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Franck Michel explique pourquoi il a tué le loup

mercredi 18 février 2009, par le Dauphiné Libéré

Le genou chapeauté de son inséparable couvre-chef, le regard hagard caché derrière ses lunettes, Franck Michel était installé, hier en fin d’après-midi, dans le bureau de son avocat à Bonneville. Encore un peu ébranlé par 48 heures de garde à vue. Âgé de 28 ans, cet amateur de photographies animalières et de taxidermie est chasseur depuis l’âge 21 ans. Il a été placé sous contrôle judiciaire et mis en examen pour chasse prohibée, détention et transport d’une espèce protégée. Il a avoué avoir abattu un loup, jeudi 12 février, sur les hauteurs du Petit-Bornand-les-Glières, au hameau La Ville. « Un coup de sang », comme il l’explique dans cette interview à un journal, après que le loup a tué un chamois. « Une bête de plus... »

Vous avez été mis en examen pour avoir tué un loup sur les hauteurs du Petit-Bornand-les-Glières, et vous n’avez jamais nié les faits.

« Je ne sais pas mentir. Et puis, j’ai pris un coup de sang. Ce n’était pas calculé, mais je suis monté avec ma carabine et je l’ai tué. Mais je ne pensais pas à mal en tuant un loup. Pour moi, j’ai fait une bonne chose... Pour tout le monde. Même si je sais que ce n’est pas bien pour la loi. Il y a de plus en plus d’attaques, et de plus en plus près des maisons. Ça faisait beaucoup... et ça fait longtemps que ça dure. »

C’est un acte de braconnage pour vous ?

« Non, la chasse est fermée et ce n’est pas un gibier. Pour moi braconner, c’est quelqu’un qui tue un sanglier, par exemple, pour en tirer profit, vendre la viande. Moi, je voulais réguler. Je ne l’ai pas chassé, je ne l’ai pas cherché, je ne lui ai pas couru après. Au moment de le tuer, j’avais à l’esprit de diminuer un peu la population des loups et de les effrayer pour les éloigner. »

Vous regrettez ?

« Non, je ne regrette pas mon geste. »

Et si c’était à refaire...

« Je le referais. »

C’était la réponse à une attente dans le village...

« Les gens ont peur. Pour moi, le loup commençait à devenir une menace pour les habitants. Les personnes âgées, les femmes qui promènent leur chien disent qu’elles ont peur. Ma soeur a même reçu un mail d’une habitante qu’on connaissait pour être une protectrice des animaux. Elle a écrit : "Je suis contente car j’avais peur qu’il tue mon chien". Il y a de plus en plus de loups, et si près des maisons. Je l’ai fait avant qu’il y ait un accident. »

En ville, les gens ont du mal à croire que le loup s’approche aussi près des maisons...

« Toutes les dernières attaques ont eu lieu à 100 mètres des habitations. On retrouvait des carcasses de cervidés au bord de la route, juste de l’autre côté de la ligne blanche. On en retrouve deux par semaine. Depuis que les loups sont descendus, les cerfs viennent la nuit entre les maisons. On les a vraiment sous les fenêtres. On n’avait jamais vu ça. »

Les gens se demandent pourquoi un chamois et pourquoi un chasseur. Vous n’êtes pas éleveur, et ce n’était pas l’une de vos bêtes...

« L’hiver le gibier, cet été les bêtes. Nous, les gibiers, on s’en occupe, on les compte, on leur donne à manger quand il fait trop froid. On restreint le plan chasse quand il le faut, comme l’an dernier. Et puis mes amis éleveurs m’interpellaient. Tous les jours, ils me disaient, en tant que chasseur, : "Que faites-vous pour nous. Est-ce qu’une régulation est prévue, ou au moins des tirs de prélèvements ? »

Vous saviez qu’une demande de tir de prélèvement était en cours ?

« Oui, je le savais, mais l’administration est tellement longue. Personne ne fait rien. »

Vous avez le sentiment de ne pas être entendus ?

« C’est toujours minimisé. Au Petit-Bornand, on a vu jusqu’à six loups ensemble, les services compétents ont été alertés. Mais rien. »

Vous pensez que le loup n’a pas sa place au Petit-Bornand-les-Glières ?

« Il y a de la place pour le loup mais pas trop. La montagne est immense, il doit manger sur les sommets. Pas si près des maisons. »

Un comité de soutien est derrière vous, vous sentez-vous comme un héros ?

« Non, je ne suis pas un héros. Mais ce qui s’est passé, pour moi c’est normal. On savait que ça allait arriver. Et dans toutes les conversations de bistrot, on entendait les gens dire : "Si je le vois, je le tue". Moi, j’ai eu l’occasion et j’avais l’arme. »

Voir en ligne : Retrouvez l’interview en vidéo sur www.ledauphine.com

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