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Guerre du loup : les écologistes perdent une première manche

vendredi 20 août 2004, par l’Agence France Presse

Les écologistes ont perdu une première manche dans le bras de fer qui les oppose au gouvernement sur la présence du loup dans les montagnes : le Conseil d’Etat a donné son feu vert vendredi à l’application d’un arrêté ministériel autorisant l’abattage de quatre loups.

La haute juridiction administrative, saisie par quatre associations (Association pour la protection des animaux sauvages, Société protectrice des animaux, France Nature Environnement, Convention Vie et Nature), se prononçait, dans une procédure de référé, sur un gel éventuel de l’application de ce texte, avant de statuer ultérieurement sur le fond.

L’arrêté ministériel du 12 août autorise jusqu’à la fin de l’année l’abattage de quatre loups, espèce protégée par les conventions internationales, dans les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes.

Le ministre de l’Ecologie Serge Lepeltier s’est félicité dans un communiqué de cet arrêt, "qui conforte la démarche d’équilibre recherchée". Il demande aux trois préfets concernés "de poursuivre activement la mise en oeuvre locale de cette autorisation de tirs de prélévement par les agents assermentés de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage".

Plusieurs associations écologistes, notamment la Convention Vie et Nature et l’Aspas, ont indiqué qu’elles déposeraient plainte devant la Commission européenne pour violation d’une directive (loi européenne) de 1992. "Une fois encore, la France s’avère être en Europe le pays des incendiaires de la +maison qui brûle+", s’indigne la Convention Vie et Nature.

Le texte gouvernemental n’est guère susceptible toutefois d’apaiser la colère des éleveurs de moutons, qui ont menacé de sortir les fusils si des mesures draconiennes n’étaient pas prises pour protéger les troupeaux. Les éleveurs ne vont pas jusqu’à demander l’éradication du loup, mais estiment que toute cohabitation avec le pastoralisme est impossible.

Devant le Conseil d’Etat, les associations de défense de la nature ont minimisé le risque encouru par les éleveurs, rappelant d’autre part que ces derniers étaient indemnisés en cas d’attaques. Un prélèvement de quatre loups représenterait 10% de l’effectif global, alors que la population n’est pas encore reconstituée de façon stable, selon les associations, qui chiffrent à 150 animaux le seuil à atteindre pour reconstituer durablement les meutes.

"Le loup est classé +espèce menacée+ car il en reste moins de 10.000 en Europe (...). Il est donc extrêmement choquant de voir le gouvernement français, qui fait la morale aux pays pauvres d’Afrique pour qu’ils protègent l’éléphant, prendre la décision d’abattre des loups", explique l’Aspas.

Les experts gouvernementaux estiment quant à eux la population actuelle à 55 loups, dont 39 identifiés individuellement grâce à leurs traces génétiques. La croissance annuelle pour les meutes déjà installées est de l’ordre de 25%, ce qui autorise des prélèvements allant jusqu’à 5 à 7 individus sans mettre en danger l’espèce, selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

Selon certains experts gouvernementaux, les dégâts ne se chiffrent pas seulement en nombre de moutons tués : "un troupeau qui a été attaqué est beaucoup moins prolifique et les avortements spontanés, nombreux, contribuent au découragement des bergers", a rappelé Philippe Boda, directeur de l’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence.

"Sans la présence des troupeaux, c’est la vitalité des montagnes qui va s’étioler", a-t-il ajouté.

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