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Entre loup et élevage : douleurs d’une cohabitation

L’homme face au loup sur un nouveau site

mercredi 4 février 2004, par Benjamin MORIAME

Le problème posé par le retour du loup dans le Mercantour est essentiel car si l’on résout celui-là alors tous les cas semblables devraient pouvoir suivre. En effet, c’est dans cette région du sud-est de la France que le conflit paraît le plus dur. C’est pourquoi, j’ai tâché, en tant qu’étudiant en dernière année de journalisme, de rassembler, grâce à un reportage de terrain, les arguments déterminant le mieux possible la viabilité ou non d’une cohabitation entre homme et loup dans le Mercantour, en élargissant cette « étude de cas » vers des observations plus générales. A l’aide d’un grand nombre d’images, pour recréer un univers visuel, le site s’attache à donner à chacun la capacité de résoudre à sa façon l’équation « loup et élevage ». Le rapport de la commission parlementaire, truffé d’erreurs, n’est crédible pour personne : contre-enquête...

Il s’agit d’une question peu traitée, ou alors, comme s’en plaignent les spécialistes, traitée trop vite et d’une façon spectaculaire et commerciale. L’intérêt était donc d’exploiter à fond des atouts en tant qu’étudiant : particulièrement, l’indépendance, le temps (dans une certaine mesure) et l’absence de souci commercial.

Les brebis sont régulièrement confrontées au loup dans le Mercantour.

Ceci, dans l’espoir que chacun pourra entrer dans le débat en connaissance de cause et non plus sous le coup des passions, quelles qu’elles soient. Le loup peut et doit être considéré autrement que comme un pauvre animal persécuté et innocent ou comme une bête diabolique et cruelle. Dans une perspective idéale, le but est de faire surgir dans l’espace public un débat contradictoire, nuancé, serein et rarement mené, sur les rapports entre homme et loup dans le Mercantour, ses éventuelles solutions ou impasses et ses enseignements pour une cohabitation durable partout où le loup a été chassé par l’homme et pourrait rentrer naturellement.

L’éleveur et le loup : deux victimes !

Cette enquête sur l’éventuelle compatibilité ou l’impossible cohabitation entre loup et élevage devait commencer par un regard porté sur les conditions de vie et de travail des éleveurs ainsi que sur l’efficacité et la réalité pratique des moyens de protection et du système d’indemnisation. Il s’avère que, contrairement à ce que laissent supposer la plupart des commentaires sur le sujet, il y ait, non pas une, mais deux victimes dans la problématique en question. D’où la nécessité d’un argumentaire plus réaliste, soucieux à la fois de l’éleveur et du loup. L’un et l’autre ne reçoivent jamais une attention équivalente. A défaut d’une équité parfaite, l’objectif est de ne plus laisser l’une d’entre elles ignorer et étouffer la seconde.

Les moyens de protection des troupeaux ne sont pas aussi simples que l’on peut le croire.

En contrepartie, il était naturel de se pencher sur les connaissances les plus neuves concernant le loup pour déterminer si son comportement est véritablement incompatible avec nos sociétés et dans quelle mesure le loup est encore nécessaire à la nature. Finalement, il restait alors à comprendre en quoi les fondements de notre culture ont déterminé nos représentations du loup. Des réponses se cachent au cœur d’autres cultures... Les différents aspects de la question sont donc abordés, même s’ils sont parfois contradictoires : l’élevage face à l’écologie, la confrontation des témoignages des acteurs, la peur face à la réalité biologique et éthologique, les mythes en regard de l’actualité...

Des témoignages de tous bords

Mais ce qui fait, sans doute, l’intérêt majeur de la contribution de ce nouveau site, c’est avant tout, la variété des sources et le recueil des propos de personnages extrêmement différents. Ces hommes de terrain, spécialistes, ou hommes d’influence ont tous des avis divergents, parfois complémentaires : l’éleveur de mouton face au biologiste du parc, l’association de défense des éleveurs opposée à l’association de défense des loups, le maire de Saint-Martin-Vésubie et vice-président du parc, l’ « agent-constateur » des attaques de loup pour le parc, l’écologiste, ou encore le psychologue. Leurs témoignages sont dévoilés en intégralité. La réunion de ceux-ci sur un site Internet permet, avant tout, de les mettre face à face, de les écouter jusqu’au bout et d’obtenir une réponse claire et complète à une question précise.

Le Mercantour est un haut lieu du conflit entre loup et pastoralisme.

Le loup et l’éleveur peuvent-ils cohabiter harmonieusement ? Les contraintes imposées aux éleveurs et les solutions qui leur sont proposées sont-elles viables ? Faudra-t-il, comme le défend la commission, faire un choix entre le loup et l’éleveur ? La survie de l’un va-t-elle de pair avec la mort de l’autre ? Ces questions se posent particulièrement dans le Mercantour où, comme le rappelle Benoît Ayotte, la situation s’affiche comme la plus conflictuelle : « Il y a 600 loups en Italie et tout va bien ; il y a 2.000 loups en Espagne et l’élevage ovin y est florissant ; rien qu’au Québec il y a 8.000 loups et personne n’en parle : que se passe-t-il en France avec 20 loups ? » (in Terre Sauvage, février 2003, n°180, p.67).

Destinée à un public averti, sensibilisé, voire concerné par le sujet, l’information a été voulue sérieuse, dense et aussi complète que possible, afin de former une base de données solide et crédible. C’est pourquoi, bien plus que la satisfaction du jury lors de la présentation de ce site en tant que mémoire pratique, ce qui m’intéresse dans ce projet, c’est le contact avec des passionnés du sujet, avec des gens concernés ou intéressés.

Cette opportunité m’a été offerte par loup.org, grâce à la confiance de Thierry Paillargues. Merci à eux, ainsi qu’aux professeurs de l’IHECS qui m’ont aidé dans la réalisation. Le site proposé aspire à une véritable utilité pour une résolution du problème actuel dans le Mercantour et pour le dénouement d’autres, ailleurs et dans l’avenir. Et, puisque le loup apparaît dans l’Ain ou la Drôme et ne cesse de repeupler la France et l’Europe, le débat est loin d’être clos.


LE SITE COMPLET :

www.reportage.loup.org

P.-S.

Photos : B. Moriamé

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