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Chronique du sud beaunois

« L’agneau et le loup »

lundi 21 avril 2003, par Lucienne Delille

Depuis plus de 2000 ans, en ces veilles de Pâques et les sermons sur la Passion du Christ s’immolant comme victime pour racheter les péchés du Monde, nos églises résonnent des louanges envers celui que Jean-Baptiste nommait l’Agneau de Dieu, l’Agneau sans tache. Depuis, l’homme, fermant les yeux, chante : « Agneau de Dieu qui enlève le péché du Monde, prends pitié de nous,. Donne-nous la Paix ». Oui, donne-nous la Paix, en cette période ’moyenâgeuse’ de guerre et d’épidémie où resurgissent les terreurs du passé dans lesquelles il ne manque que le loup.

Enfin presque. ’L’intelligent ’ bipède humain remplace efficacement ce cruel prédateur.

Depuis longtemps, l’homme, fabulé par La Fontaine, considère que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». L’agneau servi dans nos assiettes en ce jour de Pâques ne broute paisiblement dans les verts pâturage que le temps de s’engraisser. Puis, un beau matin, à sa grande surprise, une partie du troupeau sera dirigée, sans ménagement, vers les abattoirs.

Loups légendaires et historiques

Notre littérature fourmille de récits plus ou moins sanguinaires, féeriques comme ’Le Petit Chaperon Rouge’, ou ’Remus et Romulus’, et la légende s’est emparée de ’la Bête du Gévaudan’, en passant par le ’loup-garou’, sorcier mi-homme, mi-bête, qui animait les veillées, faisant cauchemarder. L’histoire nous livre que Charles le Téméraire a été dévoré par les Loups, lorsqu’il succomba en 1477 au siège de Nancy.

Plus près de nous, faisant référence à mars 1938, André Siegfried écrivait avec subtilité : « Se fut-on étonné, si l’on s’était rappelé le loup et l’agneau, de ce scandale insupportable : La Pologne menaçant le Reich, la Finlande provoquant l’U.R.S.S. ? En pareille circonstance, il incombe à l’organisation internationale du moment de protester contre l’audace du loup, de défendre le faible contre le fort. Mais qui s’en chargera ? »

L’homme craignait ces prédateurs et redoutait leur présence quotidienne dans nos campagnes. Ces quadrupèdes, sont en voie d’extinction malgré une timide réinsertion en montagne dans un but écologique. Cette cohabitation, chargée de polémique, se fait à petits pas. de loups ! En horde ou solitaire, il apparaît à ses défenseurs comme une victime, un incompris ; mais ce n’est pas l’avis des éleveurs et des adeptes de la randonnée ! Il suffirait de les laisser se reproduire pour que l’histoire rattrape la légende et que revienne « le temps des loups », comme nous le comptait en 1878-1879 le Courrier de Saône-et-Loire. Ils descendaient alors jusqu’aux portes des villes et villages du sud beaunois et de la province.

Le temps des Loups dans le Beaunois

Avant la Révolution, la chasse aux loups était le privilège des nobles et des rois. Henri IV est le premier qui ait possédé une meute pour loups, alors qu’avant on les tuait à l’arquebuse ou en organisant des battues. A la fin du XVIIIe siècle, des loups sont signalés du côté de Verdun-sur-le-Doubs. Sur le registre paroissial de Saint-Marcel, il est écrit : « Ce jour 29 août 1787, on a inhumé au cimetière quelques lambeaux d’un enfant de Pierre Charpy. que l’on dit avoir été dévoré par un loup enragé ». De tels faits n’étaient pas rares. Aussi de 1815 à 1834, des battues sont organisées à Saint-Bonnet-en-Bresse, à Sermesse, à Pontoux etc.

A cet effet, le lieutenant de la louveterie de Mâcon écrit au préfet : « . Quant aux loups, il en reste très peu, ce n’est pas étonnant en ayant tué 40 à 50 par hiver depuis 20 ans. »
Pendant le Second empire, jusqu’à la guerre de 1870, les loups se distinguent surtout dans l’Autunois, avant de proliférer à nouveau dans la région sous l’occupation prussienne, la population désarmée ne pouvant plus chasser.

Pendant le terrible hiver 1878, le Courrier de Saône-et-Loire souligne que les loups pullulent à saint Hélène, et qu’ils ont pénétré jusqu’au cœur de Chalon, « où nombre d’infortunés caniches ont été étranglés », tandis que certains se promènent en hurlant sur les bords de la Saône.

Pendant l’hiver encore plus rigoureux, celui de 1879, les loups chassés du Jura par la neige et le froid sont descendus jusque dans l’autunois où une louve de 35 kg a été abattue.
En janvier 1831, à Chagny, un loup a dévoré un enfant de douze ans, laissant juste les jambes, et blessant mortellement le cultivateur qui tentait de l’abattre. Mais les plus visés sont les troupeaux de bovins et de moutons.
Cette crainte justifiée par ces faits meurtriers alimente un climat d’insécurité, motivant les dirigeants à prendre des mesures draconiennes pour les exterminer.

Le 3 août 1882, est fixée une prime attribuée à quiconque aura tué un loup. Le 2 janvier 1889, le conservateur des Eaux-et-Forêts de la Bresse écrit : « le loup a disparu depuis longtemps de toute la région ». En 1894, on annonce l’extermination de 7 430 loups, louves et louveteaux en onze ans.

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