attaques, et les chiffres étaient repartis à la hausse les deux années suivantes, notamment en raison de la colonisation de nouveaux secteurs par Canis lupus. Il ne faut donc pas tirer de conclusions hâtives ; d’une part parce que les chiffres sont provisoires, d’autre part parce que la prédation du loup sur les troupeaux est fonction de nombreux paramètres.

Rendez-vous donc en 2007 pour savoir si la baisse de la prédation en 2006 n’était due qu’au hasard ou si la courbe décroissante se confirme.


"C’est décourageant"

Après avoir subi trois at taques sur son troupeau en 2004, Jacques Blache a de nouveau été victime du loup au mois de juin dernier.
Quatre de ses brebis ont été tuées, cinq blessées et dix n’ont jamais été retrouvées.

Comme pour ses confrères, la présence du loup a un impact considérable sur sonmétier. « Ça change complètement les choses. Avant, je travaillais seul et l’été, le troupeau était en liberté.Maintenant,
j’ai un berger. Il y a bien des aides pour son traitement, mais il faut s’occuper de tout ce qu’il y a autour ».

Le loup implique donc une charge de travail supplémentaire, mais engendre aussi de l’anxiété et, après une attaque, porte un sacré coup au moral . « C’est comme quelqu’un qui a besoin de sa voiture pour aller travailler et qui se fait crever ses quatre pneus tous lesmatins », compare Jacques. « L’assurance le remboursera, mais il va perdre du temps et arriver en retard à son travail ». Le berger qu’il emploie part à la fin du mois et Jacques va se retrouver seul.Le troupeausera descendu de la montagne, mais l’éleveur hésite encore sur la marche à suivre. « Je
vais les rentrer tous les soirs ou les parquer à proximité avec un effaroucheur ».


Un débat respectueux

Un débat sur la place du loup était organisé le week-end dernier à l’occasion de la Foire bio de Crots.
La salle des fêtes de Crots avait fait le plein pour ce débat contradictoire, mais décontracté.
Après la projection du film “La part du loup” de Pierre Robert, tourné dans le Queyras en2001, les personnes apparaissant dans le film et la
salle ont abordé toutes les questions que soulève la réapparition du loup dans les Alpes du Sud.

Premier constat énoncé, le principal danger économique pour les éleveurs se situe au moment du passage du front de colonisation du loup. Passé ce premier stade, les attaques ont tendance à diminuer.

Mais tout le monde est conscient du traumatisme que peut représenter une attaque pour un berger. Un parallèle judicieux a été fait par l’un des participants avec un cambriolage. Les assurances remboursent, mais une part du préjudice n’est pas lié à l’argent.

Les avis divergent en revanche sur l’argument de la présence antérieure du loup. Pour les partisans du canidé, l’Homme n’a aucun droit de
remettre en cause la présence d’un animal, quel qu’il soit, qui était implanté depuis des lustres. Pour les opposants, cette rhétorique revient à faire passer l’animal avant l’humain et met en danger les bienfaits du pastoralisme sur l’aménagement du territoire. Dans ces domaines comme dans d’autres (atout touristique du loup, impact sur la
biodiversité, etc. ), les avis contradictoires se sont exprimés dans un climat serein.

Une première victoire quand on sait à quel point le sujet peut échauffer les esprits.

Voir en ligne : www.ledauphine.com

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