Accueil > Les archives > Bibliographie > Il y a deux loups en "Luuna"

Il y a deux loups en "Luuna"

La BD renouvelle l’image du loup

samedi 30 octobre 2004, par Benjamin MORIAME

On a tous deux loups dans la tête !
Récompensée, le jeudi 22 janvier, au festival d’Angoulême par le prix des 9-12 ans, la BD « Luuna » est loin d’être réservée à ce jeune public. Traitant des rapports que l’homme entretient avec la nature et des forces contradictoires qui animent notre inconscient (symbolisées par deux loups), l’histoire de cette jeune Indienne est un rite initiatique pour tout lecteur prêt à se voir révélé par le miroir de la nature profonde.

C’est son soir. Celui de son initiation. Sous la clarté de la lune, la nuit s’annonce pourtant bien noire. Luuna est l’élue du destin, choisie parmi les Paumanoks, tribu mythique qui, dans les légendes indiennes, était le lien entre le monde des dieux, celui de la nature et le monde des hommes. L’Esprit de la vie doit révéler Luuna à elle-même, par sa rencontre avec son Totem. Mais, en définitive, c’est aussi le lecteur qui est confronté à lui-même lorsqu’il voit arriver vers Luuna deux Totems, au lieu d’un seul : deux loups ! Le premier est blanc, avec une tache noire. Le second est noir, taché de blanc. Les conséquences de cette dualité seront dures à assumer pour Luuna. Sa tâche : la réconciliation entre ses deux Totems. Une mission déjà réussie par l’auteur qui a concilié les deux images contradictoires de l’animal.

L’humour et l’esthétisme, caractéristiques des éditions Soleil, représentent encore deux atouts de marque pour « Luuna ». Le graphisme soigné, coloré et original, réussit à plonger le lecteur au cœur de la forêt mythique, dans l’univers onirique d’une nature merveilleuse. Et partout, dans cet univers, l’atmosphère est égayée par les petits génies de la forêt, les « Pipintus », à peine plus grands et encore moins sages qu’un louveteau dans son deuxième mois.

Deux loups pour un seul : un loup gris !

L’un des intérêts majeurs de la contribution de « Luuna », c’est l’image renouvelée qu’elle donne du loup. On a rencontré de nombreuses fois des loups de fiction cruels et maléfiques. On a vu souvent aussi des loups décrits comme la sagesse même. Mais jamais on n’avait côtoyé, au cœur d’une même histoire, ces deux loups. Et soudain, tout s’éclaire : ni l’un, ni l’autre, n’existe isolément. Il n’y a de loup qu’au croisement de ces deux visions. Le loup, comme Luuna, comme tout un chacun, est partagé entre une conscience blanche et un noir conseiller.

Le loup a toujours connu cette ambiguïté. « Luuna » s’inspire de notre mythologie où le loup est destructeur chez les uns (les Vikings ou les Grecs, par exemple) et fondateur chez les autres (les Romains, les Mongols...). Aujourd’hui, s’affrontent encore les conceptions du Grand Méchant Loup et celle de l’Akéla de Rudyard Kipling. Or l’une ne va pas sans l’autre. Autrement dit, « Luuna » est une sorte de mythe qui nous place face à notre inconscient et où l’on peut voir la nécessité de ne pas sombrer dans une vision restrictive du loup. Ni blanc, ni noir, ni dieu, ni diable, le loup doit être perçu pour ce qu’il est : un prédateur instinctif et un animal qui remplit tout naturellement son rôle dans l’écosystème. Ne présenter qu’un seul de ces aspects est toujours dangereux pour le loup. Même la fiction commence à y renoncer, avec « Luuna ».


Retrouvez les albums de la série « Luuna » :

Portfolio

La Nuit des Totems Le Crépuscule du Lynx
Partager cet article :

Soutenir par un don