Accueil > Les archives > La jeune fille, les loups et la forêt

La jeune fille, les loups et la forêt

lundi 17 novembre 2008

La Strasbourgeoise Laetitia Becker, 25 ans, étudie la meilleure façon de rendre des louveteaux à la vie sauvage, dans la forêt russe. Avec sa passion comme unique confort.

Ici, il y a l’eau courante, le téléphone, le chauffage central, plein de magasins, de macadam et de voisins et, confort suprême, il n’y a plus aucun loup dans la forêt de la Robertsau. Pourtant, Laetitia Becker compte déjà les jours : « Dans onze jours, je rentre… »

Réhabilitation

Née à Strasbourg il y a 25 ans, elle est heureuse, évidemment, de passer deux semaines en Alsace pour revoir famille et amis. Mais ce qui lui manque, déjà, c’est un hameau de cinq maisons à 50 kilomètres du village le plus proche, un endroit sans eau courante, téléphone, chauffage central, magasins, macadam, avec une poignée de voisins perdus dans l’immensité, du — 38 en hiver et des loups, surtout, à qui elle sert de maman et de chef de meute. À qui elle apprend à redevenir sauvage, ce qui, d’ailleurs, ne veut pas dire méchant : « Le loup n’est pas plus méchant que n’importe quel autre animal. Ce sont les trois religions monothéistes, qui s’adressaient à des bergers, qui l’ont présenté comme maléfique… »
Laetitia a des yeux bleus très purs, et des sourires brusques et emballants. Une fragilité apparente, et la force de ceux qui font ce qu’ils veulent vraiment. Quand elle parle des loups, ici, trop loin d’eux, elle les réhabilite dans l’acception morale du terme.

Mais quand elle est là-bas, chez elle, au milieu d’eux, à 450 kilomètres à l’ouest de Moscou, elle s’occupe de leur réhabilitation au sens scientifique du mot : rendre à la nature des louveteaux issus de zoos ou attrapés par des chasseurs.

Car en Russie, on offre encore une prime à qui attrape une de ces bêtes considérées comme « nuisibles ». 1 500 roubles l’animal, soit une quarantaine d’euros, soit un mois de salaire.

Laetitia travaille ainsi à sa thèse de doctorat. Elle bénéficie pour ça d’une bourse de 500 € mensuels, qui suffisent à sa vie spartiate. « Je suis venue pour la première fois à la station biologique de Chisty Les, où je travaille, à l’été 2004, pour un stage. Et dès le premier jour, je suis tombée amoureuse de cette forêt. Immense, dense, où l’on peut encore se perdre… Le côté sauvage… Une vie simple me suffit et me plaît : on est plus conscient de la valeur de chaque instant. Je préfère vivre ma passion tous les jours que de courir derrière le dernier téléphone portable. Mes parents me disent : pourquoi ne pas fabriquer une pompe ? Mais tant que je peux porter mes huit litres d’eau dans chaque bras… Et je trouve plus agréable de faire du feu que de tourner un bouton ! »

Et quand la thèse sera terminée, en avril 2011 ? « Je resterai sans doute là-bas. Ou j’irai encore plus à l’Est. Où c’est plus froid, plus sauvage… »

A lire aussi : Elle vit avec des loups en Russie (Vidéo)


Cliquez pour zoomer

Vendredi 21 novembre à 20h l’association Lupus Laetus organise une soirée loup à l’amphithéâtre du Collège doctoral européen (46 boulevard de la Victoire, Strasbourg).

Cette soirée sera en deux partie : d’abord Laetitia Becker, doctorante à
l’univeristé Louis Pasteur présentera le travail mené sur le loup à la station biologique Christy Les en Russie puis aura lieu la projection d’un film de 52mn tourné par Vladimir Bologov, responsable du projet loup dans la même station.

  • Entrée libre

Voir en ligne : Source l’Alsace - Hervé de Chalendar

Partager cet article :

Soutenir par un don