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La loi du talion

l’offensive anti-loups

jeudi 8 août 2002, par Jean-Paul FRONZES

Aucun responsable, dans un camp comme dans l’autre, ne le confirmera publiquement. En privé, personne ne dit le contraire. Certains éleveurs appliquent la « loi du talion ». En représailles aux attaques, ils tirent clandestinement des loups. Ils en ratent sans doute beaucoup - l’animal est méfiant et intelligent - mais en tuent quelques-uns.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner les statistiques : le nombre de prédateurs qui augmentait régulièrement depuis 1992 s’est mis, ces dernières années, à stagner voire à diminuer. Il serait de l’ordre de vingt, en comptant les jeunes issus des quatorze adultes répartis en cinq meutes et recensés cet hiver par les gardes du parc national.

Seuil de saturation dans le Mercantour

Certes, des animaux sont partis coloniser de nouveaux espaces au nord et à l’ouest, d’autres sont décédés d’une cause naturelle. Le Mercantour, ajoutent des scientifiques, a atteint son seuil de saturation. Ces correctifs, cependant, n’expliquent pas tout. « Le compte n’y est pas » résume un intervenant.


La « régulation des bergers » pour reprendre le terme employé par un fonctionnaire, existe bel et bien. Les pouvoirs publics le savent, qui ferment les yeux. « Il s’agit, explique ce même agent, d’apaiser les tensions, d’offrir une sorte de compensation - la possibilité de se faire justice - aux bergers, sans que cela mette en péril la pérennité de l’espèce ».

D’aucuns rétorqueront que deux bergers de la Roya ont été mis en examen puis renvoyés récemment en correctionnelle pour « destruction d’espèce protégée ». L’un a reconnu avoir supprimé un loup, l’autre nie. Tous deux ont été poursuivis à l’issue d’une longue instruction et après plusieurs relances des associations de défense des animaux constituées partie civile.

Des exceptions ? Avec l’assentiment hier de ses pairs, Jean-Pierre Isnard a jugé « intolérable » que des bergers « puissent être mis en examen pour de tels faits ».

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