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La Finlande engage le bras de fer avec Bruxelles

mardi 8 novembre 2005, par l’Agence France Presse

La Finlande défendra sa gestion des populations de loups devant la justice européenne après avoir refusé vendredi de plier face à la Commission de Bruxelles qui l’accuse de ne pas faire assez pour protéger le canidé.

Le sujet est sensible dans ce pays de 338.145 km2 recouvert de forêts et de lacs, où la nature reste une composante essentielle de l’identité nationale.

La chasse, la pêche et la cueillette sont des activités traditionnelles perpétuées par des millions de Finlandais de tous âges et conditions sociales.

En Laponie, dans le Grand Nord, la perception du loup est d’abord liée aux dégâts qu’il peut commettre dans les élevages de rennes, principale source de revenus pour les Samés (Lapons).

A Helsinki, l’embarras est réel car la Finlande, qui héritera en juillet 2006 de sa deuxième présidence de l’UE depuis son adhésion en 1995, fait généralement figure de très bon élève en matière de respect des règles communautaires.

Réuni vendredi 4 novembre, le comité interministériel des affaires européennes a pourtant rejeté en bloc les remarques de la Commission.

Composé notamment des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, ce comité a estimé que la gestion des populations de loups en Finlande était conforme à la directive européenne sur "la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages", dite "directive habitats".

Cette directive exige des Etats membres qu’ils protègent un certain nombre d’espèces animales. Elle prévoit de très rares dérogations, par exemple en l’absence d’autre solution que l’abattage et à condition que la conservation de l’espèce ne soit pas compromise.

Or, la Commission menace depuis plusieurs années la Finlande d’une procédure devant la Cour européenne de Justice (CEJ) au motif qu’elle ne respecte pas ces conditions "en délivrant régulièrement des licences qui ne visent pas des animaux particuliers causant des dommages importants".

Cette procédure est désormais irréversible.

Pour sa défense, la Finlande rétorque que sur 180 demandes de permis de tuer déposées depuis 1995, seules 25 ont été honorées. Surtout, elle rappelle que la population de loups est passée de 95 individus en 1998 à 185 ou 200 fin

"La population est en constante augmentation. (...). Selon des relevés préliminaires, il y aurait eu 20 naissances cet été", a indiqué à l’AFP Sauli Härkönen, haut fonctionnaire au département de la chasse et de la pêche au ministère de l’Agriculture et des forêts.

Un plan de gestion des loups —que Bruxelles affirme réclamer depuis longtemps mais que la Finlande dément avoir promis—, doit être présenté courant décembre.

Pour Jari Luukkonen, responsable de la conservation des espèces au Fonds mondial pour la nature (WWF), "la population des loups en Finlande reste menacée".

"Le gouvernement doit être plus clair et plus ferme dans ses instructions pour que seules les bêtes représentant un réel danger soient éliminées", dit-il.

Les détracteurs de la politique finlandaise font remarquer que d’autres pays européens abritent une population nettement plus nombreuse de loups pour une superficie équivalente. C’est le cas de l’Espagne, du Portugal ou de l’Italie.

En attendant, des communes rurales de l’est du pays, où la densité de loups est la plus forte, ont décidé d’offrir un service de ramassage scolaire individuel afin de répondre à l’inquiétude des parents et des enfants.

"Certains enfants ont un bon bout de chemin à faire à pied entre la maison et l’école", explique Pirkko Lindström, employée municipale à Jämsä, une ville de 15.000 habitants qui étudie une telle mesure.

"Mais le problème, au fond, ce n’est pas le loup, c’est la peur", ajoute-t-elle.

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