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Ils skient avec les loups

samedi 26 février 2005

Le parc du Mont-Tremblant (Québec) propose des sorties nocturnes ponctuées d’anecdotes sur le grand carnassier.

Au parc national du Mont-Tremblant, le loup est roi et il le restera : c’est lui qui tient lieu d’emblème au parc. Mais pour démystifier cette créature prétendument sinistre, on offre l’activité « Histoire de loup à la pleine lune », une sortie de ski de fond ponctuée d’anecdotes sur ce grand carnassier.

Il n’est pas étonnant, quand on entend le hurlement du loup, que cette bête ait toujours été frappée d’ostracisme. Bien sûr, quelque amant de la faune y percevra une sorte de chant mystique version canidés, mais il y a davantage de chances pour que quiconque sente son sang se figer en écoutant ces longues lamentations nocturnes.

Sans doute ce cri lancinant est-il à l’origine de la peur viscérale qu’éprouve l’homme pour le loup, comme en font foi tant de contes et de légendes. Là où l’homo sapiens est passé, peu de canis lupus subsistent, d’ailleurs. Chasse, trappe, empoisonnement : tout était justifié pour éradiquer cette vermine en manteau de fourrure à qui on a prêté, à tort, les plus vils comportements. Aujourd’hui, le loup a pratiquement disparu de la rive sud du Saint-Laurent, alors que la rive nord, moins occupée par l’homme, en compte encore plusieurs spécimens.

Pourtant, la présence du loup en un lieu donné prouve qu’un écosystème se porte bien. Situé au sommet de la chaîne alimentaire, ce grand prédateur survivra si toutes ses proies, qui dépendent elles-mêmes d’autres proies ou de plantes, le font aussi. Loup, y es-tu ? Si oui, tout baigne.

C’est ainsi qu’au parc national du Mont-Tremblant — le plus vaste au Québec —, on a dénombré au moins cinq meutes de six à huit individus chacune, ce qui donne un terrain de jeu d’environ 200 kilomètres carrés par groupe. Pour en finir une fois pour toutes avec les mythes et légendes entourant les moeurs de cet animal qui ne laisse personne indifférent, le parc propose depuis trois ans l’activité « Histoire de loup à la pleine lune ».

Basé sur une activité déjà offerte l’été, ce forfait permet d’effectuer une sortie nocturne à ski de fond pour gagner un refuge et assister à une causerie sur le loup. D’abord, les skieurs se rendent par eux-mêmes au lac Munroe, puis ils skient avec leur lampe frontale sur des sentiers particulièrement bien aménagés et jalonnés de flambeaux, aux jonctions.

Une fois arrivé au refuge La Renardière, tout le monde s’installe et, après un breuvage chaud et une collation, on entame la causerie. Le tout dure un peu plus d’une heure, puis les skieurs retournent vers 22h30 à la sortie du parc. Pourquoi une sortie nocturne ? « Parce que le loup, animal furtif, vit la nuit », explique Éric Normandeau, garde-parc naturaliste et conteux d’histoires de loups. « Et puis, en skiant à la pleine lune, les pistes sont légèrement éclairées et ça ajoute une petite note mystique à l’activité... »

Les adeptes de zoopsie seront donc déçus car on ne cherche nullement, de la sorte, à assister à une transformation surnaturelle... « C’est un mythe qui veut qu’on associe le loup à la pleine lune. En revanche, il est vrai que les meutes se déplacent alors davantage, car il fait plus clair, explique le garde-parc. Et comme la pleine lune est souvent accompagnée de grands froids, les bêtes bougent plus pour se réchauffer. Alors, oui, on peut les apercevoir plus facilement à cette période du mois... »

Au fait, que signifient ces hurlements, tantôt mélodieux, tantôt sinistres, qu’on entend jusqu’à huit kilomètres à la ronde ? « C’est soit pour marquer le territoire, soit pour se retrouver et rassembler la meute, soit pour manifester de la joie, après une bonne bouffe, par exemple », indique Éric Normandeau.

Mais... quid de l’appel du loup, cette activité qui s’est répandue dans les parcs québécois ces dernières années et qui vise à inciter les braves canidés à se manifester en lançant de faux hurlements à tous vents ?

« Ça se fait encore par endroits, mais à petites doses, dit le garde-parc. Ici, nous ne favorisons pas ce type d’activité : certains experts croient que ça trouble les bêtes, qui peuvent alors penser qu’une nouvelle meute les envahit. Ça peut donc rendre les loups nerveux ou les inciter à chasser moins loin, ce qui diminue leurs chances de traquer une proie et, conséquemment, ça devient potentiellement dangereux pour leur survie »

Alors que de bonnes vieilles histoires, ça ne dérange personne, et ça ravit les p’tits loups.

P.-S.

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