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Réactions

Et si le loup n’était qu’un messager ?

vendredi 20 août 2004, par Jean-Marc PERCIER

La position du Directeur de Randonnées Montagne et Nature dans l’affaire du loup des Alpes. Réaction aux décisions ministérielles du mois d’août 2004 et aux différentes positions locales et nationales.

"Je reviens de Mongolie où je séjourne chaque année depuis 2001 et accompagne des amoureux de la nature. Il ya beaucoup de loups là-bas (environ 70000...) et ils prélèvent du bétail autour de nos yourtes presque chaque semaine : surtout en hiver, agneaux, poulains, chèvres malades ou blessés ou peu vigoureux.

A court terme c’est un inconvénient pour les éléveurs Mongols, mais dans l’ensemble ils savent que ces prédations contribuent à long terme, et depuis des siècles, à la santé "génétique " du cheptel.
Les éliminations de loups ne remettent pas en cause la survie de l’espèce, eu égard au grand nombre de loups dans ce pays.

Pour faire le lien avec ce qui se passe en France, résumons en disant que le court terme prend le dessus sur le long terme, et qu’un déséquilibre est créé par les méthodes de raisonnement des pro et des anti loups : les bergers français ont sans doute de bonnes raisons de vouloir la peau du loup car leur situation immédiate est difficile. Personne ne peut le nier.

Mais à long terme, on ne peut envisager l’extermination d’une espèce dont la présence doit être envisagée globalement : chaque espèce animale a sa place dans un environnement donné ; des mesures de protection des troupeaux doivent alors être prises (patous, gardiennage renforcé), mais l’extermination du loup qui est en expansion démographique est de toute façon impossible : on peut donc en gérer la présence, sans doute par des prélèvements de précaution pour :1/ éviter de trop grands dégats aux troupeaux ; 2/ pour désamorcer tout conflit stérile entre pro et anti-loups. Dans ce cas, se mettre autour d’une table et dire que la présence du loup peut aussi être une opportunité pour la santé des cheptels, et pour les économies écotouristiques serait une décision intelligente et pacifique.

Nul ne peut avoir le monopole de la raison dans cette aventure qui, avant tout, est formidable par son historicité : c’est la première fois qu’une espèce animale disparue d’un territoire réapparaît avec vigueur et en petit nombre (70000 loups en Mongolie pour 3 millions d’habitants, et 39 loups en france pour 60 millions d’habitants...).

Et si le loup n’était qu’un messager venu nous dire après sa mort dans les années 30 : "non, je ne suis pas fantôme de vos contrées, je suis revenu prendre la place qui était la mienne depuis toujours, et là je suis décidé à y demeurer à vos côtés..." ?

P.-S.

Randomona organise des séjours sur le thème du loup en Mongolie, où nous rencontrons des éleveurs nomades qui vivent au quotidien la question du loup depuis des siècles : ils esaient, avec des moyens rudimentaires, de limiter les dégats à leurs troupeaux, et aucune guéguerre humaine ne vient entâcher leur réflexion : la gestion de l’espèce loup est une tâche quotidienne gérée depuis la nuit des temps...

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