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Elle dort dans la montagne pour protéger ses brebis

mardi 22 juillet 2008

L’exaspération au sujet du loup s’accroît de saison en saison chez les éleveurs. Le phénomène n’est pas nouveau, il est récurrent, et il rebondit chaque fois qu’une nouvelle attaque de troupeau est annoncée. Dimanche dernier, ce sont deux brebis qui ont été égorgées sur le site du Clos des Seigneurs à Montama-Haut. Le loup est immédiatement mis en cause par les éleveurs. Un constat a été effectué par un agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

Souvent déçus et incrédules devant les mesures officielles, les éleveurs cherchent des solutions adaptées. Certains en trouvent.

C’est dans ce contexte qu’une initiative originale a vu le jour dans le Haut-Beauchêne. Dans le continuum d’attaques récentes un peu en aval, où une soixantaine d’ovins ont, au total, été portés disparus ou retrouvés égorgés, un éleveur de Montama-Haut, déjà victime d’attaques en 2007, a décidé de prendre les devants, et de mettre en place un système défensif adapté, en accord avec les prescriptions de la Direction départementale de l’agriculture et de la forêt.

Benoît Bauchau est éleveur. Son troupeau d’ovins se trouve à ce moment de l’année en altitude, au "Clos des seigneurs". L’herbe est belle et drue. Sur ce joli site pastoral, le loup n’est pas un inconnu, l’attaque de dimanche pourrait l’avoir rappelé.

« On n’élève pas des animaux pour qu’ils soient dévorés par les loups »

Benoît ne veut plus prendre de risques : il a fait le choix du pragmatisme. Chaque soir, les bêtes en estive sont rassemblées au sein d’un enclos protégé par une clôture électrique et par la présence de Swann, un patou, un chien de race "montagne Pyrénées". Mais en cas d’attaque, une présence humaine s’impose. C’est pourquoi une caravane a été acheminée sur le site.

C’est là que dort toutes les nuits Blandine, soeur de Benoît, éleveuse aussi, prête à toute éventualité. À l’issue d’une réflexion commune au cours de l’hiver dernier, le frère et la soeur ont pris une décision : Blandine sera sur place dans l’alpage, et prendra un chien de protection, qu’elle va dresser. L’animal sera secondé par trois autres chiens de troupeaux.
Pourquoi ce choix de dormir là-haut ? Il est guidé par un souci d’économie. « Les aides financières fonctionnent si les bêtes sont parquées tous les soirs », explique Blandine. Il faut éviter les trajets, car le site est éloigné et d’un accès parfois incommode. L’éleveuse se dit extrêmement choquée par les sommes colossales que coûte la protection du loup. Et le coeur parle : « On n’élève pas des animaux pour qu’ils soient dévorés par les loups. Même si on est indemnisés ».

Voir en ligne : ledauphine.com

P.-S.

Source : ALAIN MURET Paru dans l’édition du 18/07/2008

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