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Anti-loups, anti-ours, même débat !

vendredi 8 décembre 2006, par Libération

Anti-ours, anti-loups, même combat ? Les éleveurs de brebis des Pyrénées de l’Association de sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (Aspap) ont, en tout cas, invité aujourd’hui les éleveurs de brebis des Alpes à débattre en commun à Serres-sur-Arget (Ariège) de « la problématique des grands prédateurs ». Cette drôle d’alliance des massifs a d’abord une raison économique : la défense des troupeaux de montagne. En 2006, il n’y a plus que 182 000 ovins dans les Hautes-Alpes alors qu’il y en avait encore 186 000 en 2005. Le loup n’en a officiellement croqué que 467. « Mais c’est une contrainte qui s’ajoute à toutes les autres. Les éleveurs qui désespèrent finissent par abandonner le métier, explique le président de la fédération ovine de ce département, Joseph Joffrey, qui conduit la délégation alpine en Ariège. C’est largement le fait du loup si les Hautes-Alpes comptent 27 % de surfaces pâturées de moins qu’il y a deux ans. Où cette hémorragie va-t-elle s’arrêter ? »

Il y a aussi une raison culturelle à ce rapprochement des éleveurs des deux montagnes. La fédération ovine des Hautes-Alpes tient quasiment mot pour mot le même discours que la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Ariège : « Nos parents, y dit-on, ont chassé ces bêtes de la montagne afin de dégager de l’espace économique pour leurs activités. La protection du loup signifie que cet espace leur est repris. » « La réintroduction de l’ours est la négation de plusieurs vies de travail », précisent sur le même thème les Ariégeois de la CCI. Les éleveurs pyrénéens de l’Aspap sont convaincus que la ministre de l’Environnement, Nelly Olin, les « méprise ». Les éleveurs alpins commencent à croire que les pouvoirs leur « mentent ». Les ministères de l’Agriculture ou de l’Environnement ont beau leur affirmer que tel n’est pas le cas, ils sont persuadés que le loup est lui aussi « réintroduit » dans leurs montagnes. Ils demandent du coup le droit de tirer sur la bête en légitime défense de leur troupeau, avec contrôle a posteriori de l’Office de la chasse. L’Aspap demande seulement que les ours soient isolés de toute zone d’activités humaines. Dans les deux cas, il s’agit de protéger un territoire que les prédateurs et leurs amis des villes et des ministères leur contesteraient. Il y a encore une vingtaine d’ours dans les Pyrénées, dont les cinq réintroduits cet été, et selon les estimations des écologistes ou des agriculteurs, entre 100 et 300 loups dans l’arc alpin français. A Serres-sur-Arget, ce soir, à 18 heures, ce sont les opposants aux deux bêtes qui vont compter leurs forces.

« Nous avons remporté la bataille de l’opinion »

Stéphane Lessieux de l’Aspap, association ariégeoise, fait un bilan de la réintroduction.

Huit mois après le lâcher du premier des cinq ours slovènes dans les Pyrénées, Stéphane Lessieux, porte-parole de l’Association de sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (Aspap), dresse le bilan d’une lutte sans relâche. Pour lui, l’Aspap, jusqu’alors « force de résistance », doit devenir aussi « force de propositions ».

Les éleveurs de l’Aspap se sont opposés à la réintroduction de l’ours, mais en pure perte...

Nous avons perdu la bataille de la réintroduction puisque ces bêtes, à l’exception de celle morte accidentellement (Palouma, ndlr), sont aujourd’hui dans la montagne. Mais nous avons remporté la bataille de l’opinion. Les lâchers opérés la nuit en catimini ou en force sous protection policière et militaire ont montré qu’il n’y avait pas acceptation sociale de ce fait, que le conte n’était pas aussi joli que la ministre voulait bien le présenter.

Comment parler de bataille gagnée si vous n’avez pas obtenu ce que vous vouliez ?

Les Pyrénéens ont pu se présenter dans les médias comme des gens raisonnables. Nelly Olin y est apparue autoritaire et méprisante envers eux. Elle n’a pas facilité la tâche d’un prochain ministère de l’Environnement qui voudrait lancer un nouveau plan de réintroduction. Ainsi, ces cinq ours seront peut-être les derniers réintroduits.

Acceptez-vous pour autant ce fait accompli ?

Non ! Nous manifesterons encore contre leur présence, et c’est dans cet esprit que nous proposons la création en montagne d’une ou de plusieurs zones spécifiques où serait regroupés la vingtaine d’ours encore présents dans les Pyrénées. Comme cela se passe en Italie, en Espagne, en Slovénie ou au Canada, où cet animal est présenté comme dangereux et est éloigné des hommes quand il s’en rapproche trop. Il y a aveuglement à croire que les prédateurs peuvent vivre là où les hommes ont leurs activités.

Quelles sont vos prochaines manifestations ?

Les représentants d’associations alpines, qui demandent plus de souplesse dans la régulation de la population des loups, se joignent à notre assemblée générale. Notre lutte a fédéré les Pyrénées, elle s’élargit aujourd’hui aux autres massifs. Sur ce sujet des grands prédateurs, c’est ensemble que nous pourrions interpeller les candidats à la présidentielle et aux législatives qui suivront.

Voir en ligne : Article de Gilbert LAVAL

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