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  • Les chasseurs veulent-ils « réguler » le lynx ?

    27 janvier, par aspas

    Le Programme Prédateur Proies (PPP), initié par les chasseurs du Jura mais rejeté à deux fois par les scientifiques du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN), serait-il un prétexte pour obtenir à terme une régulation du lynx ? L’ASPAS et les autres associations de protection de la nature le craignent.

    « Nos impitoyables chasseurs »

    Le lynx boréal était encore présent en plaine au Moyen-Âge. Mais, dans les siècles qui ont suivi, la déforestation, la quasi disparition des ongulés et les persécutions directes ont conduit le magnifique félin sur la voie implacable de l’extinction. Les derniers se sont réfugiés en montagne.

    Traqués impitoyablement, ils finissent par y disparaître aussi : en 1822 en Haute-Loire ; le dernier lynx du Massif central est tué en 1875 près de Génolhac, dans les Cévennes ; dans les Alpes et le Jura, les témoignages de sa présence ancienne sont encore nombreux au cours du 19e siècle, mais l’entrée dans le 20e siècle signe la fin du prédateur, en Suisse comme en France.

    Pour donner une idée de la situation des ongulés sauvages au 19e siècle, écoutons frère Ogérien, dans son Histoire Naturelle du Jura, parue en 1863 : « Les ruminants sauvages ne sont représentés que par quelques rares individus, qui échappent difficilement au plomb de nos impitoyables chasseurs ».

    Une population de lynx très fragile

    On sent qu’en matière de régulation, à l’époque, c’est du lourd ! Avec des proies réduites à néant, un espace forestier qui connait sa plus faible superficie depuis la reconquête du territoire européen à la fin de la dernière glaciation, le gîte et le couvert ne sont plus assurés pour le félin tacheté aux oreilles triangulaires surmontées d’une touffe de poils noirs. Il faudra attendre le retour de la forêt, lié à l’utilisation des combustibles fossiles, puis celui des ongulés sauvages pour retrouver un milieu favorable aux grands prédateurs… et aux chasseurs !

    Aujourd’hui, le lynx occupe le massif du Jura et ses annexes (montagne de Vuache, du Chat, de l’Épine) suite à sa réintroduction en Suisse dans les années 70, ainsi que dans les chaînes subalpines (Bornes, Bauges, Chartreuse). Mais sa population reste très fragile. En cause : des collisions routières, mais surtout des actes de braconnage… (dernier en date : un mâle adulte retrouvé plombé à Fellering, le 16 janvier 2020).

    Dans le schéma de gestion cynégétique 2019-2025 du Jura, il apparaît que « globalement, les effectifs (de chamois) ont fortement régressé dans de nombreux secteurs du département… cette espèce semble subir une forte pression de prédation par le lynx ».

    L’idée d’une régulation de ce prédateur pointe son nez… Dans les objectifs concernant les grands prédateurs (lynx et loup), on note : « mieux connaître les populations de grands prédateurs afin d’anticiper leur progression (…) ». Ou encore : « Participer aux actions visant à limiter l’impact des espèces et à l’évolution de leur statut de protection »…

    Prédation par le lynx : un nombre de proies dérisoire !

    Aussi, quelques chiffres s’imposent pour relativiser les lubies cynégétiques. Les études s’accordent pour estimer la superficie du territoire d’un lynx autour de 100 km2, soit 10 000 ha. Avec une densité de 10 chevreuils pour 100 ha, ce qui reste une valeur faible, nous avons donc 1000 chevreuils sur un territoire de lynx. Quant au chamois, sa densité dans les zones protégées n’est jamais en dessous de 10 individus pour 100 ha : on rajoute 1000 chamois au panier ! Or, un lynx prélève environ 60 ongulés sauvages sur une année (chevreuil et chamois essentiellement). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le prélèvement est dérisoire !

    Les observations dans la réserve nationale de chasse des Bauges le confirment : sur les 5214 ha que comporte la réserve, on y compte 1200 chamois, soit une densité remarquable de 23 chamois pour 100 ha ! Probablement la densité la plus élevée en France. Et le lynx est un prédateur présent dans ce secteur. Lynx et très fortes densités de chamois sont donc parfaitement compatibles. Un détail peut-être à rajouter : dans la réserve des Bauges, à l’exception de prélèvement à but scientifique, on ne chasse pas !

    > A lire aussi : Et si on réintroduisait les lynx sur le Mont Ventoux ?

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  • La vérité sur les sangliers

    27 janvier, par aspas

    Alors qu’ils sont largement responsables de la surpopulation des sangliers en France, même si d’autres facteurs entrent aussi en jeu (changement climatique) les chasseurs font pression sur le gouvernement pour obtenir le droit de… tuer encore plus de sangliers, plus longtemps ! Avouez que c’est fort de café… En général, quand un enfant fait une bêtise, on ne le félicite pas avec une friandise !

    Pourtant, le gouvernement vient céder à leur lobby, en publiant un décret qui prolonge la période de chasse des sangliers jusqu’au 31 mars, au lieu du 28 février. Avec l’ouverture anticipée de la chasse le 1er juin, ces ongulés sont donc désormais inquiétés par les balles 10 mois sur 12…

    Aux premiers jours du printemps, période ô combien fragile pour la reproduction de la faune, la verdure du renouveau sera donc partout teintée d’orange fluo, et les champs et bois de nos campagnes partout occupés par des gens armés comme à la guerre, munitions gros calibre à la taille, le tout dans un fracas de cris, de cors et d’aboiements de chiens enragés…

    © Bernard Alliez

    Sangliers : une gestion catastrophique

    Enlevez le gibier au chasseur, il n’a plus rien à chasser. L’abondance de sangliers est bel et bien une manne pour l’activité cynégétique, mais le problème de fond est que nos chers « 1ers écolos de France » sont complètement dépassés par une situation devenue ingérable avec les fusils.

    Partout la chasse des sangliers s’accentue… partout (ou presque) leur population continue d’augmenter. Il est vrai qu’il y a d’autres facteurs qui contribuent partiellement à leur explosion démographique, comme la déprise agricole ou le changement climatique, et aussi, bien sûr, une trop faible quantité de grands prédateurs en France (ours, lynx, loups). Ce qui arrange aussi bien sûr les chasseurs, qui ont bien du mal à accepter cette concurrence naturelle…

    Mais pour comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de rappeler quelques faits embarrassants que les chasseurs se gardent bien de crier sur tous les toits :

    • Sangliers élevés dans un parc en France © ASPAS

      Entre les années 70 et 90, les chasseurs ont financé de grands élevages de sangliers pour en faire de futurs trophées

    • Des croisements ont été opérés entre des sangliers pure race et des porcs domestiques, afin d’obtenir des animaux moins agressifs et plus faciles à tirer
    • Des lâchers massifs de ces « cochongliers » ont eu lieu un peu partout en France. Or ces « cochongliers » se reproduisent plus vite et plus souvent que leurs cousins sauvages…
    • Les chasseurs épargnent souvent les laies reproductrices pour s’assurer d’avoir toujours « du sanglier » à tirer
    • Aujourd’hui, il y a davantage de cochons hybrides que de sangliers pure race en France
    • Les chasseurs nourrissent les sangliers artificiellement (abreuvoirs, agrainage…) pour entretenir les populations
    • Aujourd’hui encore, des sangliers sont élevés pour être relâchés dans des parcs et enclos de chasse privés. Des animaux s’échappent régulièrement de ces lieux, en raison d’un mauvais entretien des clôtures…
    • L’importation de sangliers de l’étranger en France pour les parcs et enclos est toujours légale en France (> lire notre enquête). Ces importations peuvent poser de graves problèmes sanitaires (ex : la découverte de sangliers atteints de tuberculose à Mycobacterium bovis, dans un parc marnais en 2012). En Sologne, la chasse aux sangliers se pratique toute l’année dans les grandes propriétés privées en-grillagées (> lire notre article)
    • Les élevages et lâchers de sangliers clandestins existent toujours (exemple ici)
    • La crise de la peste porcine, qui affecte les régions frontalières avec la Belgique, a été déclenchée par une importation illégale de sangliers infectés, par des chasseurs belges en septembre 2018 (> lire notre article)

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  • Je croise souvent des personnes en uniforme lors de mes promenades. Qui sont-ils, lesquels sont compétents pour constater une infraction relative à la chasse ?

    24 janvier, par aspas

    Beaucoup d’agents sont susceptibles d’être présents dans nos campagnes et compétents en matière de chasse.
    Outre bien sûr les gendarmes, il y a les agents de l’OFB* (anciennement ONCFS – Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). Fonctionnaires de l’État, ils sont habilités à verbaliser sur leur département, toutes les infractions relatives à la chasse et aux espèces sauvages.
    Existent également divers agents publics comme les agents de l’ONF (Office national des forêts), ou des parcs nationaux qui ont la possibilité de dresser des procès verbaux, notamment en matière de chasse.

    Les gardes-champêtres sont affiliés à la police municipale mais ont des compétences particulières en matière de police rurale, notamment de police de la chasse. Ils interviennent sur leur circonscription (communale ou intercommunale).

    Un garde-chasse particulier est un garde privé commissionné par un propriétaire ou une association : les fédérations des chasseurs ou des associations locales de chasse, mais aussi des associations comme l’ASPAS. Ils ne peuvent intervenir que sur la propriété de la personne qui les a commissionnés.

    Un lieutenant de louveterie est nommé par le préfet. Il est compétent pour relever les infractions à la police de la chasse dans sa circonscription. Il organise et contrôle les battues administratives et peut détruire par tir les « nuisibles » toute l’année…

    Pour reconnaître ces divers agents, il est nécessaire d’examiner leurs insignes (plaques, écussons) qui doivent définir leur qualité. À noter que les gardes particuliers ont interdiction de porter un insigne définissant un grade, un emblème tricolore, un képi, ainsi que de tout insigne et écusson faisant référence à une appartenance associative, syndicale, politique ou religieuse. S’ils portent un uniforme, celui-ci doit clairement être différent des uniformes officiels des agents publics, et porter la mention « garde-chasse particulier ».

    * Office Français de la Biodiversité

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  • Chasse en enclos (1/3) : l’agrainage des animaux, une aberration écologique

    23 janvier, par aspas

    Dans de nombreux parcs et enclos de chasse, les animaux sont élevés, importés, nourris.

    Dans un récent rapport public, l’agrainage en parc est désigné comme une pratique « en contradiction avec la gestion des effectifs massifs de l’espèce sanglier » qui entérine l’artificialisation de ces espaces clos. Comment justifier l’existence de ces parcs et enclos de chasse, où les effectifs de sangliers sont volontairement abondants ?

    Alors que les chasseurs évoquent constamment la nécessité et la difficulté de réguler cette espèce pour nous protéger des dégâts. C’est une aberration écologique !

    Comme le revendique l’ASPAS, et comme le préconise le récent rapport public, faisons interdire la chasse en enclos.

    Le 5 février 2020, l’ASPAS a rendez-vous au ministère de l’Ecologie. Nous avons besoin de vous pour appuyer notre demande !

    Signez et diffusez au maximum le lien de la pétition : aspas-nature.org/chasse-enclos

    SIGNER LA PÉTITION

     

    

    Carnage derrière le grillage

    Méconnue, la chasse d’animaux en captivité n’est pas anecdotique puisqu’elle concerne environ 1 300 parcs et enclos qui détiennent au total 50 000 à 100 000 animaux : cerfs, chevreuils, mouflons, daims, etc.

    > Notre enquête en infiltration
    > Le dépliant de sensibilisation (PDF) à diffuser massivement

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  • Et si on réintroduisait les lynx sur le Mont Ventoux ?

    22 janvier, par aspas

    Suite au scandale provoqué par l’affaire du safari-chasse de chamois sur le Mont Ventoux (lire notre article), l’ONF tente de justifier la chasse aux chamois sur ce secteur, en prétextant les dégâts que provoqueraient ces animaux sur les « bourgeons des sapins pectinés » (lire l’interview de David Gavalda sur le site de France 3)…

    On connaît ce discours bien rodé des forestiers, de mèche avec les chasseurs qui payent le droit de venir chasser dans les forêts domaniales : « sans régulation cynégétique des cervidés, les forêts ne peuvent pas se régénérer ». Concernant le chamois, l’argument ne tient pas : toutes les études montrent que leur impact sur la flore est quasi nulle ! D’ailleurs, dans le contrat qui lie les chasseurs à l’ONF dans la forêt du Mont Ventoux, il est écrit noir sur blanc que le chamois « reste à un niveau de population acceptable et ne génère pas de dégâts forestiers importants ».

    Surtout, les experts sylvo-cynégétiques oublient (font exprès d’oublier) un (gros) détail : en présence des grands prédateurs, les ongulés se dispersent, leurs populations sont naturellement régulées, et c’est toute la biodiversité qui en profite.

    Encore faut-il accepter la présence de ces prédateurs, qui entrent en concurrence directe avec les chasseurs ! Et qui contraignent les éleveurs à une protection plus efficace de leurs troupeaux. C’est pourtant la solution la plus naturelle et la plus écologique.

    Le loup est naturellement revenu sur le Mont Ventoux, où il se nourrit surtout de cerfs et de chevreuils, mais il est moins à l’aise pour chasser les chamois, qui sont plus à même de se réfugier dans des zones escarpées.

    Pour contenir les chamois, il est un autre prédateur, plus agile et varappeur que le loup, qui aurait toute sa place dans ce massif : le lynx boréal. Hélas, son retour naturel en Drôme et Vaucluse n’est pas pour tout de suite. Cependant, avec un peu de pédagogie et surtout une forte volonté politique en faveur de la biodiversité, on pourrait tout à fait imaginer un programme de réintroduction du grand félin dans ce secteur.

    En effet, on estime qu’un lynx prélève environ 60 ongulés sauvages sur une année, sur un territoire d’environ 10 000 hectares (chevreuil et chamois essentiellement). En prenant en compte les densités de population de grand gibier sur le Mont Ventoux, l’idée d’une réintroduction mériterait une étude et une réflexion approfondie. Même s’il faut s’attendre, à n’en pas douter, à un véto de la part des chasseurs…

    N.B : à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous apprenons qu’un lynx aurait été abattu dans les Vosges… Malgré les efforts des associations locales, le lynx – victime de nombreux actes de braconnage depuis sa réintroduction au début des années 1980 – n’a malheureusement jamais réussi à se développer correctement dans ce massif. 

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