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Des stages en montagne pour réconcilier les "pro" et "anti" loups.

jeudi 10 juillet 2003, par Bernard DEGIOANNI

Réconcilier l’inconciliable entre "pro" et "anti" loups : des associations écologistes organisent l’été des stages avec des bénévoles pour convaincre les bergers de la nécessaire présence du loup dans les Alpes françaises.

"On aime les loups et on s’en occupe. Mais, conscient des problèmes des bergers face aux loups, on s’efforce d’atténuer les positions extrêmes", affirme Jean-Luc Borelli, coordinateur de l’association Groupe Loup France.

A Roubion, localité à 1.600 m d’altitude et 80 km de Nice, dix-sept stagiaires, de 19 à 55 ans, hommes et femmes d’horizons professionnels différents, vont "sans a priori au-devant des bergers".

"Les associations écologistes sont parties d’un simple constat : un berger, seul dans les pâturages, ne peut pas protéger 24 h sur 24 son troupeau des loups. On a donc décidé de lui apporter un soutien", dit Jean-Luc Borelli.

Les stagiaires, transformés en aides-bergers, participent à la vie pastorale et surveillent les troupeaux la nuit pour prévenir une attaque des loups. Après une semaine en commun au camp de base, chacun part pour une vingtaine de jours avec un berger et ses bêtes partager l’estive.

"Au début du stage, ils sont favorables au loup. Après, leur position est nuancée. Ils sont convaincus qu’être en faveur du loup ne signifie en aucun cas être anti-berger", dit Jean-Luc Borelli.

Louis, 19 ans, étudiant en biologie à Douai (Nord), affirme qu’il est venu pour "comprendre et démêler le faux du vrai dans ce qui se dit sur le loup". "Je retiens la difficulté à gérer un troupeau, la relative efficacité des chiens de bergers. L’acceptation du loup passe par l’aide que l’on apportera aux bergers".

"on s’engueule" Anne-Catherine, comédienne à Paris, vit à Roubion sa première expérience dans le volontariat et en milieu pastoral. "Je ne me rendais pas compte des difficultés d’un berger. J’ignorais qu’il y avait eu autant d’attaques attribuées aux loups".

Seuls une dizaine de bergers, répartis sur les départements du Var, des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes, collaborent avec les associations écologistes.

"C’est chaud. On s’engueule mais, finalement, le courant passe même si aucun berger ne peut tolérer la présence du loup qui décime son troupeau", souligne Thierry Giordan, qui, l’été, garde 1.200 moutons à Roubion.

"Pour les bergers, on représente les défenseurs du loup. Ils sont donc méfiants. Ils disent qu’accepter des personnes favorables au loup, c’est une manière de dire oui aux loups et reconnaître qu’ils sont d’accord pour s’en protéger", estime Jean-Luc Borelli.

Selon les associations écologistes, en 2002, trente loups étaient recensés dans les Alpes françaises, dix ans après leur arrivée d’Italie et 2.304 indemnisations ont été accordées aux bergers pour des attaques imputées aux loups.

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