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Et si les bergers s’adaptaient à la présence du loup ?

mercredi 28 juin 2017

Les brebis sont les Attila de la biodiversité en montagne, rappelle le conseil national de protection de la nature dans un avis consacré à la poursuite de la destruction du loup. Réduire la taille des troupeaux pour mieux les protéger, plutôt que de continuer à exterminer un prédateur dont les populations sont encore fragiles, estime t-il.

Chercher à « briser la démographie de l’espèce. » C’est l’accusation que porte le conseil national de protection de la nature (CNPN) contre la politique menée par l’Etat en matière de gestion du loup, dans son dernier avis rendu le 31 mai. Consulté sur le projet d’arrêté visant à fixer le nombre maximum de loups pouvant être détruits pour la période 2017-2018, les experts ont lâché les chiens contre la politique d’augmentation du nombre de tirs autorisés et leurs conséquences sur l’évolution de l’espèce, dans un contexte d’incertitude quant à son devenir biologique. Surtout, il préconise que le pastoralisme en montagne s’adapte à la nouvelle donne, en réduisant la taille de troupeaux toujours plus gros.

PLUS DE DONNÉES NÉCESSAIRES

Car « l’abattage chaque année de 12 à 15% de la population de loups n’apparaît pas compatible avec le maintien de sa population dans un état de conservation favorable », estiment les spécialistes. Les données manquent, reconnaissent-ils, tant pour cerner « l’abondance de l’espèce, la structure de sa population, que sa dynamique d’occupation de l’espace » que pour connaître l’efficacité des tirs par rapport aux objectifs recherchés. Des fonds supplémentaires sont demandés pour que l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (Oncfs) puisse traiter « les centaines d’échantillons génétiques restant à analyser et coller au plus près aux évolutions démographiques et spatiales. » Quant à une étude sur les conséquences des tirs, elle est à nouveau demandée à l’Etat.

ARRÊTER DE TIRER DANS LE TAS

Existe-t-il d’autres solutions que les tirs ? Plein, répond en substance le CNPN. Et de lister le gardiennage et la surveillance renforcée des troupeaux, le recours à des chiens de protection ou à des investissements matériels tels que les parcs de contention. Autant de mesures, déjà promues et financées par les pouvoirs publics, dont « la mise en place effective (semblent ne pas être) réellement vérifiée sur le terrain. » A côté d’un approfondissement de l’accompagnement des éleveurs, le CNPN ne baisse pas la garde : les tirs doivent être le dernier recours et résulter d’une « analyse contextuelle » stricte. Quant au cadeau accordé par Ségolène Royal –avec l’arrêté du 30 juin 2015- de tirer en dehors de la zone de présence des troupeaux dans le temps et dans l’espace (tirs de défense renforcée, lors de battue au grand gibier ou à l’occasion de chasse à l’approche ou à l’affut de grand gibier), le CNPN demande purement et simplement son abrogation.

PERSEVERARE DIABOLICUM

Peut-on se permettre, tant pour la sauvegarde de l’espèce que par souci de cohérence avec l’expertise menée conjointement par le Museum et l’Oncfs et les concertations entreprises, de dupliquer les arrêtés de destruction d’année en année ? « La simple reprise des dispositions prises les années précédentes n’est plus satisfaisante », estime le CNPN, qui aurait admis une « disposition de transition », mais pas un engagement sur l’année. Or, plutôt que de mener une stratégie « ciblée spatialement et temporellement, en riposte ou en anticipation de situations de dommage », l’Etat cherche à « briser la démographie de l’espèce en neutralisant (…) tout l’excédent de croissance démographique une fois prise en compte la mortalité naturelle. » Une démarche de quasi extermination, avec une population de 300 à 400 loups qui est « loin d’être viable génétiquement. »

LES BREBIS, CES ATTILA DE LA BIODIVERSITÉ

Et si le retour du loup permettait de « rétablir un bon état de conservation des écosystèmes », interroge le CNPN. Difficile à dire, faute d’étude dédiée. Et si l’activité pastorale en montagne n’était pas « systématiquement bénéfique à la biodiversité », dans un contexte d’augmentation drastique du nombre de brebis par exploitation (+41% en 10 ans) ? « L’augmentation de la taille des troupeaux et leur concentration sur certaines zones ont entraîné une dégradation des pelouses d’altitude, avec un appauvrissement considérable de la diversité spécifique de la flore et probablement aussi de la faune (en particulier invertébrée) dans beaucoup d’alpages, constatent les experts. Les mares et lacs qui servent de point d’abreuvage sont de plus en plus eutrophisés, même en cœur de parc national, et perdent de manière à peu près irréversible leurs communautés biologiques initiales. »

A L’ÉLEVAGE DE S’ADAPTER

Et si, finalement, ça n’était pas aux bergers de s’adapter au loup, plutôt qu’au loup de déguerpir, demande le CNPN. Avec des troupeaux moins grands, la protection serait facilitée, les potentialités de conflits plus restreintes et les effets sur la flore, la faune et les habitats redeviendraient favorables. Les éleveurs n’ont pas encore fait connaître leur point de vue.

Voir en ligne : Article du Journal de l’Environnement

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