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Vive l’Europe !

L’adhésion au secours des loups estoniens

lundi 16 février 2004

Chassés depuis des décennies, les loups d’Estonie bénéficient à leur tour de l’adhésion du pays balte à l’Union européenne : ils sont devenus une espèce protégée.

Avec ses nombreuses réserves offrant à ces animaux abris et nourriture, l’Estonie compte plus de loups que d’autres pays d’Europe. De plus, selon la saison, leur nombre s’agrandit car ils viennent de la Russie voisine, pays d’Europe qui accueille la plus grande population de ces mammifères.

Lors de ses négociations avec l’Union européenne, l’Estonie avait obtenu de pouvoir continuer - sous réserve d’un quota - sa traditionnelle chasse aux loups, pourtant interdite dans les autres pays de l’UE.
En 1990, le pays en comptait de 600 à 700 et la loi ne les protégeait pas. Les autorités versaient même des aides pour chaque peau de loup et pendant des années des brigades spéciales sillonnaient les forêts pour les éliminer.

En moyenne, 300 loups étaient ainsi abattus chaque année, lors de chasses individuelles ou de battues. En quelques années, le nombre de bêtes libres n’a fait que diminuer.

Chefs de meutes

L’an dernier, le nombre de loups a été évalué à une centaine et certains experts ont même estimé qu’ils n’étaient pas plus que 70 à 80, alors que l’Estonie s’était engagée auprès de Bruxelles à maintenir leur population autour de 100 à 150. L’UE avait fixé l’autorisation d’abattage à 16 loups par an en Estonie.

Enn Vilbaste, directeur de la réserve naturelle de Nigula (sud) et Marko Kubarsepp, chercheur, veulent cependant rester positifs. Ils sont convaincus que l’Estonie dépassera bientôt la barre des 100 loups, grâce aux petits nés à la fin de l’hiver.

Selon eux, des erreurs ont été commises dans le passé, qui ont entraîné cette inquiétante baisse de population.
« La plus grave a été d’avoir laissé détruire leur structure. Les chasseurs visaient surtout les chefs de meutes, et sans leurs meneurs, les meutes se dispersent », explique Vilbaste.

Il y a quelque années, dans sa réserve vivait une grande meute, aujourd’hui, il y en a deux petites et de nombreux loups solitaires.
« Les loups solitaires posent problèmes. Ils n’ont pas l’aide de la meute pour chasser le gibier. C’est pour cela qu’ils s’approchent des habitations humaines pour tuer les chiens et autres animaux domestiques ».

Croisements avec des chiens

« Les jeunes ne participent pas à la chasse, ils observent les adultes et apprennent », ajoute Kubarsepp qui observe le comportements de ces animaux. « Quand on tue les loups adultes, les jeunes se retrouvent sans exemple à suivre ».

Un loup solitaire a aussi du mal à trouver un compagnon et certains se reproduisent avec des chiens errants. Des croisements de chiens et loups ont été répertoriés ces derniers temps dans le pays.
Selon Vilbast, « les chiens solitaires causent plus de dommages aux animaux domestiques que les loups. Nul ne sait combien il y en a dans les forêts. Certainement plus que des loups ».

Ces derniers temps, moins de loups traversent la frontière russe où la pratique de l’empoisonnement est devenue courante, ajoute un responsable du ministère de l’Environnement Peep Mannil. Un déficit qui n’arrange pas les statistiques en Estonie, traditionnellement renflouées par les loups russes.

En principe, le quota de chasse imposé en décembre a déjà été épuisé en Estonie. Mais personne ne semble décidé à empêcher les braconniers de tuer les loups, considérés depuis des siècles comme d’éternels ennemis.
Une tradition que ne peut que déplorer Marko Kubersepp : « Changer le comportements des gens, cela prend du temps, la peur du loup est au fond de chacun ».

P.-S.

Source : DNA

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