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L’hécatombe de Moulinet relance l’offensive anti-loups

jeudi 1er août 2002, par Jean-Paul FRONZES

Après la chute mortelle de 400 moutons effrayés par le prédateur, les bergers réclament le retrait de « Canis lupus » et la renégociation de la convention qui le protège.

L’hécatombe de Moulinet - la chute fatale dans un ravin de 400 moutons poursuivis par des loups - va-t-elle modifier le rapport de force entre partisans et détracteurs de l’animal ? Peut-elle inciter les pouvoirs publics à revoir leur copie ? Surfant sur l’indignation provoquée par cette affaire dans les milieux agricoles, les bergers reprennent l’offensive. Avec le soutien de la chambre d’agriculture et des syndicats professionnels, ils réclament le « retrait » du loup, par les moyens que l’Etat jugera appropriés, ainsi que la renégociation de la convention de Berne qui le protège.

« Toute la profession est touchée par ce que vit Jean-Claude Giordano (N.D.L.R. : l’éleveur de Moulinet), martèle Bernard Bruno, président départemental du syndicat ovin, lors d’une conférence de presse, hier, à Nice. Il va falloir choisir entre le loup et nous, et bien mesurer les conséquences si nous devions disparaitre. »

« Il est de plus en plus difficile de trouver de jeunes agriculteurs désireux de s’installer, ajoute Jean-Pierre Isnard, vice-président du CDJA [1]. Pourquoi prendre de tels risques ? Des exploitations vont s’éteindre, le milieu va se fermer avec de graves conséquences pour l’environnement, telles qu’avalanches ou feux de forêts. »

Une incinération très imparfaite

Un peu plus tôt, Jean-Claude Giordano est revenu sur son « cauchemar » de la semaine dernière : « En quelques instants, des années de travail ont été anéanties. J’ai perdu le tiers de mon troupeau. Je ne peux plus travailler dans ces conditions, quelque que soit l’indemnisation versée (un peu moins, selon lui, de 656 euros par bête). Quand on élève des brebis, on y est attaché. La seule solution, c’est d’enlever les loups. »

En parlant d’enlèvement, les bergers n’ont pas apprécié la manière dont la préfecture a géré la crise, dont les bêtes ont été finalement incinérées, cinq jours après les faits. Les pneus et le kérosène n’ont pas suffi à bruler vingt tonnes de viande. De nombreuses carcasses continuent à se décomposer, dégageant une odeur pestilentielle.

Les éleveurs contestent également la version officielle du retour naturel de « Canis lupus ». « Nous sommes certains, résume Raoul Mathieu, président de la chambre d’agriculture, que la main de l’homme n’est pas étrangère à sa réapparition. » Le débat n’est pas anodin : des animaux réintroduits ne seraient pas protégés par la convention de Berne. Inquiets pour la survie de la profession, ou du moins pour l’élevage extensif tel qu’il était pratiqué jusqu’ici, les bergers placent leurs derniers espoirs dans les élus locaux.

Vers un blocage de la RN 202 ?

Huit députés UMP, dont trois des Alpes-Maritimes, ont demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire. Une délégation a été reçue hier au cabinet du ministre de l’écologie, Roselyne Bachelot. Selon Christian Estrosi, qui se réjouit de « l’évolution très sensible de l’Etat » sur le sujet, le directeur de cabinet a annoncé de « prochaines décisions répondant aux attentes ». Le protocole d’enlèvement des loups, permettant dans des conditions restrictives de tirer en toute légalité un animal, pourrait être assoupli. La dernière demande relative à une commission d’enquête sur le loup avait été rejetée en 1998 par l’Assemblée nationale. La suivante ne pourra être présentée avant la session de septembre.

En attendant, la tension pourrait encore monter dans les vallées. Les statistiques communiquées par la directrice départementale de l’agriculture, Sophie Béranger, montrent une progression significative du nombre d’attaques de troupeaux (119 depuis le début de l’année, contre 104 durant la même période en 2001).

« Si rien n’est fait, menacent les bergers, nous passerons à d’autres modes d’action, comme le blocage de la nationale 202. »

Notes

[1Centre départemental des jeunes agriculteurs.

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