Accueil > Les archives > La France brise un tabou en envisageant de tuer cinq à sept loups

La France brise un tabou en envisageant de tuer cinq à sept loups

Nouvelle intervention ministériel au sujet du "Plan loup"

vendredi 11 juin 2004, par l’Agence France Presse

Le gouvernement envisage de tuer cinq à sept loups en 2004 dans les Alpes françaises, brisant un tabou puisqu’il s’agit d’une espèce protégée en Europe et soulevant une levée de boucliers de la part des protecteurs de l’environnement.

Jeudi, le ministre de l’Ecologie Serge Lepeltier a assuré devant des journalistes qu’il "n’avait pas décidé" s’il convenait ou non d’autoriser le tir de cinq à sept loups à titre préventif, comme le propose un "Plan d’action sur le loup" soumis à son arbitrage et rendu public sur le site loup.org (Lire ici).

Le ministre a confirmé à mi-mot que le projet prévoit d’autoriser "a priori" ces tirs, contrairement aux protocoles actuels qui autorisent les préfets à procéder exceptionnellement à un tir à la suite de plusieurs attaques meurtrières et répétées contre un troupeau.

"Est-ce qu’a priori, on peut abattre dix loups, ou est-ce qu’on doit autoriser le tir au cas par cas à titre tout à fait exceptionnel, la question mérite d’être posée", a dit le ministre.

"Il y a un équilibre à trouver entre la préservation du loup, espèce strictement protégée par la Convention de Berne (1979), et la vie pastorale", a estimé M. Lepeltier, qui a promis de se rendre sur le terrain dans les Alpes de Haute-Provence, début juillet.

Le "Plan d’action sur le loup", dont l’AFP s’est procuré un exemplaire (Vous le trouverez ici sur loup.org), propose d’autoriser "en 2004 le retrait d’un nombre compris entre cinq et sept individus (loups) sur la population française du sud-est de la France".

Les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie jugent que le loup est en expansion en France et qu’on peut donc "prélever" 10 à 15% de son effectif estimé (55 loups) sans porter atteinte à la survie de l’espèce.

La convention de Berne et la directive européenne Habitats (1992) n’autorisent le tir du loup qu’"à condition qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable".

Le débat porte donc sur l’état de conservation du loup, revenu en France d’Italie il y a douze ans. Au plus, 37 loups ont été détectés dans l’Hexagone en 2001, mais l’effectif total pourrait atteindre 55 bêtes selon les experts, autorisant un prélèvement de 10 à 15%.

Pour la SPA (Société protectrice des animaux), "un prélèvement de sept loups mettrait en danger l’avenir de l’espèce". L’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) promet de poursuivre le gouvernement pour infraction à la législation.

"Nous espérons que le ministre de l’Ecologie encadrera un tir éventuel de conditions précises, comme c’était le cas dans le passé", a déclaré Christophe Aubel, qui a participé aux travaux du Plan d’action au titre de France Nature Environnement.

Il revient à Serge Lepeltier de trancher, face à un ministre de l’Agriculture très sensible aux plaintes des éleveurs. Hervé Gaymard a pris plusieurs fois position en faveur du tir du loup, jugeant le coût de la protection de l’élevage trop élevé.

Le plan d’action prévoit des mesures de prévention, en partie financées par l’Europe : recours aux chiens de protection, aide au gardiennage, regroupement des troupeaux etc.

Ces moyens sont efficaces, avec une réduction de 80% des pertes d’ovins lorsqu’ils sont mis en oeuvre, mais coûteux. Le ministère de l’Agriculture entend limiter à 2 millions d’euros son soutien. En 1998, on comptait sept zones de présence permanente et 1.228 victimes indemnisées du loup et en 2002, 11 zones de présence et 2.308 victimes.

P.-S.

Réactions de loup.org

Si l’on peut se satisfaire des mesures d’accompagnements des éleveurs proposées afin de réduire l’impact de la prédation, nous sommes fermement opposés, comme d’autres associations, au protocole de gestion des loups, qui envisage pour 2004 le tir de 5 à 7 individus en France. Nous appellons nos adhérents et sympathisants à se mobiliser pour affirmer cette opposition.

Signez la pétition

Partager cet article :

Soutenir par un don