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La controverse sur les mesures de riposte bat son plein

mercredi 8 juin 2005, par l’Agence France Presse

Pouvoirs publics et écologistes s’opposent sur les mesures à prendre face aux attaques de loups contre les troupeaux, de plus en plus fréquentes ces derniers années.

La controverse a ressurgi mercredi, dans une audience publique du conseil d’Etat, qui décidera "d’ici la fin de la semaine" de l’opportunité de suspendre un arrêté interministériel du 19 mai dernier autorisant le tir d’un loup dans l’Isère.

Le loup est un animal protégé par la directive Habitats de 1992 et la réglementation française d’application de cette législation européenne. Mais depuis que le prédateur a franchi la frontière franco-italienne pour s’installer dans les Alpes françaises en 1992, les dégâts aux élevages augmentent et la facture d’indemnisation aussi.

Selon les statistiques officielles, 620 attaques de loups ont été enregistrées en 2004 contre 518 en 2003, l’indemnisation visant 2.560 brebis contre 2.227 un an plus tôt.

Pour les écologistes, les mesures de protection (parquage nocturne, clôtures, gardiennage, chiens patou) freinent les attaques et les tirs du loup ne peuvent être autorisés qu’en dernier recours. Seulement un quart à un tiers des éleveurs ont pris ces mesures.

A quoi éleveurs et pouvoirs publics répondent que la protection est souvent impossible à mettre en oeuvre sur le terrain.

La controverse sur le loup a fait rage l’an dernier avec l’autorisation donnée par le gouvernement d’abattre quatre loups en 2004 et l’adoption d’un Plan d’action prévoyant des quotas de tirs annuels jusqu’en 2008.

Elle concerne la portée des dérogations prévues par la législation européenne et française selon lesquelles un tir de loup est possible, lorsque les dégâts aux élevages sont "importants", qu’"il n’existe pas d’autre solution satisfaisante" et que l’état de conservation de l’espèce est "favorable".

L’animal concerné par la prochaine ordonnance du conseil d’Etat est soupçonné d’avoir provoqué la mort de cinq génisses et d’un veau dans cinq attaques nocturnes entre le 3 et le 19 mai, dans une zone de plaine proche du massif de la Chartreuse où il n’était jamais descendu jusqu’alors.

Selon le gouvernement, l’arrêté n’entre pas dans le cadre du Plan d’action loup. Il est destiné à faire face, en urgence, à "une situation toute nouvelle" dans laquelle le prédateur colonise une zone cultivée et habitée et s’attaque à des bovins, alors qu’il opte le plus souvent pour les brebis.

Le loup de l’Isère a tué "autant de bovins en 15 jours qu’en 2004" dans l’ensemble de son aire de répartition, a fait valoir le représentant du ministère de l’Ecologie, Jacques Wintergerst.

La mort de six bovins est loin de constituer des dommages "importants" au sens de la législation communautaire, a contre-attaqué l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) qui demande la suspension de l’arrêté.

La bataille est aussi une querelle de chiffres sur les effectifs de loups. Selon le gouvernement, la population du prédateur, en forte expansion depuis trois ans, pourrait atteindre une centaine de têtes, dont une bonne quarantaine dans 16 zones de présence permanente.

"Le problème, c’est qu’il n’y a que sept de ces zones où la reproduction est avérée", répliquent les écologistes. "Il est donc tout sauf certain que l’état de conservation de l’espèce soit favorable".

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