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Loups du Mercantour

Bergers jugés pour "destruction d’espèce protégée"

mardi 21 octobre 2003

Deux bergers du parc national du Mercantour ont comparu lundi devant le tribunal correctionnel de Nice qui a requis 7.500 euros d’amendes avec sursis contre eux pour "destruction d’espèce protégée", l’empoisonnement de loups en 1997 et 1998.

Christian Poguntke, 48 ans, berger à La Brigue depuis 1980, à la tête d’un troupeau de 160 moutons, a reconnu les faits. En 1997, il avait exhibé une tête de jeune loup empoisonné à l’entrée de sa propriété.

En revanche, Joël Sic, 42 ans, a nié avoir utilisé du poison. En mars 1998, un cadavre de mouton badigeonné de strychnine avait été découvert sur son alpage par un garde du parc du Mercantour.

L’affaire a été mise en délibéré au 24 novembre.

La présidente du tribunal, Marie-Christine Aimar, a requis 7.500 euros d’amendes avec sursis à l’encontre de chacun des deux bergers. "L’amende pour rappeler que le loup est une espèce protégée, le sursis pour tenir compte du désarroi réel des bergers", a-t-elle affirmé.

A la barre, Christian Poguntke, vêtu d’un gilet en laine de mouton sur une chemise grise en gros coton et un pantalon noir, a souligné : "Le loup est nuisible. Je n’ai pas de regrets. En 1997, soixante de mes brebis ont été tuées par des loups".

"Avant que les loups ne soient introduits volontairement dans le parc, on ne parlait pas d’empoisonneurs. Il n’y avait que des bergers et des moutons. Le loup, c’est une façon de faire disparaître les bergers", a-t-il ajouté.

L’avocat de Joël Sic, Me Eric Mary, a contesté l’accusation d’empoisonnement. "La tête du mouton découverte sur l’alpage de mon client ne portait pas clairement l’identité d’un animal lui appartenant. En outre, l’expertise toxicologique a eu lieu deux mois plus tard, un délai trop long", a-t-il dit.

Me Mary s’est aussi étonné que le tribunal ait refusé de dissocier les deux affaires qui "n’ont eu lieu ni à la même date, ni dans un même lieu".

Le parc du Mercantour, France Nature Environnement (FNE), l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) et le Mouvement écologiste indépendant (MEI) étaient partie civile.

L’avocat du parc du Mercantour, Me Gilles Martin, a tenu à rappeler que "l’établissement public ne réclamait qu’un euro symbolique" au titre de dommages, tout en soulignant qu’il était "extrêmement grave que des gens se permettent de violer la loi même si leurs conditions de vie sont pénibles".

"Il ne faut pas oublier que dans de nombreux pays européens, il y a beaucoup plus de loups qu’en France et que ça se passe très bien. Mais il est vrai qu’il y a beaucoup moins de chasseurs", a affirmé Me Martin.

P.-S.

Source : AFP

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