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L’Italie privilégie la prévention pour réconcilier éleveurs et loups

vendredi 20 août 2004, par l’Agence France Presse

En Italie, administrations locales et organisations environnementales multiplient les programmes de prévention et d’indemnisation pour favoriser la cohabitation de l’élevage pastoral et des loups.

Bien que les loups y soient beaucoup plus nombreux qu’en France, où une guerre du loup oppose éleveurs et écologistes, la cohabitation provoque moins de conflits dans la péninsule même si elle n’est pas dépourvue de problèmes, note l’association écologiste Legambiente.

Au cours des 30 dernières années, le nombre de loups en Italie est passé de 100 à plus de 500, selon le WWF. En France, ils sont une cinquantaine.

Et le "canis lupus" a étendu sa présence bien au-delà de ses "terres historiques" (Abruzzes, Molise et Basilicate) sur l’ensemble de la chaîne des Apennins, et jusqu’aux Alpes (Piémont et Val D’Aoste).

"L’Etat garantit la protection de l’espèce depuis les années 1970 et lance des orientations à travers un plan national de conservation", explique Nino Morabito, responsable de la faune sauvage pour Legambiente

"Il incombe ensuite aux régions, aux provinces et dans certains cas aux parcs naturels d’appliquer ces lois et d’assurer l’indemnisation des éleveurs, en cas d’attaque", ajoute-t-il.

Les associations environnementales jouent aussi un rôle important en essayant d’améliorer la cohabitation entre loup et élevage et par des campagnes d’explication.

Certes, l’augmentation du nombre des loups suscite aussi le mécontentement des éleveurs italiens qui protestent contre les attaques de troupeaux par les prédateurs, mais le conflit est plus limité qu’en France, fait-il valoir.

"Comme le loup n’a jamais totalement disparu de certaines régions, les éleveurs étaient mieux préparés à la cohabitation. Ils ont conservé des techniques pastorales plus adaptées et notamment des chiens de garde. C’est plus difficile dans les Alpes, où les éleveurs ont perdu l’habitude de vivre avec les loups", explique le responsable de Legambiente.

Néanmoins certains éleveurs italiens exigent régulièrement l’abattage ciblé ou la capture de loups, prévus par la législation italienne. Et ils recourent de plus en plus souvent au braconnage. Chaque année, 15 à 20% de la population totale de loups seraient illégalement abattus ou empoisonnés, selon le WWF.

Mais, pour M. Morabito, un recours à l’abattage par les autorités comme solution du problème serait "culturellement inacceptable".

Pour faciliter la cohabitation, les autorités locales ont mis en place des programmes d’information, de prévention et d’indemnisation, depuis la fin des années 1990.

En cas d’attaque des troupeaux, des fonds d’indemnisation permettent d’aider financièrement les victimes. Mais les disparités sont grandes entre les régions : le taux de remboursement varie de 20 à 100%, selon les financements disponibles et la législation locale.

"L’indemnisation est le problème le plus épineux. Les délais de remboursement peuvent atteindre deux ans. Pour nous, cela reste une solution de dernier recours et nous préférons agir en amont sur la prévention", souligne M. Morabito.

Ces initiatives sont soutenues par les associations locales d’éleveurs mais le consensus reste fragile.

"Quelques éleveurs ont accepté ces dispositifs mais la majorité privilégie encore la règle de l’élimination", explique le directeur de l’Association provinciale des éleveurs de Cuneo (Piémont, nord du pays), Bartolomeo Bovetti.

"Pour le moment, le phénomène des attaques est relativement contenu, et nous avons assez bien réussi à indemniser les éleveurs, mais si le phénomène devait atteindre les mêmes proportions qu’en France, nous exigerions d’autres méthodes comme les captures", prévient-il.

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