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La position du WWF sur les tirs de loups

lundi 13 septembre 2004, par le WWF

Des tirs de loups auront-ils lieu cette année dans les départements des Hautes-Alpes (Dévoluy), des Alpes-de-Haute-Provence (vallées de l’Ubaye et du Haut-Verdon) et des Alpes-Maritimes (Mercantour) ? Les préfets de ces trois départements ont en effet pris fin juillet des arrêtés autorisant des tirs sous le contrôle de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Les agents de l’ONCFS ont ainsi commencé les repérages pour tenter d’identifier la présence de loups en vue de procéder à des tirs avec l’appui de lieutenants de louveterie.

Le ministre de l’Ecologie, Serge Lepeltier, avait autorisé le 19 juillet, à titre exceptionnel, l’abattage de quatre loups d’ici à la fin de l’année, dans ces départements, sous condition d’attaques répétées dans un secteur donné, et si une large majorité d’éleveurs avaient mis en oeuvre des mesures de protection de leurs troupeaux. Dans les 3 départements concernés, entre 10 et 13 communes sont susceptibles d’être le théatre de ces tirs, or les troupeaux des communes prises en compte ne font pas tous l’objet d’une protection adéquate par les moyens habituels financés par l’Etat : chiens de protection, parcs de regroupement nocturne, présence d’aides-bergers.

Le WWF avait pris note de points positifs dans la décision du ministre, comme l’engagement de l’Etat à renforcer la mise en oeuvre des mesures de protection des troupeaux et l’affirmation que le retour du loup en France était une bonne chose pour l’enrichissement de la biodiversité. Il avait néanmoins regretté la décision de tuer jusqu’à 4 loups en 2004, malgré des conditions d’autorisations de tirs a priori très précises et très encadrées, sans recours initialement à des lieutenants de louveterie.

Suite à un recours effectué par l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages auprès du Tribunal Administratif de Nice, celui-ci vient d’ordonner la suspension de l’arrêté préfectoral qui autorisait le tir de loup dans les Alpes-Maritimes. Le Tribunal Administratif de Marseille doit se prononcer aujourd’hui sur deux autres recours déposés par l’ASPAS pour la suspension des arrêtés préfectoraux pris dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence.

Les Tribunaux Administratifs confirmeront ou infirmeront au cours des semaines à venir la ou les décisions de suspension des arrêtés par leur annulation définitive ou au contraire leur autorisation. En attendant, le WWF s’inquiète de la colère de la profession de l’élevage que la politique actuelle du gouvernement a suscitée et que la décision du Tribunal Administratif de Nice vient d’exacerber.

Cette politique est devenue incompréhensible :

  • l’Etat fait des efforts importants pour financer la protection des troupeaux et l’indemnisation des victimes de la prédation, mais autorise des tirs là où ces mesures de protection ne sont parfois pas encore mises en place, en violation parfaite des textes internationaux qu’il prétend respecter
  • bien que les décisions de poursuivre et améliorer cette politique de prévention des dégâts aux troupeaux aille dans le bon sens, les mesures d’aide au pastoralisme ne sont pas toujours adaptées aux réalités du terrain, conduisant des éleveurs à refuser celles-ci car les contraintes apportées deviennent parfois supérieures aux bénéfices attendus
  • de nombreux postes de garde de l’ONCFS restent vacants pendant que les postes occupés sont mobilisés pour passer des jours et des semaines à traquer le loup pour le tuer : ces mêmes gardes ne seraient-ils pas plus utiles à faire leur travail de protection de la nature, à plus forte raison lorsque les risques de braconnage et d’empoisonnement sont aujourd’hui de plus en plus manifestes ?

Tuer des loups ne résoudra pas les problèmes auxquels la profession de l’élevage doit faire face, dans un monde où la concurrence internationale et le soutien massif à l’agriculture intensive condamnent l’agriculture de montagne. La réaffirmation du Ministre Serge Lepeltier de sa décision d’autoriser l’abattage de loups malgré la suspension de l’arrêté préfectoral des Alpes-Maritimes ne changera en rien, si elle est exécutée, la situation économique de l’élevage ovin. Et le recours à des lieutenants de louveterie, corps d’un autre âge mis en place sous Charlemagne, est un retour en arrière qui nous éloigne des véritables solutions pour aboutir à une cohabitation durable entre l’élevage et le loup.

Le WWF est convaincu que celle-ci est possible et travaille dans ce sens avec son partenaire FERUS, notamment dans le cadre du programme Pastoraloup en apportant une aide concrète aux éleveurs et bergers par la mise à disposition d’écovolontaires pour la surveillance des troupeaux, en particulier là où les mesures proposées par l’Etat ne sont pas encore mises en place, ou bien où les éleveurs ne sont pas encore prêts pour les accepter. Le dialogue entre la profession de l’élevage et les protecteurs de la nature doit être poursuivi, pour trouver ces solutions partagées et garantir à la fois l’avenir du loup et celui du pastoralisme.

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