Accueil > Les archives > Après le tir d’un loup mâle hier, le WWF montre les crocs

Suisse

Après le tir d’un loup mâle hier, le WWF montre les crocs

mercredi 22 novembre 2006

Un mâle a été abattu hier à l’aube sur ordre du Service cantonal valaisan de la chasse. L’organisation écologiste pourrait déposer une plainte pénale.

D’abord les faits, communiqués hier en début d’après-midi par le Service d’information de l’Etat du Valais : un loup a été abattu hier matin dans la région d’Arcojeux, sur les hauteurs de Collombey-Muraz, dans le Chablais valaisan. Âgé de 3 à 4 ans, le mâle a été tué par un garde-chasse dans le périmètre où a eu lieu dans la nuit du 26 au 27 septembre dernier un carnage de moutons. Trente et un ovidés avaient été retrouvés morts au petit matin sur l’alpage de Conche.

Le loup abattu est-il bien coupable de ce carnage ? Pas sûr. « C’est vraisemblable » selon le Conseil d’Etat valaisan, « possible » selon le WWF. Rappelons que les prélèvements effectués sur les moutons n’avaient pas permis de déterminer le sexe de l’animal. Le fait que l’individu tiré hier soit un mâle confirme donc désormais que deux l oups ont cohabité dans ce secteur. Ce que le WWF avait depuis plusieurs semaines utilisé dans son plaidoyer pour le loup. Le 16 octobre dernier en effet, une deuxième attaque s’était produite dans la région d’Onne. Le Conseil d’Etat a confirmé hier qu’il s’agissait d’une femelle.

Interprétation de la loi

Le bras de fer, maintenant. Le Canton du Valais avait-il le droit de poursuivre la chasse du loup et de l’abattre ? « Non » dit clairement le WWF par la voie de son responsable « Alpes », Walter Vetterli. L’association prépare désormais une riposte pénale. Contre le conseiller d’Etat valaisan Jean-René Fournier ? « La décision formelle n’est pas encore prise et l’on doit encore se déterminer si la plainte sera formulée contre une ou plusieurs personnes », répond Walter Vetterli. Selon le WWF, Jean-René Fournier a outrepassé ses droits : « Le pouvoir judiciaire prime sur le pouvoir politique. Le 6 novembre, apprenant que la traque se poursuivait, nous avons alerté le Tribunal cantonal afin qu’il rappelle l’Etat à ses obligations. »

Transmise au Conseil d’Etat le 9 novembre, l’ordonnance relève que le recours bénéficie de l’effet suspensif jusqu’à ce que l’instance cantonale ait statué sur ce point. Hier, le Gouvernement valaisan confirmait avoir reçu la lettre du juge. Mais, remettant en cause l’interprétation de la loi faite par le Tribunal cantonal valaisan, l’Etat du Valais a maintenu l’autorisation de tir. « Le WWF utilise toutes les procédures alors qu’on ne fait qu’appliquer le concept loup », plaidait hier Jean-René Fournier, insistant sur le fait que le tir avait bien eu lieu dans le périmètre et le délai imparti. Hier, l’Office fédéral compétent partageait l’avis du Canton sur un point : tirer avec certitude le loup qui avait commis les dégâts, comme le demande le WWF Suisse, est impossible à réaliser. Mais l’Office fédéral refusait de s’immiscer dans la procédure juridique cantonale.

A-t-il sa place chez nous ?

Le débat de fond, enfin. Avec cette ritournelle : le prédateur a-t-il sa place dans notre pays ? « Pas en Valais », insistait hier Jean-René Fournier . Un discours qui, pour le responsable du WWF, n’est pas « honnête pour la population, pour les éleveurs ». Et de poursuivre : « Cela fait onze ans que des loups retournent en Valais, et on n’a pas progressé d’un pas avec ce dossier dont le fond n’est pas, rappelons-le, de la compétence des cantons mais de la Confédération. Il faut que l’attitude des autorités valaisannes change. » Le loup de Conche mort, le débat est plus que jamais vivant.

Si vous avez raté le début

27 SEPTEMBRE 2006 Trente et un moutons périssent sous les crocs d’un « grand canidé » à l’alpage de Conche, sur la commune de Collombey-Muraz. Début octobre, l’analyse ADN rend son verdict : l’auteur du carnage est un loup provenant d’Italie.

11 OCTOBRE L’Etat du Valais autorise le tir d’un loup dans le Chablais valaisan. La condition requise – plus de 25 bêtes tuées en l’espace d’un mois – est en effet remplie.

16 OCTOBRE Cinq ovins sont retrouvés morts à l’alpage d’Onne, toujours à Collombey-Muraz. L’analyse ADN révélera, un mois plus tard, qu’ils ont été égorgés par une louve.

24 OCTOBRE Le WWF demande la suspension de l’autorisation de tir, en qualifiant les preuves de « lacunaires ». Requête rejetée dès le lendemain par le Gouvernement valaisan, qui dit « ne pouvoir exclure de nouvelles attaques ».

29 OCTOBRE Un éleveur de Finhaut (VS) découvre l’une de ses chèvres mortellement blessée au cou et à la nuque. Prudent, le Service cantonal de la chasse évoque l’acte d’un « grand canidé ».

14 NOVEMBRE Le WWF Suisse, rejoint par Pro Natura, fait recours auprès du Tribunal cantonal contre l’autorisation de tir délivrée en octobre. Mais sur le terrain, la traque se poursuit…

Voir en ligne : www.24heures.ch

Partager cet article :

Soutenir par un don