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Dauphiné libéré du 19 septembre 2007

CRISE : La guerre des nerfs entre éleveurs, chasseurs, écologistes et administration

Loup : la grande pagaille, par Jacques LELEU

mercredi 19 septembre 2007, par Peuple Loup

"Il va falloir nous respecter ! On ne va pas supporter ça encore longtemps. On va passer à des actions plus violentes. "

alpage du margeriaz
Sur l’alpage du Margeriaz, dans les Bauges, plusieurs attaques ont déjà eu lieu, la dernière victime étant une vache tarine. Une autorisation de tir a été demandée, mais les chasseurs et les éleveurs sont très sceptiques sur l’efficacité de la méthode expérimentée dernièrement à Montsapey. Photo Thierry GUILLOT

La menace est sérieuse, surtoût quand elle vient d’un homme à bout, qui se sait défendu par ses collègues. Luc Etellin laissait s’épancher sa colère sourde jeudi dernier à Chambéry devant le cadavre d’une vache tuée dans les Bauges, après plusieurs attaques de chèvres au même endroit. Lui-même avait perdu 480 brebis sur l’alpage du Montsapey avant de passer au tribunal de police de Saint-Jean-de-Maurienne. Il était poursuivi pour la divagation d’un de ses patous qui avait effrayé une aide maternelle d’Aiton. Ces chiens de défense des troupeaux ont prouvé leur efficacité, mais sont de plus en plus mal acceptés par le voisinage et les touristes.

En 1997, le loup pointait son nez en Savoie, au dessus de Bramans. Première étape d’une colonisation qui a révélé un territoire très favorable, tant par le relief que par le garde-manger, sauvage et domestique. Mais dix ans plus tard, les solutions mises en place ne satisfont personne. Et alimentent une guerre des nerfs incessante entre éleveurs, chasseurs, écologistes et administration. Une administration muselée par une autorité qui refuse de jouer la transparence, réduite à mettre en place des mesures de tirs auxquels elle ne croit pas elle-même. La dernière expérience menée à Montsapey a été qualifiée de "mascarade", tant par les éleveurs que par les chasseurs mobilisés sur le terrain. "Il aurait fallu tomber sur un loup suicidaire ! " résume Jean-Marc Guigue, président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles). Une autorisation de tir a été demandée cette fois dans les Bauges. Mais en attendant le feu vert, personne ne se précipite pour y participer si la mesure est mise en place.

Résultat : on entend tout et n’importe quoi. Les chiffres contradictoires fleurissent sur le nombre de loups, de meutes, d’attaques, d’empoisonnements, de prédateurs abattus par braconnage. Rumeurs encore amplifiées par la difficulté de se prononcer avec certitude sur toutes les attaques. "Ne croyez pas que l’on peut à chaque fois pratiquer des analyses ADN pour vérifier qu’il s’agit bien d’un loup, " explique Bernard Viu, directeur de la DDAF (direction départementale de l’agriculture et de la forêt). "Il faut au moins qu’il reste des poils, des excréments, ou que l’on puisse prélever de la salive. Le passage d’autres prédateurs ou charognards rend la tâche encore plus compliquée. Mais les agents chargés des constats connaissent les modes opératoires des loups et les séquelles de leurs attaques. "

Le doute profite souvent aux éleveurs. Ce qui fait dire à Gilles Rayé, président de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes pour la protection de la nature) que "ce système pervers et coûteux devrait être remplacé par un forfait. Une sorte de prime de risque pour les zones à loup. " L’idée va faire hurler, tant le climat est passionnel. Mais Hubert Covarel, président du syndicat ovin, reconnaît que la profession ne peut pas aller contre la sensibilité "écolo" d’une population en grande partie urbaine, sans racines rurales. "Si l’on faisait un sondage en Savoie, une majorité des gens seraient pro-loup. "

Vu de Paris ou même de Chambéry, le désarroi des éleveurs paraît lointain. Les citadins rêvent de le voir, les autres voudraient enfin lui faire la peau. Mais tous ont en commun de payer pour l’indemnisation des bêtes attaquées. Elle a coûté 145 000€ en Savoie, payés par la collectivité l’an dernier. A ce titre, l’avenir du loup et du pastoralisme nous concerne tous.

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