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Il y a dix ans, le loup réapparaissait dans le Mercantour

lundi 25 novembre 2002, par l’Agence France Presse

L’empoisonnement d’un louveteau au parc national du Mercantour, confirmé de source scientifique, attise à nouveau la querelle entre éleveurs d’ovins et écologistes divisés depuis dix ans sur la présence des loups dans les Alpes-Maritimes.

Le louveteau, un des quelque 12 loups du Mercantour, a été retrouvé mort le 19 août, mais sa mort par empoisonnement a été confirmée jeudi seulement par le ministère de l’Ecologie.

"Qu’on les mette dans des enclos", affirme Claude Guigo, animateur de l’Association européenne de défense du pastoralisme contre les prédateurs, porte-parole de la colère des éleveurs.

Les bergers accusent les loups de décimer leurs troupeaux. 8.800 brebis ont été déclarées victimes du loup entre 1993 et 2001. Le retour du "grand prédateur" a été officialisé dans le Mercantour en novembre 1992, plus de cinquante ans après avoir disparu.

France Nature Environnement (FNE), qui regroupe 3.000 associations, dénonce "la sale besogne, sans vergogne, des opposants au loup", accusés d’avoir empoisonné le louveteau. Elle s’étonne que dans les Hautes-Alpes, où neuf loups ont été recensés, quatre-vingt-dix brebis ont été tuées en 2001 alors que dans les Alpes-Maritimes, qui compte une douzaine de loups et deux fois moins de troupeaux, ce ne sont pas moins de 1.152 brebis dont la mort a été imputée aux loups".

"Comment expliquer cette différence autrement que par le succès flagrant des mesures de protection des troupeaux d’un côté et par un gardiennage défaillant de l’autre", affirme l’association.

FNE dénonce dans les Alpes-Maritimes un "budget +aides-bergers+ dévoyé dans la mesure où, la plupart du temps, des personnes non qualifiées sont employées en lieu et place d’un berger qui n’existe pas".

En réponse, Claude Guigo affirme que "dans les Alpes du Sud, le pastoralisme ne se résume pas à l’estive. Nos troupeaux restent jusqu’à dix mois à l’extérieur et sont donc plus qu’ailleurs soumis aux attaques".

Selon la Commission européenne, de 12 à 14 loups, répartis en quatre meutes, vivent dans le Mercantour pour un total de 25 à 30 loups dans les Alpes françaises.

L’opposition entre écologistes et éleveurs porte aussi sur les conditions de la présence du loup dans le Mercantour. Pour les premiers, il est revenu "naturellement", en provenance d’Italie. Les seconds dénoncent "la main de l’homme" et réclament son retrait.

Une commission d’enquête sur les "conditions de la présence du loup" a été créée le 5 novembre par l’Assemblée nationale. Elle est présidée par Christian Estrosi, député UMP des Alpes-Maritimes, qui, comme plusieurs parlementaires de départements alpins, réfute la thèse d’un retour naturel.

Une mission d’information parlementaire, créée fin 1998, avait "conclu à l’incompatibilité de la présence du loup et du pastoralisme".

Florent Favier, responsable de la communication du programme européen Life-Loup, estime que la commission parlementaire aura du mal à obtenir des éléments nouveaux. "Si quelqu’un avait eu un joker, il l’aurait déjà utilisé".

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